11 avril 2018

"CE QUE SONT LES CHOSES" : radicalité pyrrhonienne

  On pourrait croire, à relire la phrase canonique : "les choses, il (Pyrrhon) les montre également in-différentes, im-mesurables, in-décidables", que l'énoncé porte sur les choses - ce qui est grammaticalement exact - mais en toute rigueur cette phrase ne dit absolument rien des choses, mais exprime le statut du discours. C'est le discours - le langage - qui ne dit rien qui ne soit immédiatement disqualifié  : "égal, in-différent, im-maîtrisable et indécidable". Entre le réel (les choses) et la langue s'ouvre le gouffre... [Lire la suite]

10 avril 2018

De l'INCONNAISSANCE et du REEL : PYRRHON

  Pourquoi ne peut-on vraiment connaître la réalité ? La réponse traditionnelle est d'invoquer les faiblesses constitutives de notre nature. La réponse de Pyrrhon est autrement radicale, sans pour autant exclure la première. Il pose tranquillement cette thèse étonnante que les choses échappent de nature à toute prise : "il les montre également in-différentes, im-mesurables, in-décidables. C'est pourquoi ni nos sensations, ni nos jugements ne peuvent ni dire vrai ni se tromper". Cette dernière phrase est quand même... [Lire la suite]
09 avril 2018

Du "BONHEUR" PYRRHONIEN

  La visée de Pyrrhon, comme chez la plupart des Hellénistiques, était le bonheur. Mais quel étrange bonheur, si loin, si loin de tout ce que nous, aujourd'hui, nous mettons sous ce terme. Et pour commencer le terme même est à dynamiter, car, en toute logique, s'attacher à une notion quelconque c'est immanquablement se fourvoyer. "Bonheur" n'est qu'un mot, un signe linguistique, qui charrie avec lui une somme variable de représentations, souvenirs, images, projections, constructions mentales, lesquels se plaquent comme de la... [Lire la suite]
05 avril 2018

DEPRISE PYRRHONIENNE : insaisissabilité et epochè

  Diogène Laerce expose la philosophie de Pyrrhon : "Il suivit Anaxarque partout, au point même d'entrer en contact avec les sages nus de l'Inde et avec les Mages (de Perse). Telle paraît bien être l'origine de sa très noble manière de philosopher : il introduisit en effet la forme de l'insaisissabilité et de la suspension du jugement". Deux notions majeures, qui ne sont pas à proprement parler des concepts, plutôt des anti-concepts, machines de guerre destinées à ruiner toute prétention de saisie intellectuelle, à l'opposé de... [Lire la suite]
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04 avril 2018

ODE à PYRRHON : Timon de Phlionte

  Voici l'éloge que Timon composa à l'adresse de Pyrrhon :   "O vieillard, ö Pyrrhon, comment et d'où as-tu trouvé moyen de te dépouiller   De la servitude des opinions et de la vanité d'esprit des sophistes ?   Comment et d'où as-tu dénoué les liens de toute tromperie et de toute persuasion ?   Tu ne t'es pas soucié de chercher à savoir quels sont les vents   Qui dominent la Grèce, d'où vient chaque chose, et vers quoi elle va". Les "sophistes" ici nommés ne me semblent pas correspondre à ceux... [Lire la suite]
31 mars 2018

Les TROIS PHILOSOPHES : apologue

  Un philosophe marche sur une sente solitaire et rencontre soudain un inconnu. Il n'hésite pas, et, la mine joyeuse, s'avance en tendant ses mains. C'est un ami de l'humanité. Un autre philosophe, en d'autres temps, marche sur une sente solitaire et rencontre soudain un inconnu. Il se rétracte, serre les poings et se prépare au combat. C'est un paranoïaque. Un troisième, en d'autres temps encore, marche sur une sente solitaire et rencontre soudain un inconnu. Sans un regard pour le quidam il passe son chemin. C'est un... [Lire la suite]

16 mars 2018

DE l' APPARESCENCE : apparaître, apparition, apparence

  Le grec ancien dispose d'un mot fabuleux "phainesthai", que nous rendons chichement par "apparaître". Phainesthai c'est paraître à la lumière (phaos), se manifester comme forme visible à la lumière, advenue miraculeuse que Lucrèce rend si bien dans son "ad luminis oras" - aux rivages de la lumière. Cette apparition de la chose à la lumière notre "apparaître" n'en signale qu'une pauvre réduction : on voit le mouvement, l'avancée, le geste de se poser dans un espace, d'occuper un lieu, on ne sent pas l'élément lumineux qui... [Lire la suite]
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20 novembre 2017

Le CHERCHEUR d' AME : profondeur et lumière

  De profondis ...La tradition chrétienne en fait le séjour infernal, foyer des passions tristes, des séductions mortifères, des expiations post mortem. De quoi veut-on nous détourner, sachant que tout ce qui existe, dans le monde et dans l'homme, mérite d'être exploré, analysé, et compris, dans la mesure du possible. Les Grecs sont moins naïfs et ne redoutent pas de faire signe vers l'énigme. Hésiode : "Au début était Chaos". Démocrite : "La vérite est dans l'abîme". Ulysse, au détour de son interminable voyage, n'hésite pas à... [Lire la suite]
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16 novembre 2017

Du REFOULEMENT ORIGINAIRE, et du REEL

  De quoi parlons-nous quand nous parlons ? Une des innovations les plus spectaculaires de Freud fut d'introduire le concept de refoulement originaire. Si je comprends bien, cette opérataion est l'effet du langage. Le mot est le meurtre de la chose, entendons : dorénavant tu désigneras par un mot l'objet de ta demande, ce qui revient à éloigner la chose de la satisfaction directe, à la retirer dans une nouvelle sphère qui se surajoute à la première, qui ne lui est nullement équivalente, et qui, de plus, relève en quelque sorte... [Lire la suite]
24 juillet 2017

Le TEMPS de la NATURE et le TEMPS de l' HOMME

    Le temps de la nature n'est pas le temps de l'homme. Dans une sorte de projection hyperbolique on a voulu imposer à la nature les catégories de la pensée humaine, laquelle est déterminée par les bornes infranchissables du commencement et de la fin. Tout mouvement, tout processus, physique ou mental, chez nous, s'inscrit dans ce cadre, à commencer par l'existence elle-même : nous sommes bien les "mortels" (thnètoi), et c'est en mortels que nous nous représentons toutes choses. De là cette idée, assez généralement... [Lire la suite]