26 décembre 2016

De la FAILLE du DISCOURS

    Si je dis : "le pain est blanc", tout un chacun comprend ce qu je dis, car la convention linguistique fixe pour chacun la notion de "pain" et de "blanc", si bien que chacun peut vérifier la concordance de mon propos avec la réalité. Ce qui est troublant, c'est que je puisse sans vergogne dire "ce pain est violet" alors qu'il est blanc. Dans le langage rien n'est vraiment impossible, je puis jouer à l'infini de toutes ses virtuaités sans tenir compte en rien de la réalité. Ainsi Eluard - "la terre est bleue comme une... [Lire la suite]

16 décembre 2016

De L' ECART et de la LIBERTE

  Diogène Laerce, IX, 2, 3 : " On lui demanda (à Héraclite) de faire office de législateur pour eux (les Ephésiens), mais il dédaigna l'offre, parce que la cité était déjà sous l'emprise de sa mauvaise constitution. S'étant retiré dans le temple d'Artémis, il jouait aux osselets avec les enfants ; les Ephésiens faisant cercle autour de lui, il leur dit : 'Pourquoi vous étonner, coquins ? Est-ce qu'il ne vaut pas mieux faire cela que de mener avec vous la vie de la cité ?" Pour finir il prit les hommes en haine et vécut à l'écart... [Lire la suite]
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15 décembre 2016

"Le SOLEIL a la GRANDEUR d' un PIED d' HOMME" : HERACLITE

  Heinz Wismann nous dit ceci : imaginez Héraclite couché tout du long dans l'herbe à révasser. Surgit un importun qui lui demande : "Quelle est la grandeur du soleil ?" C'est une question classique à l'époque et les savants rivalisent d'ingéniosité, multipliant les hypothèses théoriques. Héraclite se contente de relever la jambe, de dissimuler le soleil avec son pied, et de répondre :" Le soleil a la grandeur d'un pied d'homme". C'est évidemment une facétie. Héraclite aimait déjouer le sens des questions, se jouer du... [Lire la suite]
27 août 2015

Un PHILOSOPHE VIVANT

  Le temps fort de mes congés au soleil fut la rencontre d'un philosophe vivant, un vrai, comme il s'en trouvait en des temps lointains, fort différents des gesticulateurs médiatiques contemporains. Cet excellent homme, dont je tairai le nom et le siège, puisqu'il est évident qu'il désire plus que tout conserver la sûreté de sa retraite, eut la bonté de me recevoir dans sa "bergerie" montagnarde, alors que je venais l'importuner, sans prévenir, au sortir semble-t-il, d'une sieste heureuse vouée aux déesses du bocage, et nous... [Lire la suite]
12 août 2015

CHAP XVIII : LE FLEUVE

         CHAPITRE DIX HUIT - Le FLEUVE      TABLE 1 L'appel du fleuve 2 Petite méditation sur le fleuve I, II  3 Feuilles et rivières 4 Petite méditation sur l'impermanence  5 Lethè et Alètheia 6 Petite méditation sur Hadès 7 Un anniversaire     1 L'Appel du fleuve   Souvent, au début de l’après midi, je prenais mon vélo, ou le bus, selon le temps, pour me rendre au bord du Rhin, au-delà des forêts marécageuses du Ried. J’aimais m’asseoir au bord du fleuve... [Lire la suite]
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28 juillet 2015

L'ARC et la LYRE : HERACLITE

  "Le nom de l'arc est vie, son oeuvre mort". - C'est là un de ces paradoxes qu'Héraclite affectionne, mais c'est plus qu'un paradoxe : bios c'est la vie, et bios c'est l'arc. Un simple déplacement d'accent fait passer de l'un à l'autre. L'arc est le symbole d'Apollon - avec la lyre. Car avant de devenir ce dieu musicien, patron des Muses, Apollon était une divinité redoutable, au regard oblique, et qui décoche la douleur et la mort (voir le chant I de l'Iliade). Dualité foncière du dieu, bienfaisant et destructeur, médecin,... [Lire la suite]

21 avril 2015

VRAIE ou FAUSSE REPETITION ? - Schopenhauer

    "Eadem, sed aliter " - les mêmes choses, mais autrement, c'est la formule attitrée de Schopenhauer. "Le même" c'est évidemment le vouloir vivre. "Autrement" c'est l'apparence de variété, l'illusion de renouvellement. Sous de nouveaux costumes c'est l'éternelle tragi-comédie de l'existence, l'inchangeable nature humaine, mêmes passions, mêmes intérêts, mêmes déboires et afflictions. Mais on pourrait envisager la chose autrement, et je ne sais trop si Schopenhauer y a songé, mais cela reste résolument dans l'esprit de... [Lire la suite]
07 novembre 2014

MUTHOS et LOGOS

    Muthos : parole, discours, récit. De mutheuo : expliquer, raconter. Le muthos est originellement une parole qui délivre une explication, sous la forme d'un récit censé rendre compte de la provenance de l'univers et des dieux, des hommes et de tous les êtres de la nature. Il s'exprime dans une tradition séculaire, essentiellement orale, collectée et transmise par les poètes. Mais le poète n'en est pas l'inventeur : il puise dans le fonds public, demande à la Muse de l'inspirer et de garantir la validité de son propos.... [Lire la suite]
06 novembre 2014

NUIT et JOUR : Hésiode et Héraclite

           "De Faille (chaos) naquit Erèbe et la Nuit toute noire.        De Nuit naquit Feu d'en haut et Lumière du jour". (Théogonie d'Hésiode, vers 123 et 124) Ce qui mérite d'être relevé ici, chez Hésiode, c'est l'antériorité de la Nuit (personnifiée selon les codes du langage mythologique) sur le Jour. Le jour est issu de la nuit, qu'il faut penser comme une sorte de contenant originel - qu'il semble impossible de distinguer clairement de l'Erèbe, ténèbre d'en bas, obscurité... [Lire la suite]
22 octobre 2014

DIFFERANCE : HERACLITE

    "Nous autres, héraclitéens...". Pour nous il n'existe ni substance stable, ni identité stable. "Panta rhei", toutes choses coulent, et nous coulons de même, emportés par le grand fleuve selon l'ordre du temps. Ce qui semble revenir à l'identique n'est jamais identique, mais toujours déjà autre, irréductible, irréversible et différent. Il n'y a que des différences, et la chose en elle-même diffère d'elle-même, déjà autre au moment même de son surgissement, glissant dans une forme nouvelle où elle s'évanouit et se... [Lire la suite]