05 novembre 2019

IVRESSE NATURELLE : Dionysos écrivain

  Je voudrais dire du bien de l'ivresse, contre toute une tradition de tempérance rationnelle. C'est dans nos vies l'élément dionysiaque indispensable, sans lequel la vie n'est que langueur. Montaigne : "Je ne puis assurer mon objet. Il va trouble et chancelant, d'une ivresse naturelle. Je le prends en ce point, comme il est, en l'instant que je m'amuse à lui".  Il en va de la sorte dans l'écriture. On peut bien écrire le coeur froid et l'âme rassise, développer par méthode une longue suite de propositions ordonnées,... [Lire la suite]

04 juillet 2019

Du DANGER de l' ECRITURE : journal du 4 juillet 2019

  Il y a du danger dans l'écriture. Ramassant, disposant les mots selon l'humeur et le caprice, expérimentant une liberté sans frein, grisé par les fantaisies de l'imagination, les ouvertures infinies de la langue, il arrive qu'on oublie que ce ne sont que des mots. De la même manière, le temps d'un concert, on flotte dans les parages de l'infini, on pressent des univers de beauté et de félicité - on oublie que ce ne sont que des sons. L'instant d'après, dégrisé, on se retrouve tout penaud dans l'ordinaire. Rien n'a changé,... [Lire la suite]
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15 février 2019

De l'INTELLIGENCE : Montaigne

  C'est quoi l'intelligence ? C'est un mot admirable qui évoque la clarté de la pensée capable de se hisser au dessus des contingences pour saisir les justes rapports. C'est d'ailleurs ce que nous enseigne l'étymologie : inter-legere : lire entre, lire entre les lignes, repérer, par de là l'apparence des choses ou du discours, une disposition inapparente, qui seule donne le sens, ou le faux sens. L'intelligence est cette faculté haute et exigeante qui fait que l'on ne s'en laisse pas compter, qu'on ne consent pas à la duperie et... [Lire la suite]
01 octobre 2018

SUSPENSION SCEPTIQUE

  "Les choses que les dogmatiques affirment avec fermeté dans leurs discours, en prétendant qu'ils les saisissent, à leur sujet nous suspendons notre jugement, en tant qu'elles sont non évidentes : nous ne connaissons que nos affects. En effet, le fait que nous voyons, nous l'accordons, et le fait que nous pensons ceci et cela nous le savons ; mais comment nous voyons, ou comment nous pensons, nous l'ignorons ; et que telle chose nous paraisse blanche, nous le disons sur le mode de la narration, mais sans affirmer fermement si... [Lire la suite]
31 août 2018

GELASSENHEIT : du laisser-être

  Il existe en allemand un mot qu'il est bien difficile de rendre en français, malheureusement, et qui possède une très riche signification : Gelassenheit, que l'on peut traduire par tranquillité, sérénité. Mais le terme, dans sa composition, implique l'idée d'un laisser (lassen), laisser loin de soi - soucis, préoccupations, passions - et surtout d'un se-laisser, d'un abandon confiant à quelque chose qui possède une suprême valeur. On encore d'un se-laisser aller, se-laisser être, ou vivre, selon sa complexion native et... [Lire la suite]
06 février 2018

La FICTION de l'ETRE

  Nietzsche : "Héraclite gardera éternellement raison en affirmant que l'être est une fiction vide de sens". Montaigne : "Pourquoi prenons-nous ce titre d'être, de cet instant qui n'est qu'une éloise (un éclair) dans le cours infini d'une nuit éternelle et une interruption si brève de notre perpétuelle et naturelle condition ?"

30 janvier 2018

De la DENAISSANCE : méditation

  Nerval parlait en connaisseur de la traversée de l'Achéron, dont il se remit deux fois avant de sombrer, comme on sait. Je n'ai pas l'intention de sombrer, mais pas davantage celle de gommer purement et simplement l'expérience vécue, d'en annuler le relief par une sorte de dénégation. Traversée du feu dirai-je, de ce feu noir et froid qui cadavérise toute chose, qui nihilise jusqu'au désir de vivre. Heureusement l'affaire n'aura duré qu'un mois, mais c'est un de ces mois qui valent pour plusieurs. Dés-être dirait Lacan,... [Lire la suite]
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11 septembre 2017

Du milieu : Montaigne

  "Nous n'avons aucune communication à l'être, parce que toute humaine nature est toujours au milieu entre le naître et le mourir, ne baillant de soi (ne donnant de soi) qu'une obscure apparence et ombre, et une incertaine et débile opinion"  - Montaigne, Apologie de Raymond Sebon.
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12 juin 2017

DE la LIBERTE de CONSCIENCE : Julien l'Apostat

    J'écris comme d'autres parlent, oubliant ce qu'ils ont dit. Ce qui fait que je suis, chaque matin, au matin du monde, réorganisant tant bien que mal l'espace et le temps. C'est l'écriture qui m'y autorise, m'y invite et m'y prie, c'est en elle que les choses se disposent à nouveau, recouvrant un peu d'ordre dans le chaos. Privez-moi de cette recette, je suis un homme à demi mort, comme je l'étais tout le temps de mes séjours en clinique. Je dis recette, mais le mot est impropre, c'est le pharmakon, c'est la panacée... [Lire la suite]
05 mai 2017

PRATIQUES d' EVEIL

  Il est parfois recommandable de ne pas aborder le sujet de face, de prendre des chemins de traverse, de biaiser avec la difficulté. C'est aussi un excellent moyen de décourager le lecteur trop pressé, trop avide de réponses toutes faites, de recettes de bonheur par exemple. Tout problème sérieux suppose quelque travail d'approche, quelques pas de côté, hésitation féconde, avant le grand bond. Il est bon de se cacher un peu, pas trop, mais suffisamment ; laissons tout doucement le lecteur bienveillant faire lui aussi quelques... [Lire la suite]