04 mai 2018

De la NEGATION du VOULOIR : SCHOPENHAUER

  Le problème qui travaille en profondeur la philosophie de Schopenhauer, noeud gordien, énigme et défi, est, à mon avis, le suivant : si la volonté agit souverainement dans les profondeurs, déterminant les motifs de l'action, emportant toutes choses dans le flux incessant et absurde d'un temps sans finalité, et si l'intellect lui-même, qui se croit doué de libre arbitre, obéit sans le savoir aux motivations de la volonté - alors comment pourrait-on concevoir et agir un détachement à l'égard du vouloir, et procéder à une... [Lire la suite]

03 mai 2018

SCHOPENHAUER avec HERACLITE

  La grande pensée de la Grèce antique, celle qui féconde en profondeur la première philosophie, est exprimée souverainement par Héraclite dans le célèbre fragment 30 : "Ce monde, le même pour tous, ni dieu ni homme ne l'a fait, mais il était toujours, il est et il sera, feu toujours vivant, s'allumant et s'éteignant en mesure". Il n'y a qu'un monde, celui-ci précisément, et qu'on le loue ou le refuse est indifférent. Suit la formulation homérique, reprise d'innombrables fois chez presque tous les auteurs : il était toujours, il... [Lire la suite]
02 mai 2018

De la TYRANNIE de l' HISTOIRE : SCHOPENHAUER

  "Un devenir éternel, un flux sans fin : voilà les manifestations de la nature du vouloir" - entendons du vouloir-vivre comme essence intime de la réalité. Que veut le vouloir-vivre ? Sa propre perpétuaton à l'infini. Ce qui signifie clairement qu'il n'y aura jamais de "dimanche de la pensée", de paix finale, de paradis sur terre, de jardin d'Eden. Schopenhauer n'est pas de ces idéologues qui croient que par le travail du concept, ou par le travail tout court, on puisse modifier en profondeur les conditions fondamentales de... [Lire la suite]
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21 mars 2018

DEGAGER l 'ESPRIT

  Dégager l'esprit. C'est le rôle, et la dignité propre du philosopher. Fonction critique : nettoyer les écuries d'Augias, décaper, curer et récurer. En quoi il faut préférer "le philosopher" à "la philosophie", pour pointer la nécessité de ce travail de déconstruction, jamais fini, toujours à reprendre. Jardinage : les mauvaises herbes repoussent toujours, par quelque effet de structure. Il faut piocher, bêcher, biner et sarcler, retailler les branches - et dans le même temps veiller à ne pas tarir le sol, protéger les bonnes... [Lire la suite]
12 mars 2018

De la MORT de SCHOPENHAUER

  Après son déjeuner, comme il fait tous les jours, il va s'asseoir dans son fauteuil pour une petite sieste réparatrice. Il s'endort doucement. Quand la bonne, un peu plus tard, vient dans le salon, elle s'aperçoit qu'il est mort. Ainsi donc il a glissé insensiblement du sommeil dans la mort. Il ne s'est rendu compte de rien, il était vivant, il n'est plus. Le plus remarquable en cette affaire c'est qu'il ne sait pas qu'il est mort. Il ne l'a pas vue venir, il n'a pu s'y préparer, l'anticiper, la redouter ou la souhaiter :... [Lire la suite]
19 février 2018

La PHILOSOPHIE est-elle thérapeutique ?

  Notre ami Frédéric (clic) s'est armé du bâton de la vérité pour vilipender les marchands de "vie philosophique", nouvelle mouture de la récupération médiocratique universelle. Je dis "universelle" car ces gens- là ont le génie de reconvertir en prêts-à porter tout terrain, sans autre scrupule, tout ce qui se fait laborieusement dans les laboratoires de la pensée. Le plus difficile, ce qui s'est constitué avec patience, peine et travail, miraculeusement, instantanément, devient comestible : il suffit de lire, puis... [Lire la suite]

28 novembre 2017

Du VOULOIR VIVRE et du REEL

  Selon une légende ancienne Dionysos se contemplant dans le miroir y voit le monde, parce qu'il est le monde. N'en est-il pas ainsi de chacun de nous ? Nous voyons ce que nous sommes, au sens le plus large. Nous croyons voir le monde tel qu'il est - mais comment pourrions nous savoir et voir ce qui est hors de nous -  nous ne voyons qu'une image, et dès lors, comment distinguer ce qui est image et ce qui est réalité ? Schopenhauer disait : le monde est ma représentation. Tout ce que je perçois est conditionné, organisé par... [Lire la suite]
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29 mai 2017

De l'ACTION du TEMPS

  C'est l'idée la plus triviale, et pourtant la plus difficile : si je veux me faire une idée du temps qui ne soit pas étroitement spéculative, je considère une plante sur mon blacon. Je ne vois pas le temps, à peine si je peux mesurer des changements quantitatifs, par exemple je vois qu'en un mois elle a poussé de quelques centimètres, et j'en conclus que du temps a passé. Mais si je vois des changements, je ne vois pas le temps, pourtant je crois pouvoir dire que le temps a exercé une action. En toute rigueur je ne peux penser... [Lire la suite]
23 juin 2016

BLESSURES du CORPS, BLESSURES du TEMPS

  Cette blessure nous la vivons d'abord dans le corps, avant que le psychisme ne consente à l'enregistrer. Ce sont d'abord les humbles besoins immédiats qui nous fendent à intervalles réguliers, nous ramenant à la condition d'un vivant qui ne se soutient que de repousser la mort : faim, soif, sommeil, respiration, élimination, territorialisation. Vivre c'est rétablir un équilibre fonctionnel qui se défait sans cesse. Pulsions, tendances, instincts, dont la puissance contraignante oriente nos vies, et, de même, ne connaissent pas... [Lire la suite]
03 mai 2016

COMMENT LIRE ? - ROUSSEAU

  Au sujet de Rousseau, Malesherbes écrit à Madame de  Luxembourg : "Vous y verrez le fond de son âme et ce mélange d'honnêteté, d'élévation et en même temps de mélancolie et quelquefois de désespoir qui fait le tourment de sa vie, mais qui a produit ses ouvrages". Cette même année 1762 Rousseau écrira quatre lettres à Malesherbes, un des rares esprits qui ne le condamne pas, entamant dès lors son interminable plaidoyer pour se justifier devant sa propre conscience, et devant les hommes : les Confessions, les Dialogues et... [Lire la suite]