08 juillet 2019

DISSOLUTION

  Philosopher c'est mener le travail de dissolution jusqu'à l'extrême simplicité, à deux doigts du silence. C'était le point d'arrivée de Pyrrhon. Après sa boucle gigantesque par les déserts d'Asie, retour à Elis, coïncidence du départ et de l'arrivée : dorénavant aucune boucle n'est plus nécessaire.  En chemin il a tout expérimenté, tout essayé, tout laissé, tout oublié.  Il lui suffit de se tenir à l'orée du monde, et du temps, auprès de la bouche fumante d'Hadès. Lao-Tseu disait, peut-être plus justement :... [Lire la suite]

08 mai 2019

COMME UN IDIOT DANS LE COURANT DES CHOSES : HOUANG PO et PYRRHON

    « Quand on sait avec certitude que rien n’a, au fond, d’existence, qu’on ne peut rien trouver et qu’on n’a alors rien sur quoi s’appuyer, se fixer, qu’il n’y a pas de sujet ni d’objet, plus aucune pensée erronée ne s’agite… » Et encore : « …sans vous appuyer sur rien, sans vous fixer nulle part, en restant tout le jour comme un idiot qui se laisse porter par le courant des choses. » Ces deux citations proviennent des Entretiens de Houang Po. J’aime à penser que si Pyrrhon avait écrit, il eût... [Lire la suite]
18 avril 2019

SAUVER la PENSEE

  Sauver la pensée... Chaque matin, ou presque, me revoilà tremblotant entre deux vertiges. La nuit n'est pas si loin, encore, que je n'en sente les arcanes ténébreuses, à demi effacées, mais laisssant derrière elles une brume de moiteur, où s'exténue quelque image de rêve. Suis-je éveillé, suis-je à demi mort, suis-je encore celui qui, hier, jetait des étincelles de pensée, comme échappées d'une corbeille inépuisable ? Et de l'autre côté, dans un espace incertain, quelques mots, venus on ne sait d'où, invitent à de nouvelles... [Lire la suite]
29 mars 2019

APOLOGIE du RIEN : Mallarmé

  Sur la question du rien : La représentation commune pense le rien à partir d'une attente : "j'ai cherché quelque chose et je n'ai rien trouvé". Par exemple une pièce où il n'y a rien : ni meubles, ni table, ni miroir etc. Dans l'espace imaginarisé du désir s'ouvre une brèche où s'engouffre ma déception. Mais à tout prendre le rien n'est pas dans le réel, qui ne manque jamais de rien, il est dans l'inadéquation de l'attente à la réalité. On pourrait figurer ce défaut structurel par deux droites parallèles de longueur inégale.... [Lire la suite]
14 mars 2019

Du RAPPORT au LANGAGE

  La question me taraude depuis plusieurs jours, jusqu'à ce qu'enfin je parvienne à la formuler correctement - ce qui est la condition première de toute entreprise de pensée. A quoi se rapporte un sujet humain s'il est évident que pour vivre et penser il lui faille de toute nécessité se rapporter à quelque chose, ou à quelqu'un ? Celui qui prétendrait se couper radicalement de toute référence, ou qui se verrait isolé très longtemps, sombrerait dans la folie. Dans l'extrème solitude il faut encore un livre, ou l'image d'un homme... [Lire la suite]
21 décembre 2018

MELANCHOLIA IV : de la connaissance mélancolique

  Thomas Mann, qui connaissait bien l'oeuvre de Freud, a déclaré que la psychanalyse est "une connaissance mélancolique". Que faut-il entendre par là ? On ne saurait se contenter de l'idée trop facile que la psychanalyse serait triste ou engendrerait une vision triste de l'existence. Une des qualités majeures que depuis toujours on reconnaît au mélancolique c'est la lucidité, la perspicacité : en voilà un qui ne s'en laisse pas compter, qui voit en toute chose ce que les autres n'y voient pas, qui décèle dans le jeu des passions... [Lire la suite]
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09 mai 2018

De l'INSUBSTANTIALITE (2) - la "chose"

  Quel intérêt, direz-vous, à méditer sur l'insubstantialité du monde et du moi ? Des quatre modes précédemment analysés je retiens, vous l'avez compris, le quatrième, le seul qui présente quelque cohérence dans la pensée. Le seul qui offre une vue dégagée sur le réel, et nous libère un tant soit peu de l'attachement. Qu'il y ait des "choses" nul n'en doute, mais nous ne savons guère ce qu'elles sont. Elles existent "pour nous", et ce "pour" est incontournable. Celui qui mange une pomme ne se soucie pas de la nature de la pomme... [Lire la suite]
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29 mars 2018

PEUT-ON PENSER LE RIEN ?

  Peut-on penser le "rien" - je ne dis pas penser à rien, qui est déjà très difficile - mais le "rien", ce qui me semble plus difficile encore. Je voudrais examiner ici une question qui se présente d'emblée comme une aporie, avant de voir en quoi cette pensée pourrait avoir ou non quelque signification pour l'existence. "Rien" est un signe linguistique comme tous les autres. Il se forme par la liaison nécessaire et immotivée d'un signifiant et d'un signifié. Le signifiant c'est la face sonore, la combinaison des phonèmes ( r-... [Lire la suite]
15 janvier 2018

POESIE TRAVERSIERE / LIVRE 3 - ORIGINAIRES

                        LIVRE  TROIS                      ORIGINAIRES                           I             Née       De la première fleur       La faille       Livre au ciel vide       Son blanc d’acier    ... [Lire la suite]
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16 novembre 2017

Du REFOULEMENT ORIGINAIRE, et du REEL

  De quoi parlons-nous quand nous parlons ? Une des innovations les plus spectaculaires de Freud fut d'introduire le concept de refoulement originaire. Si je comprends bien, cette opérataion est l'effet du langage. Le mot est le meurtre de la chose, entendons : dorénavant tu désigneras par un mot l'objet de ta demande, ce qui revient à éloigner la chose de la satisfaction directe, à la retirer dans une nouvelle sphère qui se surajoute à la première, qui ne lui est nullement équivalente, et qui, de plus, relève en quelque sorte... [Lire la suite]