29 avril 2020

DE LA DECLINAISON

  La déclinaison doit être pensée comme ce minimum d'écart qui fait dévier de la droite. Sans la déclinaison, dira Lucrèce, rien ne serait jamais advenu que la répétition du même à l'infini. Ecart "vénusien", angle créateur, car à partir de l'écart minimal on peut penser la dérive, et, posant que d'autres vecteurs dérivent de même, la rencontre en cascades, l'attraction et la répulsion, la combinaison, la formation des corps. Ce modèle prend toute sa force si l'on pose que la déclinaison n'est pas un mouvement second qui... [Lire la suite]

05 mars 2020

VARIATIONS SUR L ENFER

  Jacques Lacan, dans une de ces saillies dont il avait le secret, déclara : "ce que l'homme désire c'est l'enfer". L'affirmation ne vaut qu'à la condition de distinguer soigneusement le désir du vouloir. L'homme ne veut pas l'enfer, il lutte de toute son intelligence pour le repousser. Mais voilà, ce qui est repoussé fait invariablement retour, et ce n'est pas toujours en raison de circonstances défavorables, ou de la malignité du sort. Il y a bien du désir là-dessous, d'autant plus pernicieux et agissant qu'il procède de la... [Lire la suite]
28 janvier 2020

IMAGES MARITIMES : Epicure

  "Ce n'est pas le jeune qui est bienheureux, mais le vieux qui a bien vécu : car le jeune, plein de vigueur, erre, l'esprit égaré par le sort (tuchè) ; tandis que le vieux, dans la vieillesse comme dans un port, a ancré ceux des biens qu'il avait auparavant espérés dans l'incertitude, les ayant mis à l'abri par le moyen sûr de la gratitude (charis)". Voilà de belles images maritimes. D'un côté l'errance, le hasard, l'incertitude - la jeunesse. De l'autre le port, l'ancrage, la certitude, la gratitude - la vieillesse. Voyez... [Lire la suite]
20 juin 2019

Du REEL dans l' EPICURISME

  Mettre au premier plan le réel. Voilà ma formule. A partir de là on peut réinterpréter diverses philosophies anciennes et modernes, en interrogeant la place, évidente ou cachée, qu'y occupe le réel. Je prendrai l'exemple de l'épicurisme. Epicure construit une admirable architecture où la canonique, la physique et l'éthique s'organisent autour d'une question centrale : qu'est ce qui importe vraiment à qui veut se donner les conditions et les moyens de la félicité ? On a pu dire que cette philosophie est une tentative réussie... [Lire la suite]
06 juin 2019

MOINS QUE RIEN C'EST QUOI ? - LUCRECE

  Je voudrais faire part au lecteur d'un embarras philosophique. Voici ce qu'écrit Lucrèce au sujet de la mort en III, 926 et 927     "En conséquence il faut penser que la mort est beaucoup moins pour nous     S'il peut exister moins que ce que nous voyons être un rien" Ces deux vers viennent conclure un passage consacré au sommeil, qui est une période de repos, sans conscience. Cette comparaison est traditionnelle. Mais alors qu'après le sommeil le sujet se resaissit, la mort entraîne... [Lire la suite]
05 juin 2019

L'IMAGINATION TOXIQUE : LUCRECE

  Lucrèce apporte une belle illustration du thème que j'ai développé dans l'article précédent (III, 870 à 887). Voici un homme qui gémit sur lui-même, imaginant de cruelles souffrances après la mort, et qui pourtant déclare, dans le même temps, qu'il ne croit pas possible "qu'il subsistât une sensibiité dans la mort". Cet homme tient un double langage. Par la raison il consent à sa disparition, qui entraîne l'insensibilité, et par l'imagination il se donne une sorte d'immortalité, mais bien douloureuse, puisqu'elle est peuplée... [Lire la suite]

14 février 2019

Le PROBLEME du NATURALISME

  Parler, comme faisait Deleuze, de "Naturalisme" au sujet d'Epicure et de Lucrèce, est encore une approximation. Il se proposait de construire une machine de guerre contre les puissances de manipulation, idéologie et religion, qui édifient des superstitions, littéralement des constructions en surplomb, pour asseoir le contrôle par la peur et la culpabilité. Revenir à la nature, observer les lois de nature et vivre selon les lois de nature serait une efficace entreprise de desintoxication et fournirait un programme général de... [Lire la suite]
06 février 2019

DESIR et SIMULACRES

  Ce matin, allant acheter mon pain, rêvassant au décours des rues, j'eus soudain cette intuition, qui n'est pas vraiment neuve, mais qui m'apparut comme une évidence : désirer c'est envelopper la personne désirée d'un halo magique, une sorte de gaze très fine et lumineuse qui lui donne un rayonnement extraordinaire, la situant hors du champ banal de l'existence. L'espace se recourbe autour de ce centre solaire, et tout mène à lui, se perçoit par rapport à lui. Tout converge, tout se ramasse, tout s'intensifie, coulant à flots... [Lire la suite]
04 février 2019

De la "MEDECINE" EPICURIENNE, et du VIDE

  Pour Epicure la philosophie devait se constituer comme une médecine de l'âme, une psychi-atrie, parallèle à la médecine du corps. C'est par là qu'elle peut légitimement prétendre à l'utilité. Et hors de quoi elle risque de n'être que verbiage. Cette médecine de l'âme s'affronte à un fait massif, la crainte, qui ruine le bonheur autant que la santé : crainte sans fondement réel, et qui va se donner des objets fantasmatiques (les dieux, la mort) à défaut de porter sur des objets réels. La thérapeutique consiste alors à déminer... [Lire la suite]
09 janvier 2019

Le SCALPEL de la VERITE

  Je me suis mis en tête, ces jours-ci, de relire deux chapîtres importants de Schopenhauer sur la question de l'immortalité et la négation du vouloir-vivre. Je ne dirai rien du contenu de ces oeuvres, dont le lecteur peut juger par soi-même, s'il le désire. C'est mon propre positionnement de lecteur qui m'intrigue et que je voudrais tenter d'éclairer : j'observe, à nouveaux frais, l'extrême difficulté où je suis de mener une lecture suivie, attentive et concentrée. J'attaque le texte avec résolution, je me jure de mieux faire... [Lire la suite]