18 avril 2019

SAUVER la PENSEE

  Sauver la pensée... Chaque matin, ou presque, me revoilà tremblotant entre deux vertiges. La nuit n'est pas si loin, encore, que je n'en sente les arcanes ténébreuses, à demi effacées, mais laisssant derrière elles une brume de moiteur, où s'exténue quelque image de rêve. Suis-je éveillé, suis-je à demi mort, suis-je encore celui qui, hier, jetait des étincelles de pensée, comme échappées d'une corbeille inépuisable ? Et de l'autre côté, dans un espace incertain, quelques mots, venus on ne sait d'où, invitent à de nouvelles... [Lire la suite]

18 mars 2019

RIEN à TROUVER : éloge sophistique

  Je voudrais revenir sur ma formulation précédente : il n'y a rien à trouver. Elle se situe clairement dans le sillage des Sophistes, mais aussi de Démocrite et de Pyrrhon. Démocrite avait dit qu'il aimerait mieux trouver une relation causale certaine que d'être le roi des Perses. C'est que tout en cherchant une relation causale certaine il se découvre incapable d'en trouver. Et pourquoi cela ? Parce qu'il est impossible de savoir ce qu'est une chose en vérité, et partant ce que sont les relations entre les choses. "La vérité... [Lire la suite]
02 février 2019

La PASSION de l' IDENTITE

  Sur la question de l'identification la philosophie grecque hésite entre deux réponses possibles : la première, prenant acte que la plupart de nos identifications sont négatives et sources de tourment, invitent en effet à une désidentification (ne cherchez pas la réussite sociale, ne prenez modèle ni sur les tyrans ni sur les usuriers etc) et y opposent une autre identification, inventant bien avant Freud la catégorie de l'Idéal du moi. Voilà ce qu'il faut rechercher : la sagesse, l'intelligence, la simplicité, la ressemblance... [Lire la suite]
28 décembre 2018

L' ECOLE d' APHILOSOPHIE et le JARDIN

  Récemment mon fils me demande : "Si tu pouvais choisir librement, à quelle période de l'histoire aimerais-tu vivre ?" Assez sottement je réponds : "J'aurais beaucoup apprécié de voyager avec Anaxarque et Pyrrhon, lors de l'expédition d'Alexandre !" Diable, me suis-je dit aussitôt, quelle prétention ! A voir mon état présent, ma fatigue chronique, à soupeser ma décrépitude, à sentir les impératives nécessités du repos, le goût immodéré pour la sieste et la position horizontale, je ferais un bien pitoyable voyageur, et un... [Lire la suite]
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15 novembre 2018

"Nous ne connaissons que nos affects"

  "Nous ne connaissons que nos affects" - cette idée est attribuée par Diogène Laerce aux sceptiques (IX, 103) en conformité avec le texte de Sextus : "Le sceptique donne son assentiment aux affects (pathos) qui s'imposent à lui à travers une impression". Je ne dirai pas : le miel est doux, ce qui serait poser une thése sur la nature du miel - que j'ignore - mais je dirai : le miel m'apparaît doux, ce qui est une donnée immédiate et indiscutable de ma sensibilité. Nous sommes affectés par les apparences extérieures (phainomena)... [Lire la suite]
06 novembre 2018

SOYEZ POETES !

  Soyez poètes en votre vie, voilà l'enseignement de Pyrrhon. Une telle proposition peut surprendre car elle n'est pas exprimée comme telle. Pourtant, à considérer sa pensée et sa vie, c'est bien cela qui se dégage comme une évidence. Poète, c'est celui qui agit selon sa complexion native, et non selon les normes de l'Autre. "Anomalia", non seulement dans les choses qui apparaissent dans l'irrégularité, hors logos, mais dans la vie aussi comme non-principe, errance créative. Diogène Laerce raconte comment Pyrrhon, se... [Lire la suite]
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24 octobre 2018

PARADOXE du DIRE

    Le matin quelquefois m'apporte ses chances et ses incertitudes. C'est presque plus que je n'en peux supporter. Un vide saisissant, comme si le vide avait émigré à la surface des choses. J'en suis presque tétanisé, comme figé dans la mutité. Je mesure combien les mots et tout l'arsenal de la pensée nous écartent de la sensation vraie : j'en titube presque. Est-il encore bien nécessaire d'écrire ? Je comprends mieux pourquoi Pyrrhon n'a rien écrit, ni Bouddha. Sans doute ont-ils voulu éviter de figer quoi que ce soit :... [Lire la suite]
18 octobre 2018

EXERCICE de VACUITE

    C'est ma pratique à moi, mon exercice spirituel - encore que ce terme de spirituel me semble surchargé de notations douteuses - de me déprendre par degrés de toute référence, de toute notion de sens, de valeur et de finalité, m'efforçant au dépouillement intégral, considérant la viduité du ciel, l'indifférérence du sort, la vanité de nos représentations, la non-signifiance universelle comme une donnée infrangible et définitive. Ce n'est pas facile, compte tenu de notre farouche besoin de croire, de notre tenace désir... [Lire la suite]
11 octobre 2018

PYRRHON à ELIS

  La cité d'Elis, dans le nord-ouest du Péloponèse, était célèbre à double titre : elle avait la garde du site sanctuarisé d'Olympie qui accueillait tous les quatre ans les Jeux. Cette noble fontion lui assurait une sorte d'inviolabilité, fort appréciable en ces temps troublés où les Macédoniens dominaient la Grèce. Elis était également la seule ville qui possédât un temple en l'honneur d'Hadès : singularité de plus, si l'on songe qu'Hadès est le dieu des Enfers, le dieu "riche" (Pluton) qui recueille la foule intarissable des... [Lire la suite]
08 octobre 2018

IMPLICATIONS PYRRHONIENNES : un joli massacre !

  Je m'essaie à tirer toutes les implications, théoriques et pratiques, de la perspective pyrrhonienne, quitte à franchir quelques frontières : peut-être même mes élaborations vont-elles faire grincer des dents, arracher des hoquets - notammant à quelques traditionalistes, s'il s'avérait, le fait est improbable, qu'ils fréquentassent mes écrits ! L'idée qui m'est venue est si extravagante que j'hésite à la communiquer, mais enfin s'il n'y a pas de gêne il n'y a pas de plaisir. En fait cette idée nouvelle m'est venue au souvenir... [Lire la suite]