28 novembre 2019

DU RAPPORT AU VIVANT : Montaigne

  Voici un texte d'une brûlante modernité : Il y a "un certain respect qui nous attache, et un général devoir d'humanité, non aux bêtes seulement, qui ont vie et sentiment, mais aux arbres mêmes et aux plantes. Nous devons la justice aux hommes, et la grâce et la bénignité (bienveillance) aux autres créatures qui en peuvent être capables. Il y a quelque commerce entre elles et nous, et quelque obligation mutuelle. Je ne crains point à dire la tendresse de ma nature si puérile que je ne puis pas bien refuser à mon chien la fête... [Lire la suite]

21 novembre 2019

VOYAGE aux ENFERS (3) : Montaigne

  Selon le contrat passé avec Hadès, le maître des Enfers, je ne puis converser qu'avec trois personnages, alors que j'eusse volontiers rencontré tant d'autres protagonistes : Héraclite, Démocrite, Epicure, Lucrèce, Schopenhauer. Mais voilà, il faudra transiger. Voici le beau gentilhomme gascon, amoureux des Muses, qui se flattait de n'être pas philosophe, ni homme de lettres, ni auteur, ni docte, ni poète, mais homme, simplement homme. J'étais élève de première, j'avais dix-sept ans : Montaigne fut pour moi un éblouissement.... [Lire la suite]
05 novembre 2019

IVRESSE NATURELLE : Dionysos écrivain

  Je voudrais dire du bien de l'ivresse, contre toute une tradition de tempérance rationnelle. C'est dans nos vies l'élément dionysiaque indispensable, sans lequel la vie n'est que langueur. Montaigne : "Je ne puis assurer mon objet. Il va trouble et chancelant, d'une ivresse naturelle. Je le prends en ce point, comme il est, en l'instant que je m'amuse à lui".  Il en va de la sorte dans l'écriture. On peut bien écrire le coeur froid et l'âme rassise, développer par méthode une longue suite de propositions ordonnées,... [Lire la suite]
04 juillet 2019

Du DANGER de l' ECRITURE : journal du 4 juillet 2019

  Il y a du danger dans l'écriture. Ramassant, disposant les mots selon l'humeur et le caprice, expérimentant une liberté sans frein, grisé par les fantaisies de l'imagination, les ouvertures infinies de la langue, il arrive qu'on oublie que ce ne sont que des mots. De la même manière, le temps d'un concert, on flotte dans les parages de l'infini, on pressent des univers de beauté et de félicité - on oublie que ce ne sont que des sons. L'instant d'après, dégrisé, on se retrouve tout penaud dans l'ordinaire. Rien n'a changé,... [Lire la suite]
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15 février 2019

De l'INTELLIGENCE : Montaigne

  C'est quoi l'intelligence ? C'est un mot admirable qui évoque la clarté de la pensée capable de se hisser au dessus des contingences pour saisir les justes rapports. C'est d'ailleurs ce que nous enseigne l'étymologie : inter-legere : lire entre, lire entre les lignes, repérer, par de là l'apparence des choses ou du discours, une disposition inapparente, qui seule donne le sens, ou le faux sens. L'intelligence est cette faculté haute et exigeante qui fait que l'on ne s'en laisse pas compter, qu'on ne consent pas à la duperie et... [Lire la suite]
01 octobre 2018

SUSPENSION SCEPTIQUE

  "Les choses que les dogmatiques affirment avec fermeté dans leurs discours, en prétendant qu'ils les saisissent, à leur sujet nous suspendons notre jugement, en tant qu'elles sont non évidentes : nous ne connaissons que nos affects. En effet, le fait que nous voyons, nous l'accordons, et le fait que nous pensons ceci et cela nous le savons ; mais comment nous voyons, ou comment nous pensons, nous l'ignorons ; et que telle chose nous paraisse blanche, nous le disons sur le mode de la narration, mais sans affirmer fermement si... [Lire la suite]

31 août 2018

GELASSENHEIT : du laisser-être

  Il existe en allemand un mot qu'il est bien difficile de rendre en français, malheureusement, et qui possède une très riche signification : Gelassenheit, que l'on peut traduire par tranquillité, sérénité. Mais le terme, dans sa composition, implique l'idée d'un laisser (lassen), laisser loin de soi - soucis, préoccupations, passions - et surtout d'un se-laisser, d'un abandon confiant à quelque chose qui possède une suprême valeur. On encore d'un se-laisser aller, se-laisser être, ou vivre, selon sa complexion native et... [Lire la suite]
06 février 2018

La FICTION de l'ETRE

  Nietzsche : "Héraclite gardera éternellement raison en affirmant que l'être est une fiction vide de sens". Montaigne : "Pourquoi prenons-nous ce titre d'être, de cet instant qui n'est qu'une éloise (un éclair) dans le cours infini d'une nuit éternelle et une interruption si brève de notre perpétuelle et naturelle condition ?"
30 janvier 2018

De la DENAISSANCE : méditation

  Nerval parlait en connaisseur de la traversée de l'Achéron, dont il se remit deux fois avant de sombrer, comme on sait. Je n'ai pas l'intention de sombrer, mais pas davantage celle de gommer purement et simplement l'expérience vécue, d'en annuler le relief par une sorte de dénégation. Traversée du feu dirai-je, de ce feu noir et froid qui cadavérise toute chose, qui nihilise jusqu'au désir de vivre. Heureusement l'affaire n'aura duré qu'un mois, mais c'est un de ces mois qui valent pour plusieurs. Dés-être dirait Lacan,... [Lire la suite]
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11 septembre 2017

Du milieu : Montaigne

  "Nous n'avons aucune communication à l'être, parce que toute humaine nature est toujours au milieu entre le naître et le mourir, ne baillant de soi (ne donnant de soi) qu'une obscure apparence et ombre, et une incertaine et débile opinion"  - Montaigne, Apologie de Raymond Sebon.
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