06 septembre 2011

ELOGE de l'OPINION : sapere aude

Depuis Platon, l'opinion (doxa) a mauvaise presse. N'est-elle pas la marque d'un esprit crédule, empressé à recevoir en sa créance tous les préjugés d'une caste, d'une époque, d'un courant d'idées majoritaire, d'une mode? Creuset de la servilité politique, de la niaiserie iodéologique, il importerra au philosophe de dégonfler les certitudes, les jugements invérifiés, les a priori, de dénoncer la paresse, de dépister les intérêts inavouables, les dessous obscurs ou fallacieux de la croyance. Toute la tradition emboîtera pas, et ce sera... [Lire la suite]

09 juin 2011

DE LA SANTE : adaptation et spiritualisation

On définit souvent la santé comme l'absence de maladie, ce qui est fort tendancieux. Remarquons d'abord que l'absence de toute affection morbide est peu probable. D'autant que la vie se dévelope par crises, et que l'absence de crises signerait une déficience du développement. La crise n'est pas une maladie, c'est une adaption qui peut réussir ou échouer. En fait la santé est indéfinissable parce que ce n'est pas un état stable, mais un processus. Ce processus est réactif si ce sont les circonstances qui contraignent à un remaniement.... [Lire la suite]
11 mai 2011

De l'INTERIORITE : le NOOS d'EMPEDOCLE

  Il est bien difficile de rendre correctement le mot  « noos » ou « noûs », tel qu’il est utilisé par les auteurs anciens. Les traducteurs proposent tantôt pensée, esprit ou intelligence. Il s’agit manifestement de la faculté de connaître. Héraclite oppose le noos à la polymathie, le savoir-beaucoup, accessible à tous puisqu’il suffirait d’étudier les techniques et les sciences particulières, alors que la vraie connaissance dépasse tous les savoirs dans la contemplation du Tout. Le philosophe serait dès lors celui qui... [Lire la suite]
09 mai 2011

Le dieu d'Héraclite

Dans la vie et l’œuvre d’Héraclite on peut relever la référence à cinq divinités du panthéon traditionnel. Artémis d’abord, qui honorait Ephèse d’un temple célèbre, où Héraclite, selon Diogène Laerce, aimait jouer aux osselets avec les enfants, dédaignant la politique et les mœurs de sa ville natale. C’est à Artémis qu’il remet son grand œuvre avant de mourir, confiant à la déesse le soin de sa pensée pour l’éternité. Artémis est la soeur jumelle d’Apollon, ce qui inscrit en toute clarté la pensée d’Héraclite dans la sphère... [Lire la suite]
11 mars 2011

LETHE et A-LETHEIA : de la vérité de l'oubli

Lèthè : fleuve des Enfers. Lèthè : l'oubli, de lanthanô : demeurer caché. Le régime de "lèthè" c'est d'être hors de la vue, retiré en quelque demeure obscure, à l'abri. "Vis caché" proclamait Epicure, par souci de conservation et de sûreté. Reste à penser le rapoort énigmatique entre l'oubli et les eaux du fleuve des Enfers. Et en conséquence le statut d'Alètheia, la vérité. Lèthè, le fleuve des enfers sépare le monde des vivants du monde des morts, désigné comme demeure de l'Oubli. Les mortels, à l'exception peut-être des héros et... [Lire la suite]
10 mars 2011

Le CARACTERE c'est le DAIMON : Héraclite

Héraclite :"Ethos anthropô daïmon" : le caractère, pour l' homme, est son daïmon.- Qu'est ce que le daïmon? Dans la conception populaire le daïmon est un génie personnel, une sorte de double mystique qui accompagne l'homme tout au long de son existence. Il y aurait en somme une double identité : la persona (le masque, l"'hypocritès", l'acteur)) visible et empirique, soumis aux déterminations sociales, et d'autre part un principe immanent, un guide, un conseiller interne, un principe souverain et secret qui présiderait aux décisions,... [Lire la suite]

07 mars 2011

Une ENIGME de THALES

Il disait que la mort ne diffère en rien de la vie. "Et toi donc, dit quelqu'un, pourquoi ne meurs-tu pas?" "Parce que cela ne fait aucune différence" dit-il (Diogène Laerce I, 35). Comme cette énigme résonne étrangement à nos oreilles de modernes, qui, convaincus de la réalité du moi, pensons la mort comme le contraire absolu de la vie, sa négation absolue. Mais les Anciens ne sentaient pas les choses ainsi. Ils ne croyaient pas à la substance du sujet, plus encore, ils n'envisageaient même pas que l'on pût croire à l'existence... [Lire la suite]
24 décembre 2010

Du FONDEMENT de la PHILOSOPHIE : HERACLITE

"Ce monde, le même pour tous, ni dieu ni homme ne l'a fait, mais il était toujours, il est et il sera, feu toujours vivant, s'allumant en mesure et s'éteignant en mesure" (Héraclite, fragment 80 : traduction Marcel Conche). Ce monde, "kosmon tonde", ce monde-ci, qui est la totalité du monde, est d'une évidence immédiate : il est, et ce serait folie que d'en contester l'existence. Je peux feindre qu'il n'existe pas, comme fait Descartes, douter  des sens et de la raison, suspendre les choses dans une épochè... [Lire la suite]
17 novembre 2010

LOGOS et ALOGOS

Héraclite est le penseur du Logos, le premier semble-t-il qui a majestueusement introduit cette intuition en philosophie. "La sagesse consiste en une seule chose : savoir qu'une sage raison (gnomè) gouverne tout à travers tout". Mais il faut prendre garde : ce Logos, s'il règle la marche du monde sur le mode paradoxal de la contrariété (la lutte éternelle des contraires fait la richesse inépuisable du réel) ne fonde pas un déterminisme étroit et systématique, ce que feront les Stoïciens. Héraclite ne parle nulle part de... [Lire la suite]
12 novembre 2010

Le FEU du CIEL : HÖLDERLIN HERACLITEEN

"A présent ils boivent le Feu céleste Les fils de la terre sans danger. Mais il nous appartient, sous les orages du dieu Poètes, de nous tenir tête nue, De saisir, en main propre, l'éclair du père, lui même, Enveloppé dans le chant, De tendre au peuple l'offrande céleste".          (Hölderlin : "Comme aux jours de fête, extrait, traduction personnelle)                C'est dans ces termes énigmatiques, dans les années... [Lire la suite]