23 septembre 2019

DES TYPES DE PHILOSOPHES

  Dans la galerie des types celui qui vient en premier, primus inter pares, c'est le poète. Homère génialement originaire, qui dessine souverainement un monde. Hésiode chante la naissance de l'univers et des dieux. Sappho, l'Aphrodite des muses, qui invente l'amour. Puis viennent les Tragiques, tout imprégnés encore de l'élément originel. Un nouveau type apparaît à l'aube du cinquième siècle, le poète-philosophe, qui combine deux inspirations contradictoires : la tradition homérique - on écrit volontiers en hexamètres... [Lire la suite]

19 juin 2019

QU' APPELLE-T-ON REALITE ?

  Ce que nous appelons communément "réalité" c'est le monde tel qu'il se présente à nous par la médiation des sens, mais aussi de la mémoire et des schèmes perceptifs et intellectuels que nous avons intégrés et organisés tout au long de notre vie. On peut soutenir que c'est une image, en donnant à ce terme une extension maximale, ou, plus techniquement, un complexe sensitivo-perceptif largement conditionné par le langage et les représentations communément reçues dans la culture où nous baignons. Pour parler grec c'est un kosmos... [Lire la suite]
Posté par GUY KARL à 12:54 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,
18 juin 2019

PRIMAUTE DU REEL (2) : DEMOCRITE

  Mon désir, mon projet, c'est poser les bases d'une philosophie du réel. Pas si banal qu'il apparaît au premier abord. Quelques-uns, une minorité, s'y sont efforcés. Il faut dire que la chose est extrêmement difficile. Il y faut une sorte de retournement extra-ordinaire, car l'ordinaire c'est la représentation : l'image d'abord, puis la pensée symbolique, puis la rationalité - y compris la science. Le problème est clairement posé par Démocrite : " La couleur est par convention, par convention le doux, par convention l'amer, et... [Lire la suite]
18 mars 2019

RIEN à TROUVER : éloge sophistique

  Je voudrais revenir sur ma formulation précédente : il n'y a rien à trouver. Elle se situe clairement dans le sillage des Sophistes, mais aussi de Démocrite et de Pyrrhon. Démocrite avait dit qu'il aimerait mieux trouver une relation causale certaine que d'être le roi des Perses. C'est que tout en cherchant une relation causale certaine il se découvre incapable d'en trouver. Et pourquoi cela ? Parce qu'il est impossible de savoir ce qu'est une chose en vérité, et partant ce que sont les relations entre les choses. "La vérité... [Lire la suite]
08 février 2019

Du MOUVEMENT PERPETUEL : d'Anaximandre à Démocrite

  La matrice originelle de la philosophie véritable se trouve selon moi dans la pensée d'Anaximandre : de l'apeiron (l'illimité) procède la naissance des choses et à lui elles retournent, selon l'ordre du temps. Mouvement ininterompu de création et de dissolution, génération et destruction perpétuelles. Mais pour donner une extension maximale à cette idée il faut se garder de concevoir l'apeiron comme distinct des choses, comme une origine temporelle, comme un principe séparé de sa manifestation : l'apeiron est le mouvement... [Lire la suite]
18 janvier 2019

EUTHYMIE : au coeur du tourbillon

  "Euthymie" est le beau nom par lequel Démocrite désigne le régime de l'excellence. Eu-thymie, heureuse disposition de l'esprit apaisé, loin du tumulte et des turbulences. La nature est tourbillonnaire : turba dira Lucrèce, turbantibus aequora ventis. Les vents en turbines soulévent les flots, navires démâtés sous l'orage, toute chose tourbillonne dans le flux éternel, sans répit, sans repos. Et si, de ci de là, le flux semble se calmer, un temps, ce n'est qu'une trompeuse accalmie, "un mouvement languissant" qui dissimule la... [Lire la suite]

20 décembre 2018

MELANCOLIA III : HIPPOCRATE et DEMOCRITE

  Une autre source importante pour la constitution d'un discours sur la mélancolie sera le délicieux petit roman par lettres intitulé "Sur le rire et la folie", attribué à Hippocrate, mais sans doute de rédaction plus tardive. Les habitants d'Abdère, craignant pour la santé mentale de Démocrite "qui rit de tout et de tous", ne respecte rien et semble possédé par quelque démon malfaisant, font appel à Hippocrate pour qu'il délivre un diagnostic ad hoc. Avant de statuer, en artisan avisé, Hippocrate s'informe. Il ne croit pas... [Lire la suite]
11 avril 2018

"CE QUE SONT LES CHOSES" : radicalité pyrrhonienne

  On pourrait croire, à relire la phrase canonique : "les choses, il (Pyrrhon) les montre également in-différentes, im-mesurables, in-décidables", que l'énoncé porte sur les choses - ce qui est grammaticalement exact - mais en toute rigueur cette phrase ne dit absolument rien des choses, mais exprime le statut du discours. C'est le discours - le langage - qui ne dit rien qui ne soit immédiatement disqualifié  : "égal, in-différent, im-maîtrisable et indécidable". Entre le réel (les choses) et la langue s'ouvre le gouffre... [Lire la suite]
23 février 2018

DESCENDRE dans l' ANTIQUE CHAOS

  Un ami cher me communique cette phrase de Wittgenstein, qui m'interpelle fortement : "Quand on philosophe il faut descendre dans l'antique Chaos et se trouver bien là". Je voudrais analyser lucidement ce que cette idée provoque en moi : de la séduction, et de la terreur. Séduction, en ce que cette idée est éminemment juste, car, qui, en dehors du philosophe, peut envisager de se risquer dans ces abysses-là ? Déjà Démocrite avait donné le ton : "La vérité est dans l'abîme". L'abîme de Démocrite est-il identique au Chaos ?... [Lire la suite]
20 février 2018

PHILOSOPHIE et MEDECINE

  Longtemps philosophie et médecine ont marché main dans la main. Aristote était médecin. On lui doit un traité sur les troubles de l'humeur : "L'homme de génie et la mélancolie" - encore que l'attribution à Aristote soit contestée, mais cela ne change rien à l'essentiel. Démocrite réfléchit sur les variations de la sensibilité, proposant l'euthymie comme régle de vie : c'est un voeu pieux si on n'accompagne pas la notion d'une thérapeutique efficace. Epicure prône l'aponie - l'absence de douleurs - pour le corps, et l'ataraxie... [Lire la suite]