16 janvier 2015

VIVRE POETIQUEMENT

    A quoi reconnaît-on un poète ? A rien. C'est d'autant plus frustrant que l'imaginaire collectif croit disposer de critères évidents : le poète serait un rêveur perdu dans la contemplation des nuages, un original, un décalé, un excentrique vivant de rosée, chevauchant le vent, ou un errant, un voyageur de l'idéal, chevalier de l'impossible. Paul Valéry, parlant de La Fontaine, rend hommage au travail du poète, qui est d'abord un artisan, un "oeuvrier" de la langue, et qui, s'il est bien visité parfois par les dieux,... [Lire la suite]
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01 décembre 2014

POURQUOI DES POETES EN CE TEMPS DE DETRESSE ?

    "Pourquoi des poètes en ce temps de détresse?" demandait Hölderlin. Mais en quoi notre temps serait-il un temps de détresse? De quelle détresse parlons-nous? Et ce qui inquiétait Hölderlin, en quoi  cela nous concerne-t-il aujourd'hui? La détresse, selon moi, tient au caractère unilatéral de nos existences, déterminées presque exclusivement par la domination des intérêts économiques et financiers, d'où résulte une uniformité sans précédent, revers inévitable de la carence symbolique. Si une oeuvre d'art ne vaut... [Lire la suite]
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17 décembre 2013

"UN DIEU LA BAS PEUT LE PARFAIRE"

    On imagine assez bien la scène.  Le menuisier Zimmer, qui a recueilli Hölderlin depuis six ans dans sa maison au bord du Neckar, montre au poète le dessin d'un temple grec qu'il a exécuté en l'honneur de son hôte, sachant sa passion indéfectible pour la Grèce antique. Hölderlin : "Faites le en bois!". Zimmer : "Je dois gagner mon pain, je n'ai pas la chance de vivre en philosophe comme vous!". Hölderlin : "Ah je suis tout de même un pauvre homme!". Là dessus, il écrit d'un jet le quatrain suivant :    ... [Lire la suite]
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31 mars 2013

MANQUER : une anthropologie

    Il ya deux manières de manquer. Je manque de, ou bien je manque à. L'usage ordinaire privilégie le premier mode. Tout un chacun déclare peu ou prou manquer de ceci et de cela, argent, réussite, réputation, avoir, pouvoir ou savoir. C'est ainsi que Platon pose le manque de savoir à l'origine de la philosophie. "Aucun des dieux ne philosophe et ne désire devenir savant, car il l'est : et, en général, si l'on est savant on ne philosophe pas ; les ignorants non plus ne philosophent pas et ne désirent pas devenir savants ;... [Lire la suite]
17 mars 2013

OEDIPE A-THEOS

            "Abandonné du dieu ancestral, les yeux            Crevés, blessure inexpugnable, il se traîne               Boîtant par les chemins hagards, et nulle âme                  Ne peut le consoler".   Sophocle au vers 611 de sa tragédie qualifie Oedipe : "a-theos", sans dieu, Gottlos, privé du dieu qui se retire, invisible dans les obscurités du ciel. Le voilà délaissé, rendu à... [Lire la suite]
28 mars 2012

La DETRESSE et l' ATTENTE : HOLDERLIN

« En attendant il me paraît souvent Que dormir serait mieux que d’être ainsi sans compagnon Et que de persévérer ainsi ? Et que faire dans l’attente, et que dire Je ne sais ; et à quoi bon des poètes en un temps de détresse ? Mais ils sont, dis-tu, comme les prêtres sacrés de Dionysos, Qui de pays en pays erraient en la Nuit sacrée ». (« Pain et vin », élégie de Hölderlin)              La poésie, en ces temps de barbarie, est une constante... [Lire la suite]

27 mars 2012

ENTRE TEMPS : HOLDERLIN

Esquisse de poème, dans le cahier que tient Hölderlin, entre 1801 et 1802                « Entre temps laisse-moi flâner                Et cueillir des baies sauvages                Pour étancher l’amour de toi                Sur tes sentiers, ô... [Lire la suite]
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02 mars 2012

La LUMIERE HOLDERLIN

    « Les bords du Gange entendirent le triomphe Du dieu de Joie, quand de l’Indus, en conquérant, Vint le jeune Bacchus arrachant du sommeil Les peuples, avec le vin sacré.   Et toi Ange du jour n’éveilles tu pas Ceux qui dorment encore ? Donne les lois, donne-nous La  vie et le triomphe, Maître qui seul As droit de conquête, comme Bacchus ! » (Hölderlin, « Vocation de poète », début)             C’est une merveille... [Lire la suite]
29 février 2012

DIONYSOS CIVILISATEUR : HOLDERLIN

  Hölderlin a plus que tout autre poète ressenti la douleur de la perte, la ruine des dieux antiques. Il sonde avec effroi le silence qui règne sur la terre, le blanc sidérant qui paralyse la pensée. Mais il refuse de désespérer, et dans l’attente même il édifie le Chant qui fera refleurir, non les dieux enfouis, mais de nouvelles figures de la médiation entre les hommes et les dieux. Il évoquera avec une piété reconnaissante trois figures successives : Héraklès, le héros bienfaisant, Dionysos le dieu-homme, et le Christ,... [Lire la suite]
05 octobre 2011

De la TRAVERSEE : le proche et le lointain

Traverser c'est passer à travers, parcourir un espace jusqu'à son terme, voyager d'un bord à l'autre. Bouddha parle de la traversée du fleuve - le samsârâ - pour aborder le beau pays de la liberté. Ulysse parcourt en tous sens la Méditerrannée à la recherche d'Ithaque et de son épouse. "Heureux qui comme Ulysse...".Epicure nous enjoint de quitter les soucis et les désirs illimités pour gagner la rive de l'ataraxie. Toutes les sagesses tiennent peu ou prou un langage comparable, nous exhortant à quitter une terre de familiarité... [Lire la suite]