01 novembre 2019

SUR PERSEPHONE et KORE : le deux en un

  Perséphone se présente à nous sous un double visage. Compagne d'Hadès elle est la terrible, l'impitoyable. J'imagine aisément les deux divinités érigées à l'entrée du temple d'Elis, gardant le seuil, que nul, hormis le grand prêtre ne songeait à franchir, de peur de n'en jamais revenir : "Vous qui entrez ici perdez toute espérance". Mais Perséphone est aussi Korè, la fille de Démeter (meter = la mère), et à ce titre elle représente la renaissance de la vie, la floraison, l'abondance. Pendant les quatre mois sombres où tout... [Lire la suite]

31 octobre 2019

La SIGNIFICATION d' HADES : Pyrrhon à Elis

  Hadès est le souverain d'en bas, le maître des enfers, le dieu redoutable et implacable de la mort. Par dérision on l'appelle Plouton, le riche, parce qu'il règne sur la multitude infinie des trépassés. Dans le monde grec il existe fort peu de sanctuaires qui lui soient consacrés. La ville d'Elis est une exception notable : la ville entretient un temple consacré au couple Hadès-Perséphone. On se demandera longtemps pourquoi Pyrrhon, qui professait l'abstention à l'égard de toutes les croyances, accepta le poste de grand... [Lire la suite]
25 octobre 2019

SEVERITE d' HERACLITE

  Selon Diogène Laerce (IX, 5) Héraclite "ne fut le disciple de personne", mais il disait "avoir tout appris par lui-même". Son principal souci fut de se chercher lui-même, sa gloire d'avoir su se trouver. Remarquons d'abord qu'il n'est pas question ici d'une enquête psychologique au sens moderne : ce "je" qui se cherche et se trouve ne se distingue pas du Logos, de la raison immanente qui dirige toutes choses. Se découvrir soi-même signifierait dès lors se reconnaître capable de porter ce discours et de le manifester en... [Lire la suite]
24 octobre 2019

VERITE D' HERACLITE

  René Char écrivait, sur Héraclite : "Il savait que la vérité est noble et que l'image qui la révèle c'est la tragédie". Comment mieux dire ? La tragédie elle-même, telle qu'elle s'exprime dans le théâtre antique, et jusque dans les contorsions de l'histoire, n'est encore qu'une image. L'Antiquité nous présente Dionysos enfant, entouré de ses jouets divins, se contemplant au miroir : la multiplicité infinie, le mouvement éternel de toutes les formes de ce monde, la déchirure, la division, l'écartèlement, merveilleusement se... [Lire la suite]
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27 septembre 2019

L'ENIGME du JAILLISSEMENT : Héraclite

  Retour, encore, sur la sentence d'Héraclite : "nature aime à se cacher" : phusis kruptesthai philei. Je me demande s'il ne faudrait pas plutôt considérer le "kruptesthai" comme un mode passif : être caché". Phusis aime être cachée, ou, le mode propre de phusis c'est d'être cachée. Soit, en plus expressif : "Celé, le mode propre de la croissance" - ce n'est plus exactement une traduction, mais une tentative, dans les mots d'aujourd'hui, de faire parler une très ancienne intuition, dont la force est perdue dans la version... [Lire la suite]
26 septembre 2019

UN TROU SANS BORDS ?

  Le trou antérieur à ses bords : c'est peut-être la plus antique, la plus fondamentale intuition de la pensée grecque. En voici une double illustration. D'abord chez Hésiode : c'est du Khaos que procédent les éléments qui constituent le monde (la Nuit, la lumière, la terre, le ciel etc). Il est impossible de rendre adéquatement le Khaos grec, qui signifie originairement la béance, ici une béance absolue, primale, antérieure à toute forme sensible ou intelligible, proprement inconcevable - ou encore le vide originaire, "mère" de... [Lire la suite]
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16 juillet 2019

TERRIBLE LA PAROLE DU DIEU : pseudo-Héraclite

  Je me prends à rêver. Imaginez que sous les fondements du temple d'Artemis à Ephèse on mette à jour une tablette de pierre avec l'inscription : ainos tou theou ainos, "terrible la parole du dieu" - n'en déduirait-on pas, dans l'enthousiasme, que c'est une citation d'Héraclite, perdue depuis des siècles et enfin retrouvée ? Pour plusieurs raisons : le lieu (c'est ici qu'Héraclite a offert son livre à la déesse), le contexte culturel (l'oracle de Delphes), l'intention philosophique, le style extrêmement ramassé, et surtout le... [Lire la suite]
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08 février 2019

Du MOUVEMENT PERPETUEL : d'Anaximandre à Démocrite

  La matrice originelle de la philosophie véritable se trouve selon moi dans la pensée d'Anaximandre : de l'apeiron (l'illimité) procède la naissance des choses et à lui elles retournent, selon l'ordre du temps. Mouvement ininterompu de création et de dissolution, génération et destruction perpétuelles. Mais pour donner une extension maximale à cette idée il faut se garder de concevoir l'apeiron comme distinct des choses, comme une origine temporelle, comme un principe séparé de sa manifestation : l'apeiron est le mouvement... [Lire la suite]
10 décembre 2018

"NATURE AIME A SE CACHER" - Héraclite

  "Nature aime à se cacher" - c'est ainsi que l'on traduit d'ordinaire la sentence d'Héraclite : phusis kruptesthai philei. Traduction évidemment exacte dans la littéralité, mais faussement évidente. Dans leur étude "Héraclite ou la séparation" Jean Bollack et Heinz Wisman traduisent : "la chose comme elle vit aime à se cacher". Et-ce encore une traduction, ou une interprétation ? Ils ont manifestement eu le souci de déplier la notion de "phusis" (nature) pour faire entendre le sens originel de ce terme : la poussée vitale. ... [Lire la suite]
09 octobre 2018

Du TEMPS, et des APPARENCES

  Et il ne reste plus que le temps... A entendre dans les deux sens, le temps qu'il fait et le temps qui passe. C'est la variation infinie, l'écoulement et la transformation perpétuelle qui sont le temps. Nuages, foudre, orages, calme serein, tornades, vent et bourrasques, ça va, ça vient, ça passe, ça glisse, ça tourmente et apaise, ça tourne et se retourne, ça continue. Qu'est ce que le présent - si déjà au coeur du présent ça se transforme, que le présent déjà a glissé dans le passé, eaux du fleuve qui coule, et passe, et ne... [Lire la suite]