15 novembre 2018

"Nous ne connaissons que nos affects"

  "Nous ne connaissons que nos affects" - cette idée est attribuée par Diogène Laerce aux sceptiques (IX, 103) en conformité avec le texte de Sextus : "Le sceptique donne son assentiment aux affects (pathos) qui s'imposent à lui à travers une impression". Je ne dirai pas : le miel est doux, ce qui serait poser une thése sur la nature du miel - que j'ignore - mais je dirai : le miel m'apparaît doux, ce qui est une donnée immédiate et indiscutable de ma sensibilité. Nous sommes affectés par les apparences extérieures (phainomena)... [Lire la suite]

06 novembre 2018

SOYEZ POETES !

  Soyez poètes en votre vie, voilà l'enseignement de Pyrrhon. Une telle proposition peut surprendre car elle n'est pas exprimée comme telle. Pourtant, à considérer sa pensée et sa vie, c'est bien cela qui se dégage comme une évidence. Poète, c'est celui qui agit selon sa complexion native, et non selon les normes de l'Autre. "Anomalia", non seulement dans les choses qui apparaissent dans l'irrégularité, hors logos, mais dans la vie aussi comme non-principe, errance créative. Diogène Laerce raconte comment Pyrrhon, se... [Lire la suite]
Posté par GUY KARL à 12:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,
24 octobre 2018

PARADOXE du DIRE

    Le matin quelquefois m'apporte ses chances et ses incertitudes. C'est presque plus que je n'en peux supporter. Un vide saisissant, comme si le vide avait émigré à la surface des choses. J'en suis presque tétanisé, comme figé dans la mutité. Je mesure combien les mots et tout l'arsenal de la pensée nous écartent de la sensation vraie : j'en titube presque. Est-il encore bien nécessaire d'écrire ? Je comprends mieux pourquoi Pyrrhon n'a rien écrit, ni Bouddha. Sans doute ont-ils voulu éviter de figer quoi que ce soit :... [Lire la suite]
18 octobre 2018

EXERCICE de VACUITE

    C'est ma pratique à moi, mon exercice spirituel - encore que ce terme de spirituel me semble surchargé de notations douteuses - de me déprendre par degrés de toute référence, de toute notion de sens, de valeur et de finalité, m'efforçant au dépouillement intégral, considérant la viduité du ciel, l'indifférérence du sort, la vanité de nos représentations, la non-signifiance universelle comme une donnée infrangible et définitive. Ce n'est pas facile, compte tenu de notre farouche besoin de croire, de notre tenace désir... [Lire la suite]
11 octobre 2018

PYRRHON à ELIS

  La cité d'Elis, dans le nord-ouest du Péloponèse, était célèbre à double titre : elle avait la garde du site sanctuarisé d'Olympie qui accueillait tous les quatre ans les Jeux. Cette noble fontion lui assurait une sorte d'inviolabilité, fort appréciable en ces temps troublés où les Macédoniens dominaient la Grèce. Elis était également la seule ville qui possédât un temple en l'honneur d'Hadès : singularité de plus, si l'on songe qu'Hadès est le dieu des Enfers, le dieu "riche" (Pluton) qui recueille la foule intarissable des... [Lire la suite]
08 octobre 2018

IMPLICATIONS PYRRHONIENNES : un joli massacre !

  Je m'essaie à tirer toutes les implications, théoriques et pratiques, de la perspective pyrrhonienne, quitte à franchir quelques frontières : peut-être même mes élaborations vont-elles faire grincer des dents, arracher des hoquets - notammant à quelques traditionalistes, s'il s'avérait, le fait est improbable, qu'ils fréquentassent mes écrits ! L'idée qui m'est venue est si extravagante que j'hésite à la communiquer, mais enfin s'il n'y a pas de gêne il n'y a pas de plaisir. En fait cette idée nouvelle m'est venue au souvenir... [Lire la suite]

03 octobre 2018

RELATIVITE GENERALE : PYRRHON

  On peut considérer Pyrrhon comme l'initiateur d'une théorie de la relativité générale, laquelle vaudra moins pour elle-même - il s'agit toujours d'éviter la chute dans une position dogmatique - que pour dynamiter les thèses optimistes, qui prétendent que le savoir est possible. Il n'existe pas de position de survol par laquelle on embrasserait l'unité et la totalité des choses. L'homme qui se hisse prétentieusement au niveau divin, distribuant les qualités et les défauts du haut d'un trône imaginaire, ne fait que délirer à... [Lire la suite]
26 septembre 2018

DE LA SURFACE ABSOLUE - 3

  L'idée de Surface Absolue exprime deux idées nécessirement liées : une surface, c'est l'image d'un étalement sans hauteur, profondeur ni épaisseur, le pur plan d'immanence. Absolu signifie sans rapport à quoi que ce soit, se causant et se développant selon sa propre logique interne. Surface illimitée, sans extrémité, sans dehors, elle est le tout considéré dans sa splendeur spéculative. Cette conception est sans rapport avec les théories astrophysiques, elle n'exprime pas un savoir sur l'univers, ou sur les univers. Elle... [Lire la suite]
21 septembre 2018

HISTOIRES de PETITS COCHONS : PYRRHON d' ELIS

  "Alors que les hommes d'équipage faisaient grise mine à cause d'une tempête, lui-même (Pyrrhon), gardant toute sa sérénité, leur remonta le moral en leur montrant sur le bateau un petit cochon qui mangeait, et en leur disant que le sage devait se maintenir dans un état semblable d'imperturbabilité" (Diogène Laerce, IX,68). Ce n'est pas la seule occurrence, dans le corpus de Diogène Laerce, où il est question du petit cochon : "Il portait lui-même au marché, pour les y vendre, des volailles, et si cela se trouvait, des petits... [Lire la suite]
20 septembre 2018

EPICURE et PYRRHON

  Le point faible, selon moi, de la théorie épicurienne de la connaissance, réside dans l'affirmation, donnée sans preuve, que la sensation est en conformité avec la chose elle-même. Je ne conteste pas que la sensation soit vraie, cela je l'entends bien et l'accepte, mais d'une vérité purement phénoménale : la sensation est vraie en ce qu'elle affecte le corps, en plaisir ou douleur, et cela est incontestable. Pour autant on ne peut conclure qu'elle rende compte de la réalité de l'objet. Elle ne dit pas ce qu'il y a, elle dit... [Lire la suite]