28 juillet 2015

L'ARC et la LYRE : HERACLITE

  "Le nom de l'arc est vie, son oeuvre mort". - C'est là un de ces paradoxes qu'Héraclite affectionne, mais c'est plus qu'un paradoxe : bios c'est la vie, et bios c'est l'arc. Un simple déplacement d'accent fait passer de l'un à l'autre. L'arc est le symbole d'Apollon - avec la lyre. Car avant de devenir ce dieu musicien, patron des Muses, Apollon était une divinité redoutable, au regard oblique, et qui décoche la douleur et la mort (voir le chant I de l'Iliade). Dualité foncière du dieu, bienfaisant et destructeur, médecin,... [Lire la suite]

21 avril 2015

VRAIE ou FAUSSE REPETITION ? - Schopenhauer

    "Eadem, sed aliter " - les mêmes choses, mais autrement, c'est la formule attitrée de Schopenhauer. "Le même" c'est évidemment le vouloir vivre. "Autrement" c'est l'apparence de variété, l'illusion de renouvellement. Sous de nouveaux costumes c'est l'éternelle tragi-comédie de l'existence, l'inchangeable nature humaine, mêmes passions, mêmes intérêts, mêmes déboires et afflictions. Mais on pourrait envisager la chose autrement, et je ne sais trop si Schopenhauer y a songé, mais cela reste résolument dans l'esprit de... [Lire la suite]
07 novembre 2014

MUTHOS et LOGOS

    Muthos : parole, discours, récit. De mutheuo : expliquer, raconter. Le muthos est originellement une parole qui délivre une explication, sous la forme d'un récit censé rendre compte de la provenance de l'univers et des dieux, des hommes et de tous les êtres de la nature. Il s'exprime dans une tradition séculaire, essentiellement orale, collectée et transmise par les poètes. Mais le poète n'en est pas l'inventeur : il puise dans le fonds public, demande à la Muse de l'inspirer et de garantir la validité de son propos.... [Lire la suite]
06 novembre 2014

NUIT et JOUR : Hésiode et Héraclite

           "De Faille (chaos) naquit Erèbe et la Nuit toute noire.        De Nuit naquit Feu d'en haut et Lumière du jour". (Théogonie d'Hésiode, vers 123 et 124) Ce qui mérite d'être relevé ici, chez Hésiode, c'est l'antériorité de la Nuit (personnifiée selon les codes du langage mythologique) sur le Jour. Le jour est issu de la nuit, qu'il faut penser comme une sorte de contenant originel - qu'il semble impossible de distinguer clairement de l'Erèbe, ténèbre d'en bas, obscurité... [Lire la suite]
22 octobre 2014

DIFFERANCE : HERACLITE

    "Nous autres, héraclitéens...". Pour nous il n'existe ni substance stable, ni identité stable. "Panta rhei", toutes choses coulent, et nous coulons de même, emportés par le grand fleuve selon l'ordre du temps. Ce qui semble revenir à l'identique n'est jamais identique, mais toujours déjà autre, irréductible, irréversible et différent. Il n'y a que des différences, et la chose en elle-même diffère d'elle-même, déjà autre au moment même de son surgissement, glissant dans une forme nouvelle où elle s'évanouit et se... [Lire la suite]
10 janvier 2014

CONNAIS TOI TOI-MEME, et tu CONNAITRAS l' UNIVERS ET LES DIEUX.

    "Je me suis cherché moi-même", déclare Héraclite. A quoi répond la sublime devise du temple d'Apollon à Delphes : "Connais toi toi-même, et tu connaîtras l'univers et les dieux". Ce que j'admire dans cette objurgation c'est son caractère universel : se connaître soi-même n' a de sens que rapporté à la connaissance du Tout, "l'univers et les dieux" - et les hommes évidemment, situés à la juste place entre la nature et les dieux. Idée qui nous est devenue si étrangère que nous avons le plus grand mal à en pénétrer le... [Lire la suite]

23 décembre 2013

De l' AME : HERACLITE

    "De même que l'araignée, se tenant au milieu de sa toile, perçoit aussitôt qu'une mouche a brisé l'un de ses fils, et ainsi court rapidement à cet endroit comme si elle souffrait de la rupture du fil, de même l'âme de l'homme, une partie du corps étant blessée, se rend en hâte à cet endroit, comme incapable de supporter la blessure du corps auquel elle est liée solidement et dans chaque partie". (Héraclite, 67a, trad Conche) D'après ce texte l'âme de l'homme est liée étroitement au corps (proportionaliter), mêlée... [Lire la suite]
20 décembre 2013

Du BEAU et du REEL

                     "Je suis belle, et j'ordonne                  Que pour l'amour de moi vous n'aimiez que le beau". (Baudelaire) Seul le beau est aimable, lui que nous inspire la beauté de la Muse, magnifiée par l'amour. A dire vrai on ne sait trop si c'est l'amour qui inspire la beauté ou la beauté qui inspire l'amour. J'imagine fort difficilement que l'on aime la laideur, en tout cas, moi, j'en suis incapable. J'aime ce qui... [Lire la suite]
24 novembre 2013

De la CIBLE INTERIEURE

    La cible véritable, celle qui devrait nous tenir lieu de fin et de loi, c'est la cible intérieure, qui, bien conçue, bien positionnée, est à la fois le soi et le tout. Nous nous perdons tout autour de nous, courant, nous démenant, trépidants comme des diables pris de folie, alors que l'humble et magnifique secret est qu'il n' y a rien à trouver qui ne soit déjà là, toujours déjà présent dans l'intimité féconde de notre coeur. Les anciennes traditions enseignaient la congruence merveilleuse de l'intériorité subjective... [Lire la suite]
20 septembre 2013

De la VISION TRAGIQUE : HERACLITE et NOUS

    La formule spéculative du tragique, première et dernière, c'est Héraclite qui la donne. Pour en saisir la portée il faut considérer trois sentences fondatrices : "Un et Tout" (hen kai pan) ; "l'un différant de lui-même (hen diapheron heautou) : "la guerre est le père de toutes choses, de toutes choses le roi" (polemos pantôn pater, pantôn basileus). Le monde est livré à la loi des contraires, organisé-déchiré par la lutte des contraires, faim-satiété, guerre-paix, été-hiver, chaud-froid, sec-humide, plaisir-déplaisir,... [Lire la suite]