<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"><channel><title>LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poi&#xe9;tique de Guy Karl</title><link>http://guykarl.canalblog.com/</link><description>BLOG PHILO-POIETIQUE de Guy Am&#xe9;d&#xe9; KARL</description><language>fr</language><lastBuildDate>Sun, 26 May 2013 04:38:51 GMT</lastBuildDate><generator>CanalBlog - http://www.canalblog.com</generator><item><title>Du BEAU - et du DESIR</title><dc:creator>GUY KARL</dc:creator><link>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/24/27230131.html</link><category>PROMENADES PHILOSOPHIQUES : antiquit&#xe9; et modernit&#xe9;</category><category>beaut&#xe9;</category><category>d&#xe9;sir</category><category>Hume</category><category>impression</category><comments>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/24/27230131.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://guykarl.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/27230131/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/24/27230131.html</guid><description>&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;J&apos;en &#xe9;tais l&#xe0; de mes r&#xe9;flexions sur le beau, mesurant la vanit&#xe9; de tout effort de d&#xe9;finition, lorsque, je ne sais trop pourquoi, je pensai &#xe0; Hume, et ressentis soudain le d&#xe9;sir de relire quelques pages de cet auteur trop oubli&#xe9;. Ce que je trouvai, le voici : toute id&#xe9;e est issue d&apos;une impression qui lui est ant&#xe9;rieure ; en cons&#xe9;quence toute id&#xe9;e qui ne d&#xe9;rive pas d&apos;une impression est d&#xe9;nu&#xe9;e de toute signification, comme sont les notions confuses de substance ou d&apos;essence. D&apos;o&#xf9; la m&#xe9;thode g&#xe9;n&#xe9;alogique : se demander toujours &quot;de quelle impression cette id&#xe9;e d&#xe9;rive-t-elle?&quot;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: tahoma, arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;Si j&apos;applique cette m&#xe9;thode au sujet du beau, que vais-je trouver? Je remarque d&apos;abord que l&apos;id&#xe9;e du beau est &#xe0; peine une id&#xe9;e, c&apos;est originellement une sensation, &#xe9;prouv&#xe9;e lors d&apos;une rencontre avec un objet que je trouve plaisant, qui me procure une satisfaction imm&#xe9;diate, qui chatouille les sens, en particulier la vue, et l&apos;ou&#xef;e - tant il est vrai que les premi&#xe8;res sensations plaisantes viennent de la voix maternelle et laissent de profonds sillons dans la psych&#xe9;. Hume pr&#xe9;cise d&apos;ailleurs qu&apos;il entend le mot &quot;impression&quot; dans un sens tr&#xe8;s large, comprenant la perception proprement dite, mais aussi les &#xe9;motions et les sentiments. L&apos;impression est une perception &quot;vive et forte&quot;, alors que l&apos;id&#xe9;e est toujours plus faible, moins vive. L&apos;id&#xe9;e de la voix maternelle ne me donne pas cette vive impression que j&apos;avais, enfant, &#xe9;coutant, et vibrant au son &amp;nbsp;de sa voix.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: tahoma, arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;Voil&#xe0; donc un premier r&#xe9;sultat : loin des sp&#xe9;culations confuses et abstruses nous voici en face de l&apos;exp&#xe9;rience toute nue. Ce que nous appelons beau se ram&#xe8;ne &#xe0; une impression sensorielle tr&#xe8;s vive color&#xe9;e par l&apos;&#xe9;motion de plaisir et procurant une satisfaction globale au contact d&apos;un objet ressenti comme &quot;plaisant&quot;. A ce stade de notre analyse on objectera peut-&#xea;tre que cette approche empirique ne permet pas de distinguer le beau du bon, les deux impressions n&apos;en formant qu&apos;une seule, indistinctement, &#xe0; savoir la satisfaction. R&#xe9;servons ce point pour la suite.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: tahoma, arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;Une autre question se pose d&apos;abord, que l&apos;analyse de Hume ne r&#xe9;sout pas. Pourquoi la satisfaction, qu&apos;est ce qui peut permettre de comprendre l&apos;origine et la nature de cette satisfaction? On r&#xe9;pondra d&apos;abord : il y a plaisir parce qu&apos;un besoin est satisfait. On remarquera une sorte de convenance naturelle entre un organe, une fonction d&apos;une part, et certains objets de l&apos;autre : le sein convient &#xe0; la bouche. Cela c&apos;est le &quot;bon&quot; : le sein est bon parce qu&apos;il est source de plaisir et qu&apos;en sus (!) il accomplit la finalit&#xe9; naturelle ( la nutrition). On peut distinguer le beau du bon en remarquant que le beau ne sert pas la finalit&#xe9; naturelle, qu&apos;il n&apos; a pas directement de fonction utile &#xe0; la vie, qu&apos;un beau tableau repr&#xe9;sentant des fruits ne permet pas de soulager la faim. Pourtant le beau, qui n&apos;est pas directement utile, qui ne satisfait aucun instinct ni besoin naturel, est cependant source de satisfaction. Si le beau ne pas d&#xe9;rive du besoin de quoi d&#xe9;rive-t-il?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: tahoma, arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;Spinoza dit avec force : &quot;ce n&apos;est parce qu&apos;une chose est belle que je la d&#xe9;sire, mais c&apos;est parce que je la d&#xe9;sire qu&apos;elle est belle&quot;. Voil&#xe0; qui ouvre une autre perspective. Le beau est la qualit&#xe9; que j&apos;attribue &#xe0; l&apos;objet &#xe0; cause que je le d&#xe9;sire, la source du beau c&apos;est le d&#xe9;sir. Pour l&apos;enfant aimant sa maman, sa maman est toujours la plus belle, f&#xfb;t-elle par ailleurs scrofuleuse, ventripotente et anodonte! Le d&#xe9;sir est aveugle dit-on, plut&#xf4;t disons que le d&#xe9;sir fait voir ce qu&apos;on d&#xe9;sire voir, l&apos;irradie d&apos;un merveilleux chatoiement, lui pr&#xea;te toutes les couleurs de l&apos;arc-en-ciel et l&apos;&#xe9;l&#xe8;ve &#xe0; la splendeur c&#xe9;leste! Stendhal, qui s&apos;y conna&#xee;t, parlera de &quot;cristallisation&quot; pour signaler ce prodigieux mouvement passionnel d&apos;envo&#xfb;tement, de construction imaginative, d&apos;embellissement inconditionnel. Voil&#xe0; le beau : un sublime d&#xe9;lire de l&apos;imagination. Mais pourquoi &quot;d&#xe9;lire&quot;, me direz-vous, si du beau nous tirons nos plus belles fantaisies, nos espoirs les plus fous - les plus beaux? H&#xe9; quoi, vous dirai-je, c&apos;est vous-m&#xea;mes qui donnez la r&#xe9;ponse : le beau c&apos;est votre d&#xe9;sir magnifi&#xe9;, sublim&#xe9;, hypostasi&#xe9;, divinis&#xe9;, c&apos;est la cr&#xe9;ation originale de votre esprit qui inonde l&apos;objet de toutes vos attentes, de tous vos espoirs, de toute votre passion - de votre folie d&#xe9;sirante! En quoi Stendhal a bien raison de dire : le beau est une promesse de bonheur, sauf &#xe0; pr&#xe9;ciser que l&apos;amoureux est peut-&#xea;tre seul &#xe0; se promettre &#xe0; lui seul quelque chose que nul ne lui a promis, et qui vraisemblablement n&apos;existe nulle part, ni sur terre ni au ciel. &quot;Plaisir d&apos;amour ne dure qu&apos;un moment - Chagrin d&apos;amour dure toute la vie&quot;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: tahoma, arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;Le bon satisfait le besoin, le beau satisfait le d&#xe9;sir. Mais alors qu&apos;en est-il du sein, qui pour l&apos;enfant est bon, et qui, chez l&apos;amoureux est beau - car il est forc&#xe9;ment beau pour l&apos;homme tant qu&apos;il d&#xe9;sire la femme. Il ne satisfait aucun besoin, &#xe9;videmment, (un personnage cynique du roman&quot; Un week end &#xe0; Zuidkoote&quot; d&#xe9;clare sans rire :&quot; je ne me sers pas de &#xe7;&#xe0;&quot;), mais combien ne fait-il pas r&#xea;ver? Nous voyons l&#xe0; une d&#xe9;rivation int&#xe9;ressante du bon vers le beau, marquant une progression psychique ind&#xe9;niable, &#xe0; travers les frustrations orales, une sublimation r&#xe9;ussie. Le beau serait-il une forme particuli&#xe8;re, un cas particulier du bon, fruit tardif et pr&#xe9;cieux de l&apos;&#xe9;volution psychique? On ne d&#xe9;vore plus l&apos;objet (cannibalisme primitif) on le contemple &#xe0; distance, on le respecte, on l&apos;idol&#xe2;tre parfois. J&apos;en viens &#xe0; penser que dans les temps anciens le beau c&apos;est le divin sous toutes ses formes - songeons &#xe0; Apollon - qui, par n&#xe9;cessit&#xe9; psychique engendre son contraire, le monstrueux, le hideux, le terrible, (Had&#xe8;s), tant il est vrai que l&apos;esprit humain est irr&#xe9;vocablement d&#xe9;chir&#xe9; entre l&apos; Amour et la Haine (voir Emp&#xe9;docle d&apos;Agrigente, et Freud &#xe0; sa suite). Et nous modernes nous savons bien, plus prosa&#xef;quement, que le d&#xe9;sir engendre et nourrit indissolublement l&apos;espoir et la crainte, deux faces de la m&#xea;me passion.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: tahoma, arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Fri, 24 May 2013 10:04:00 GMT</pubDate></item><item><title>Du BEAU</title><dc:creator>GUY KARL</dc:creator><link>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/22/27214906.html</link><category>PROMENADES PHILOSOPHIQUES : antiquit&#xe9; et modernit&#xe9;</category><category>beau</category><category>Hippias</category><category>Platon</category><comments>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/22/27214906.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://guykarl.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/27214906/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/22/27214906.html</guid><description>&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&apos;&quot;Il nous faut honorer le beau, les vertus et les choses de ce genre s&apos;ils procurent du plaisir ; mais s&apos;ils ne le font pas il faut leur dire adieu&quot;. (Epicure : &quot;De la fin&quot;, cit&#xe9; par Ath&#xe9;n&#xe9;e)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Le beau est susceptible de procurer du plaisir, et c&apos;est &#xe0; ce titre qu&apos;il m&#xe9;rite notre consid&#xe9;ration. Il est subordonn&#xe9; &#xe0; la fin g&#xe9;n&#xe9;rale de la &quot;nature&quot; (suivre la voie du plaisir, &#xe9;viter la douleur), qui pr&#xe9;side &#xe0; l&apos;&#xe9;thique comme vie bonne et et belle. On remarquera la diff&#xe9;rence &#xe9;clatante avec la th&#xe8;se de Platon qui place le Beau au sommet de la dialectique ascendante, dans le Banquet notamment, comme Id&#xe9;e Intelligible, en relation avec les Id&#xe9;es du Vrai et du Bien. Gravir les &#xe9;chelons de la beaut&#xe9;, de la beaut&#xe9; d&apos;un seul corps, puis des corps, d&apos;une &#xe2;me, puis des &#xe2;mes, des vertus et des lois, tel est le parcours de l&apos;amant-philosophe appel&#xe9; &#xe0; quitter le plan sensible pour s&apos;&#xe9;lever par degr&#xe9;s jusqu&apos;au fa&#xee;te de la contemplation. Alors le n&#xe9;ophyte acc&#xe8;dera &#xe0; la f&#xe9;licit&#xe9; des Bienheureux. Rien de tel chez Epicure : le beau s&apos;&#xe9;crit en minuscule, il n&apos;est pas une essence &#xe9;ternelle, il ne m&#xe8;ne &#xe0; aucun accomplissement spirituel, &#xe0; aucune b&#xe9;atitude m&#xe9;taphysique, il est une qualit&#xe9; des choses et des situations, qui peut s&apos;appr&#xe9;cier ou non selon les circonstances. Il ne poss&#xe8;de aucun caract&#xe8;re sacr&#xe9;, ne garantit nulle &#xe9;l&#xe9;vation de l&apos;&#xe2;me, et s&apos;il nous ravit tant&#xf4;t, il peut aussi bien nous tromper par de fallacieuses promesses. &quot;Le beau est une promesse de bonheur&quot; &#xe9;crivait, je crois, Stendhal. Mais Val&#xe9;ry objecte : &quot;le beau est ce qui d&#xe9;sesp&#xe8;re&quot;. Ambivalence ind&#xe9;passable, le beau apportant une satisfaction qui peut s&#xe9;duire, conforter, ou leurrer. C&apos;est &#xe0; ce titre qu&apos;Epicure se m&#xe9;fiait de la po&#xe9;sie au motif que les po&#xe8;tes r&#xe9;pandent des id&#xe9;es fausses sur l&apos;univers, les dieux et les hommes, propageant de fallacieuses conceptions mythologiques, entretenant la terreur ou d&apos;absurdes esp&#xe9;rances d&apos;immortalit&#xe9;. Pourtant le m&#xea;me Epicure soutient que le sage &quot;sera plus charm&#xe9; que les autres hommes par les spectacles&quot; (DL,X, 121). C&apos;est que le spectacle tragique ou comique est infiniment proche de la r&#xe9;alit&#xe9;, exposant les vicissitudes humaines avec la plus grande rigueur. Quand le beau expose le vrai il ajoute le plaisir esth&#xe9;tique au plaisir de la connaissance.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Platon voulait que l&apos;on d&#xe9;finisse le Beau en soi. Qu&apos;est ce que beau? demande le Socrate platonicien &#xe0; Hippias, lequel n&apos;est gu&#xe8;re embarrass&#xe9;, d&#xe9;clarant que &quot;le beau c&apos;est une belle fille&quot;. A quoi Socrate r&#xe9;torque qu&apos;il ne veut pas un exemple mais une d&#xe9;finition universelle. Hippias n&apos;est pas en reste et &#xe9;num&#xe8;re successivement &amp;nbsp;: une belle cavale, une belle lyre, un belle marmite, ou les dieux, ou l&apos;or, ou tout ce qu&apos;on voudra. Il est de bon ton, dans les Universit&#xe9;s, de moquer le brave Hippias qui, d&#xe9;cid&#xe9;ment ne comprend rien, se vautre dans le sensible au lieu de concevoir l&apos;id&#xe9;e du Beau en soi et d&apos;en donner la d&#xe9;finition. Mais cette d&#xe9;finition on l&apos;attend depuis vingt-cinq si&#xe8;cles, et on l&apos;attendra ind&#xe9;finiment! Et comment d&#xe9;finira-t-on le sec, l&apos;humide, le chaud et le froid, et qualit&#xe9;s du m&#xea;me genre? C&apos;est se donner bien du mal, alors que tout un chacun sait parfaitement quand il est au sec et quand ses chaussettes sont &amp;nbsp;tremp&#xe9;es! Non, par le chien, cet Hippias n&apos;est pas un idiot! Il refuse tout simplement de s&#xe9;parer la qualit&#xe9; sensible de la chose &#xe0; laquelle cette qualit&#xe9; est substantiellement li&#xe9;e. Une belle fille, comme une belle marmite d&apos;ailleurs, n&apos;est pas une marmite en soi plus de la beaut&#xe9; en soi, c&apos;est une belle marmite, voil&#xe0; tout!&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Avez-vous d&#xe9;j&#xe0; rencontr&#xe9; une qualit&#xe9; qui ne soit qualit&#xe9; d&apos;un objet, qualit&#xe9; pure, qualit&#xe9; en soi, flottant toute nue dans le ciel intelligible?&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Les Chinois, &#xe0; ce que d&#xe9;clare Fran&#xe7;ois Julien, ne s&apos;encombrent pas &#xe0; d&#xe9;finir le beau : ils font de beaux po&#xe8;mes.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Il ne faut pas hypostasier, c&apos;est toujours &#xe0; nouveau une proc&#xe9;dure captative, qui sent son d&#xe9;vot. Retour aux choses m&#xea;mes, dans la floraison et la d&#xe9;composition. Il en va de la beaut&#xe9; comme des vertus, qualit&#xe9;s ambivalentes. A nous de savoir juger et choisir.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 22 May 2013 10:37:56 GMT</pubDate></item><item><title>ELOGE d&apos; EPICURE</title><dc:creator>GUY KARL</dc:creator><link>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/21/27207238.html</link><category>PROMENADES PHILOSOPHIQUES : antiquit&#xe9; et modernit&#xe9;</category><category>Emp&#xe9;docle</category><category>Epicure</category><comments>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/21/27207238.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://guykarl.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/27207238/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/21/27207238.html</guid><description>&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Quand la vie se fait plus difficile c&apos;est toujours &#xe0; Epicure que je reviens. Quand tout s&apos;effondre je vois en lui un socle s&#xfb;r qui permet de sauvegarder ce qui vraiment fait valeur. Il y a dans sa vie et sa pens&#xe9;e je ne sais quelle gr&#xe2;ce discr&#xe8;te, une saveur de fruit m&#xfb;r, de vin vieilli, de pampre et d&apos;ombre douce sous les feuillages. &quot;Go&#xfb;ter l&apos;ombre et le frais&quot; disait La Fontaine qui reconnaissait son ma&#xee;tre. Se recueillir dans le retrait du jardin, laisser passer les nuages et les furies du si&#xe8;cle. Savoir attendre. Se faire raison des turpitudes du coeur, de la m&#xe9;lancolie qui guette, de la basse saison qui tra&#xee;ne et n&apos;en finit pas. Savoir qu&apos;il revient toujours, le soleil, et avec lui l&apos;enthousiasme et la beaut&#xe9;. Que la vieillesse m&#xea;me ne peut nous ravir les jours heureux v&#xe9;cus en conscience, dans la gratitude et l&apos;all&#xe9;gresse, et qu&apos;au pire de l&apos;affliction il reste encore, au fond du coeur, la pousse oubli&#xe9;e, qui veut &#xe9;clore.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Dans ce philosophe jamais de vulgarit&#xe9;, contrairement aux ragots, mais toujours une pens&#xe9;e subtile, exigeante, une saine consid&#xe9;ration des v&#xe9;ritables conditions de la vie. Pas &amp;nbsp;de pathos inutile, pas de romantisme, mais un examen sec, sans concession des donn&#xe9;es physiques et physiologiques auxquelles il nous faut apprendre &#xe0; souscrire. La nature est ce qu&apos;elle est, et non ce que nous souhaitons. Nous voudrions &amp;nbsp;un plaisir sans limite, une vie immortelle, nos inventons des fables o&#xf9; nous mirons notre mirage de toute -puissance, eh bien, il faudra se contenter de ce qui est, qui partout montre la limite. Mais le g&#xe9;nie grec, &#xe0; l&apos;encontre des conceptions modernes de l&apos;illimit&#xe9;, inscrit la perfection dans la limitation : beaut&#xe9; du corps circonscrit dans l&apos;espace, beaut&#xe9; de la vie entre naissance et mort, beaut&#xe9; des dieux, beaut&#xe9; de toutes les formes sensibles sur la terre, dans les eaux et la mer, beaut&#xe9; d&apos;un cosmos ordonn&#xe9; par la pens&#xe9;e - alors m&#xea;me que l&apos;univers est sans mesure, infini, chaotique, impr&#xe9;visible, hors de port&#xe9;e, incommensurable. S&apos;il est une sagesse possible c&apos;est de circonscrire l&apos;immense, de ramener l&apos;infini au fini, de resserrer l&apos;illimit&#xe9; autour de soi, de r&#xe9;duire la d&#xe9;mesure, de construire une demeure habitable pour les hommes, un jardin pour le bien-&#xea;tre du corps, la beaut&#xe9; de l&apos;&#xe2;me et la s&#xe9;r&#xe9;nit&#xe9; partag&#xe9;e. Face &#xe0; la demesure universelle, la fr&#xe9;n&#xe9;sie guerri&#xe8;re, la passion d&#xe9;chain&#xe9;e, seule est puissante, efficace, la modeste mais ferme r&#xe9;solution de vivre &quot;selon la nature&quot; - en d&#xe9;ployant les capacit&#xe9;s et les forces de notre propre nature.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;La pens&#xe9;e est une force, mais elle tire sa force de la nature corporelle, mieux, elle ne s&apos;en distingue nullement si toute r&#xe9;alit&#xe9;, physique et mentale, est en son essence corporelle, s&apos;il n&apos; y a que des corps, corps physique, corps mental, corps intellectuel, s&apos;il n&apos;y a que des pens&#xe9;es du corps, alors m&#xea;me qu&apos;elles semblent s&apos;en distinguer. Nous sommes prisonniers, en cette affaire, de nos dualismes h&#xe9;rit&#xe9;s, et nous avons beaucoup de peine &#xe0; revenir &#xe0; cette intuition fondamentale de l&apos;unit&#xe9; du multiple, de la profonde coh&#xe9;rence d&apos;une th&#xe9;orie qui vise &#xe0; penser l&apos;unit&#xe9; ind&#xe9;passable de la &quot;physis&quot; - de toutes les forces et formes qui d&#xe9;ploient leur nature (leur naissance et croissance : phuein, cro&#xee;tre) selon des modalit&#xe9;s extraordinairement diverses. Il n&apos; y a qu&apos;un seul univers, d&apos;un seul tenant, et identiquement identique &#xe0; soi, m&#xea;me si, hypoth&#xe8;se possible, il est fragment&#xe9; en d&apos;innombrables univers dans l&apos;infini du vide : multiplicit&#xe9; arithm&#xe9;tique, unicit&#xe9; de nature.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Si nous sommes &quot;enfants des &#xe9;toiles&quot; (Hubert Reeves) il nous est possible, en principe, de renouer avec la profonde intuition des Ioniens (Thal&#xe8;s, Anaximandre, Anaxim&#xe8;ne, H&#xe9;raclite) qui ont saisi la profonde unit&#xe9; du Tout - exprim&#xe9;e en termes de physis - dont nous sommes des &#xe9;l&#xe9;ments tardifs, &#xe9;trangement d&#xe9;connect&#xe9;s, d&#xe9;-natur&#xe9;s, croyant nous &#xea;tre d&#xe9;tach&#xe9;s du socle commun par l&apos;intelligence, alors que la science la plus contemporaine nous r&#xe9;installe en quelque sorte dans l&apos;orbe commun, par la gr&#xe2;ce de la connaissance. Notre culture, si orgueilleuse par ailleurs, exsudant de partout la suffisance et la vanit&#xe9; par une illusion de diff&#xe9;rence radicale, se voit ramen&#xe9;e par degr&#xe9;s &#xe0; la reconnaissance qu&apos;il n&apos;est pas de vie hors-nature et que, comme disait Spinoza, &quot;l&apos;homme n&apos;est pas un empire dans un empire&quot;. Notre culture est nature encore, bien que de mani&#xe8;re originale. J&apos;ai grand plaisir, quant &#xe0; moi, &#xe0; ces retrouvailles, &#xe0; ces noces tardives et inesp&#xe9;r&#xe9;es, qui, peut-&#xea;tre, annoncent une autre dimension anthropologique. Il me pla&#xee;t de retrouver par la connaissance une sorte d&apos;union qui r&#xe9;tablit la continuit&#xe9; entre l&apos;&#xe9;toile, la terre, le min&#xe9;ral, le v&#xe9;g&#xe9;tal, l&apos;animal et nous m&#xea;mes, d&#xe9;plorant pour finir que manquent &#xe0; ce banquet les dieux : on se demandera tr&#xe8;s s&#xe9;rieusement si l&apos;humanit&#xe9; est possible sans eux, m&#xea;me si &#xe9;videmment toutes les figures anciennes sont irr&#xe9;vocablement effac&#xe9;es. Je r&#xea;ve parfois d&apos;une sorte de polyth&#xe9;isme la&#xef;c, sans culte ni dogmes, dont toute la signification r&#xe9;siderait dans la contemplation sereine et &#xe9;merveill&#xe9;e des forces indestructibles de la nature. Et comme Emp&#xe9;docle je c&#xe9;l&#xe8;brerais la puissance et la beaut&#xe9; des &#xe9;l&#xe9;ments divins, incr&#xe9;&#xe9;s et incorrutibles.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &quot;D&apos;Eux sort tout ce qui fut, ce qui est, ce qui sera.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; Par eux germent les arbres, les hommes et les femmes,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; Les b&#xea;tes et les oiseaux et les poissons que nourrit l&apos;eau,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; Et les dieux long&#xe9;vifs, les premiers par le rang.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; Car ils sont toujours M&#xea;mes, et courant &#xe0; travers les uns des autres&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; Deviennent les choses diverses : tout changement que porte le M&#xe9;lange&quot; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp;(De la nature, 63, trad Jean Bollac&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Tue, 21 May 2013 09:08:00 GMT</pubDate></item><item><title>DEVANT le MIROIR : po&#xe8;me</title><dc:creator>GUY KARL</dc:creator><link>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/20/27201530.html</link><category>POIETIQUE et POIETOLoGIE</category><category>miroir</category><comments>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/20/27201530.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://guykarl.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/27201530/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/20/27201530.html</guid><description>&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp;&quot;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Pr&#xe9;sent d&apos;absence, h&#xe9;las, au regard de moi-m&#xea;me&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; Je me d&#xe9;lite, je coule, je m&apos;&#xe9;vanouis&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; Vertige d&apos;&#xea;tre rien qu&apos;un peu dans ces eaux bl&#xea;mes&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; D&apos;une coul&#xe9;e inapparente o&#xf9; je me fuis&quot;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Mon, 20 May 2013 14:38:00 GMT</pubDate></item><item><title>De la DETTE IMAGINAIRE</title><dc:creator>GUY KARL</dc:creator><link>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/14/27155175.html</link><category>PROMENADES PHILOSOPHIQUES : antiquit&#xe9; et modernit&#xe9;</category><category>dette imaginaire</category><category>recevoir et transmettre</category><comments>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/14/27155175.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://guykarl.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/27155175/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/14/27155175.html</guid><description>&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Le Boddhisatva fait voeu de renoncer au nirv&#xe2;na tant qu&apos;il restera la moindre brindille qui n&apos;ait atteint la lib&#xe9;ration. Gageons qu&apos;il attendra ind&#xe9;finiment. Encore qu&apos;il soit sans doute plus facile &#xe0; la brindille qu&apos;&#xe0; l&apos;homme de gagner l&apos;autre rive!&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Que penser de tous ces esprits qui pr&#xe9;tendent sauver le monde? C&apos;est se charger d&apos;une bien lourde t&#xe2;che. C&apos;est se donner bien de l&apos;importance. L&apos;illimit&#xe9; n&apos;est pas de notre nature. Ceux-l&#xe0;, visant l&apos;illimit&#xe9;, s&apos;attribuent la toute-puissance imaginaire. Je n&apos;aime pas que l&apos;on prenne en charge ma pr&#xe9;tendue infirmit&#xe9;, que l&apos;on veuille me sauver malgr&#xe9; moi. Je leur dis : &quot;Laissez-moi tel que je suis, car si je suis imparfait et impotent j&apos;ai au moins le m&#xe9;rite de l&apos;&#xea;tre par moi-m&#xea;me. Je ne veux pas vous devoir un salut que je ne convoite pas. Sous pr&#xe9;texte d&apos;amour vous projetez de m&apos;encha&#xee;ner. Qui donc &#xea;tes-vous pour savoir ce qui convient &#xe0; tel ou tel&quot;?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Lib&#xe9;rons-nous des lib&#xe9;rateurs!&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Montaigne a su circonscrire scrupuleusement l&apos;extension de la moralit&#xe9;. Rompant avec la morale infinitiste du christianisme (on n&apos;en fait jamais assez si l&apos;on veut vivre &#xe0; l&apos;image de Dieu) il stipule en toute simplicit&#xe9;, que lui, Michel de Montaigne, se contentera de faire selon ses propres possibilit&#xe9;s, respectant les limites de sa nature, sans rivaliser avec les h&#xe9;ros et les sages. Travailler &#xe0; s&apos;amender soi-m&#xea;me, et vivre content.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Le pire fl&#xe9;au c&apos;est de se donner une dette imaginaire, je dis bien se donner, for&#xe7;ant sur le paradoxe, car qui donc demande l&apos;impossible, si ce n&apos;est le sujet lui-m&#xea;me s&apos;attribuant une capacit&#xe9; plus qu&apos;humaine? Derri&#xe8;re la bonne volont&#xe9; apparente, les proclamations d&apos;amour d&#xe9;sint&#xe9;ress&#xe9;, comment ne pas apercevoir une gigantesque vanit&#xe9;, un narcissisme m&#xe9;galomaniaque : &quot;Je suis celui qui te manque, je suis cet Autre que tu d&#xe9;sires sans le savoir, je suis la v&#xe9;rit&#xe9; et la vie&quot;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;A l&apos;impossible nul n&apos;est tenu. Ne cherchons pas les coupables hors de nous. On peut toujours incriminer autrui, chercher des fautifs, la soci&#xe9;t&#xe9;, la religion, l&apos;&#xe9;ducation. Mais tout le tort est de croire, de ne pas juger, de ne pas examiner, de ne pas exp&#xe9;rimenter, sans parti pris, sans concession. Et l&apos;on verra que l&apos;essentiel de la faute nous revient, de ce que nous avons manqu&#xe9; d&apos;&#xe0; propos, idol&#xe2;trant et courbant l&apos;&#xe9;chine l&#xe0; o&#xf9; il fallait se redresser. Une croyance ne devient pernicieuse qu&apos;avec notre concours, au prix de notre rel&#xe2;chement.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Les parents ne donnent pas la vie, ils transmettent ce qu&apos;ils ont re&#xe7;u, de leurs parents, de leurs arri&#xe8;re-parents, et plus loin encore, de la nature, de la terre et des &#xe9;toiles. Nul n&apos;est d&#xe9;positaire d&apos;un bien aussi pr&#xe9;cieux. Et nous jugerons librement s&apos;il est souhaitable ou non de transmettre &#xe0; notre tour. Quoi? La vie? Peut-&#xea;tre. Mais aussi le langage, la culture, l&apos;esprit, tout ce qui fait le prix de l&apos;humanit&#xe9;. Ce don, qui n&apos;est qu&apos;un pr&#xea;t, en sommes-nous l&apos;auteur? Nullement. C&apos;est beaucoup si nous sommes capables d&apos;introduire une modeste d&#xe9;rivation, un petit &#xe9;cart cr&#xe9;atif. Encore que ce ne soit jamais une cr&#xe9;ation ex nihilo, mais l&apos;humble procr&#xe9;ation n&#xe9;e d&apos;une rencontre insolite entre nous et l&apos;&#xe9;v&#xe9;nement. C&apos;est peu mais cela suffit.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;----&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Boddhisatva : h&#xe9;ros de l&apos;Eveil selon la doctrine du Mahayana, &quot;Grand V&#xe9;hicule&quot; bouddhiste, qui remplace l&apos;ancien id&#xe9;al du saint (Petit v&#xe9;hicule), en mettant l&apos;accent sur la compassion universelle.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Tue, 14 May 2013 10:11:00 GMT</pubDate></item><item><title>De la DETTE SYMBOLIQUE</title><dc:creator>GUY KARL</dc:creator><link>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/13/27147111.html</link><category>PROMENADES PHILOSOPHIQUES : antiquit&#xe9; et modernit&#xe9;</category><category>dette symbolique</category><category>loisir</category><category>subjectivation</category><comments>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/13/27147111.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://guykarl.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/27147111/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/13/27147111.html</guid><description>&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&quot;Se passer du p&#xe8;re &#xe0; condition de s&apos;en servir&quot;. Voil&#xe0; qui donne de pr&#xe9;cieuses indications sur la question de la dette qui est un probl&#xe8;me majeur dans l&apos;existence humaine. Combien de personnes s&apos;&#xe9;puisent leur vie durant &#xe0; &#xe9;ponger une dette d&apos;autant plus &#xe9;crasante que sa source, sa nature et sa signification &#xe9;chappent &#xe0; toute conscience? On y verra une illustration du sams&#xe2;r&#xe2;, r&#xe9;p&#xe9;tition interminable et vaine de processus de r&#xe9;paration qui semblent, au lieu de se r&#xe9;duire, s&apos;intensifier avec le temps, comme si chaque cycle de compensation rendait la dette encore plus aigu&#xeb; : dette insolvable, &#xe0; laquelle &amp;nbsp;seule la mort &amp;nbsp;mettra un terme. C&apos;est peut-&#xea;tre le fondement inconscient de la croyance religieuse. Mais pour nous, philosophes, il importe de saisir la nature du processus, de le comprendre en entier, si nous voulons &#xe9;difier une libert&#xe9; &amp;nbsp;la port&#xe9;e de l&apos;homme.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;En quoi consiste la dette? C&apos;est d&apos;avoir &#xe9;t&#xe9; adopt&#xe9;, nourri, &#xe9;lev&#xe9; dans l&apos;ordre de la culture. A la m&#xe8;re nous devons le nourrissage, au p&#xe8;re la s&#xe9;paration. La fonction paternelle est double. D&apos;une part le p&#xe8;re est le repr&#xe9;sentant de la loi, selon laquelle l&apos;enfant doit se s&#xe9;parer de la m&#xe8;re - et la m&#xe8;re de l&apos;enfant, afin de conduire l&apos;enfant dans le chemin de la subjectivation, ce qui est impossible s&apos;il se maintient dans l&apos;orbe du d&#xe9;sir maternel. L&apos;enfant est appel&#xe9; &#xe0; se s&#xe9;parer, s&#xe9;paration qui est parturition. De la sorte la m&#xe8;re est doublement parturiante, au moment de la naissance physique, et, dans un processus graduel, de la naissance psychique. La subjectivation se fait sous l&apos;&#xe9;gide de la Loi, et d&#xe9;termine un acc&#xe8;s, difficile certes, mais n&#xe9;cessaire &#xe0; l&apos;ordre du langage et de la parole. D&apos;autre part le p&#xe8;re donne l&apos;exemple d&apos;un acc&#xe8;s au d&#xe9;sir sexuel puisque, apr&#xe8;s avoir renonc&#xe9; lui aussi &#xe0; sa propre m&#xe8;re, il se pose clairement comme le partenaire sexuel de l&apos;&#xe9;pouse, qui est la m&#xe8;re de l&apos;enfant. Voil&#xe0; qui dessine une g&#xe9;n&#xe9;alogie, un contrat entre les g&#xe9;n&#xe9;rations dans lequel l&apos;enfant pourra prendre sa place de sujet. C&apos;est ainsi que l&apos;enfant apprend &#xe0; &quot;se servir du p&#xe8;re&quot; : prendre exemple sur la subjectivation en acceptant les lois fondatrices du langage.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;En toute rigueur la dette se limite au champ symbolique. Chaque sujet est redevable de ce que l&apos;&#xe9;ducation parentale lui a permis de se positionner correctement dans le champ symbolique, par le processus de s&#xe9;paration-parturition. La dette se paie par la reconnaissance, non par la soumission. Ceci repr&#xe9;sente la second volet de l&apos;analyse.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&quot;Se servir du p&#xe8;re pour s&apos;en passer&quot; - car il ne s&apos;agit pas de devenir une sorte de doublure en se maintenant dans l&apos;imitation du p&#xe8;re, ou en pr&#xe9;tendant incarner son d&#xe9;sir. C&apos;est l&#xe0; que le second aspect de la loi prend toute sa signification, et ce serait encore un ratage de la symbolisation que de rester l&apos;&#xe9;ternel enfant du p&#xe8;re. Comme il a fait lui-m&#xea;me - plus ou moins bien, jamais parfaitement, il s&apos;agit de tracer une route originale pour le d&#xe9;sir, de risquer sa parole et son existence dans des chemins originaux, singuliers, par quoi le processus de subjectivation puisse s&apos;essayer et s&apos;affirmer. Vient un moment o&#xf9; se fera cette seconde s&#xe9;paration-parturition, o&#xf9; le fils, ou la fille, &quot;trahira&quot; le p&#xe8;re, dans une infid&#xe8;le fid&#xe9;lit&#xe9;, infid&#xe8;le &#xe0; la lettre et fid&#xe8;le &#xe0; l&apos;esprit.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Payer sa dette signifiera paradoxalement y mettre fin. Tant que l&apos;on croit &#xe0; la dette elle s&apos;augmente d&apos;elle-m&#xea;me, et tend &#xe0; l&apos;infini. Mais pour ne plus y croire, pour ne plus se sentir redevable, il faut la payer. Elle se paie dans la processus de s&#xe9;paration, par l&apos;acc&#xe8;s &#xe0; la subjectivation. C&apos;est alors qu&apos;on se passe du p&#xe8;re pour avoir su s&apos;en servir.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Mon, 13 May 2013 10:03:27 GMT</pubDate></item><item><title>De l&apos;ECART entre IMAGINAIRE et REALITE</title><dc:creator>GUY KARL</dc:creator><link>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/10/27123897.html</link><category>PROMENADES PHILOSOPHIQUES : antiquit&#xe9; et modernit&#xe9;</category><category>imaginaire</category><category>r&#xe9;alit&#xe9;</category><category>r&#xe9;el</category><comments>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/10/27123897.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://guykarl.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/27123897/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/10/27123897.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Descartes, dans le &quot;Discours de la M&#xe9;thode&quot; (troisi&#xe8;me partie, sur la morale provisoire) se propose de ne rien d&#xe9;sirer &#xe0; l&apos;avenir qu&apos;il n&apos;acqu&#xee;t, entendons qu&apos;il veut restreindre le d&#xe9;sir &#xe0; ce que son entendement lui pr&#xe9;sente comme r&#xe9;alisable, excluant tout le reste comme impossible. Remarque sage en apparence, mais&amp;nbsp; tout &#xe0; fait irr&#xe9;aliste. O&#xf9; voit-on que l&apos;entendement suffise &#xe0; r&#xe9;duire les d&#xe9;sirs, &#xe0; &#xe9;carter sans conteste ce qui nous charme, nous s&#xe9;duit, nous enr&#xf4;le dans les appas de l&apos;imaginaire? C&apos;est m&#xe9;conna&#xee;tre la nature m&#xea;me du d&#xe9;sir qui tire son efficace, sa puissance et son exc&#xe8;s des sources les plus profondes et obscures de la conscience, ou plut&#xf4;t de l&apos;inconscient. Si l&apos;entendement suffisait &#xe0; nous rendre sages et contents cela se saurait. Mais tout conspire &#xe0; d&#xe9;montrer le contraire. Cette constatation, fort banale au demeurant, invite &#xe0; plus de prudence, et surtout &#xe0; un nouvel examen des rapports complexes entre l&apos;imaginaire, dont le d&#xe9;sir tire sa source, et la r&#xe9;alit&#xe9;. Descartes r&#xea;ve d&apos;une ad&#xe9;quation entre le d&#xe9;sir et la r&#xe9;alit&#xe9; (ne d&#xe9;sirer que le r&#xe9;alisable), mais cette ad&#xe9;quation est une illusion, perp&#xe9;tuellement contredite par les faits.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Deux cas de figure sont &#xe0; examiner : le ratage par d&#xe9;faut, la d&#xe9;route par exc&#xe8;s.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Le premier cas est le plus fr&#xe9;quent, c&apos;est presque la norme. Posons une droite AB d&apos;une certaine longueur, repr&#xe9;sentant le champ du d&#xe9;sir. En fait il faudrait dire: entre A (point d&apos;origine) et l&apos;infini, puisque nos d&#xe9;sirs sont illimit&#xe9;s. Puis une deuxi&#xe8;me droite, plus courte, (a&apos; b&apos;) repr&#xe9;sentant la r&#xe9;alit&#xe9; obtenue. Pourquoi plus courte? Parce que la r&#xe9;alit&#xe9; obtenue, satisfaisante au premier moment, se r&#xe9;v&#xe8;le vite imparfaite, faisant appara&#xee;tre un manque, un reste, qui relance m&#xe9;caniquement la dynamique d&#xe9;sirante. Je r&#xea;vais d&apos;une maison, je l&apos;ach&#xe8;te, je l&apos;am&#xe9;nage &#xe0; mon go&#xfb;t, je suis content. Puis je vois que la salon est trop sombre, l&apos;&#xe9;vier incommode, le jardin trop petit. Je fais de nouveaux travaux. Je suis content. Mais voici qu&apos;il me faut une pi&#xe8;ce de plus pour mes loisirs. Et cela recommence. Ou alors je d&#xe9;place mon d&#xe9;sir vers les voyages. Et ainsi de suite. Entre le champ du d&#xe9;sir et celui de la r&#xe9;alit&#xe9; s&apos;ouvre une br&#xea;che : c&apos;est, m&#xe9;taphoriquement ce petit (a) d&#xe9;signant le n&apos;importe quoi qui manque, ce rien qui est toujours quelque chose, objet sans cesse convoit&#xe9;, rat&#xe9;, renaissant, de mon d&#xe9;sir. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Disons que la r&#xe9;alit&#xe9; impose une privation, que la douleur de l&apos;insatisfaction est v&#xe9;cue comme frustration. La plupart s&apos;en plaignent, mais aussi en jouissent, puisque par l&#xe0; ils se donnent le sentiment de vivre. La vraie solution n&apos;est pas de pr&#xe9;tendre magiquement (Descartes) ramener l&apos;illimit&#xe9; du d&#xe9;sir &#xe0; la limite impos&#xe9;e par la r&#xe9;alit&#xe9; -puisque c&apos;est impossible - ni de courir en fr&#xe9;n&#xe9;sie pour rattrapper le mirage - mais de consid&#xe9;rer placidement les faits, de prendre acte, de comprendre, et d&apos;accepter. L&apos;insatisfaction n&apos;est ni factuelle ni circonstantielle, elle est structurelle. Il y a dans le psychisme humain une dimension d&apos;illimit&#xe9; qui s&apos;appelle l&apos;imaginaire, une soif qu&apos;aucune r&#xe9;alit&#xe9; ne saurait &#xe9;tancher, qui inspire les actes les plus fous, les d&#xe9;lires les plus extravagants, les esp&#xe9;rances les plus vaines. Le d&#xe9;sir est le d&#xe9;sir : il est d&apos;une logique autre, &#xe9;trang&#xe8;re &#xe0; l&apos;entendement, d&apos;une in&#xe9;puisable f&#xe9;condit&#xe9;, que l&apos;on peut diriger vers le pire ou le meilleur, qui inspire les arts et les artistes, qui produit les r&#xea;ves et les r&#xea;veries, &#xe0; jamais &#xe9;loign&#xe9;e de la r&#xe9;alit&#xe9; comme telle. R&#xe9;fl&#xe9;chissons : quand nous disons vouloir r&#xe9;aliser nos fantasmes que disons-nous? N&apos;est-ce pas l&#xe0; une contradiction dans les termes si toute r&#xe9;alisation abolit sur le champ l&apos;imaginaire en tant que tel? Ce que je trouve est toujours autre chose que ce que j&apos;esp&#xe8;re, non par quelque diff&#xe9;rence de quantit&#xe9; ou de qualit&#xe9;, mais parce que la perception est par nature diff&#xe9;rente de l&apos;imagination.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;La Gr&#xe8;ce que je r&#xea;vais, je ne l&apos;ai trouv&#xe9;e ni &#xe0; Ath&#xe8;nes ni &#xe0; Corinthe, j&apos;ai trouv&#xe9; tout autre chose, pas forc&#xe9;ment moindre, mais autre chose.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Prendre acte de cette diff&#xe9;rence structurelle, c&apos;est accepter que le d&#xe9;sir soit de sa nature irr&#xe9;ductible &#xe0; la r&#xe9;alit&#xe9;, que je puis d&#xe9;sirer, non pas une impossible extinction du d&#xe9;sir, ni sa r&#xe9;alisation pl&#xe9;ni&#xe8;re et int&#xe9;grale, mais sa perp&#xe9;tuation &#xe0; l&apos;infini : un d&#xe9;sir qui demeure d&#xe9;sir, comme une &#xe9;toile brillante au fond de la nuit.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&lt;/span&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Le second cas m&#xe9;rite &#xe9;galement notre attention. Ici c&apos;est la r&#xe9;alit&#xe9; qui exc&#xe8;de absolument et soudainement&amp;nbsp;toutes nos repr&#xe9;sentations. Ce qui surgit n&apos;&#xe9;tait pas d&#xe9;sir&#xe9;, pas m&#xea;me imagin&#xe9; : c&apos;est une fracture brutale, une d&#xe9;chirure du moi, v&#xe9;cue dans l&apos;&#xe9;merveillement, et plus souvent dans l&apos;angoisse. C&apos;est Hegel saisi de stupeur devant le Mont Blanc, et disant : &quot;es ist so &quot;- c&apos;est ainsi! Et en effet c&apos;est ainsi, au del&#xe0; de tout ce que le bon Hegel pouvait imaginer. C&apos;est Schopenhauer &#xe9;pouvant&#xe9; devant le spectacle de la douleur du monde, ces bagnards de Toulon verrouill&#xe9;s &#xe0; leurs cha&#xee;nes jusqu&apos;&#xe0; ce que mort s&apos;en suive, c&apos;est l&apos;infinie mis&#xe8;re du peuple, c&apos;est la vision horrfique de la r&#xe9;p&#xe9;tition universelle, dans le crime, la haine et le sang. C&apos;est, plus pr&#xe8;s de nous, l&apos;accident stupide qui emporte un proche, bref c&apos;est le r&#xe9;el. Car ici ne parlons plus de r&#xe9;alit&#xe9; mais de r&#xe9;el, puisque, ce qui surgit ainsi, c&apos;est pr&#xe9;cis&#xe9;ment ce que nulle repr&#xe9;sentation n&apos;avait anticip&#xe9;, et qui frape comme un coup de poing en pleine figure.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Ici la logique du d&#xe9;sir est totalement renvers&#xe9;e. Il n&apos;est nullement question de superposer le d&#xe9;sir et la r&#xe9;alit&#xe9;. Nous sommes dans le r&#xe9;el pur. Je consid&#xe8;re, quant &#xe0; moi, que c&apos;est par cette exp&#xe9;rience, aussi d&#xe9;rourante et effrayante soit-elle, que nous entrons proprement dans le champ du philosopher. Bouddha rencontrant soudain la vieillesse, la doulour et la mort. D&apos;o&#xf9; la recherche, puis l&apos;Eveil.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;En somme il y a le d&#xe9;sir, indestructible, irr&#xe9;ductible, jamais compl&#xe8;tement satisfait, toujours renaissant comme l&apos;Eros platonicien. Et puis il y a la r&#xe9;alit&#xe9;, connue ou inconnue, &#xe0; laquelle nous sommes contraints de nous mesurer, avec cet &#xe9;cart insurmontable entre les deux ordres. Ecart mais non opposition absolue, puisque nous agissons sur la r&#xe9;alit&#xe9;, nous la remodelons par la cr&#xe9;ation et&amp;nbsp;le travail - sans &#xe9;puiser pour autant la source d&#xe9;sirante. Et puis il y a le r&#xe9;el, dont la r&#xe9;alit&#xe9; est une trompeuse image, qui &#xe9;chappe de nature &#xe0; nos pr&#xe9;visions et &#xe0; nos manigances, exc&#xe9;dant notre repr&#xe9;sentation, nous for&#xe7;ant &#xe0; des remaniements, qui contribuent &#xe0; enrichir la vision de la r&#xe9;alit&#xe9; - sans que, ici non plus, il ne puisse y avoir ad&#xe9;quation entre les deux.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Pactiser avec le d&#xe9;sir, y voir la source, y boire sans perdre la raison, se tenir dans la r&#xe9;alit&#xe9; morcel&#xe9;e du monde, sans illusion mais sans haine, et puis, c&apos;est essentiel, faire place, dans une conscience &#xe9;veill&#xe9;e, &#xe0; la v&#xe9;rit&#xe9;, c&apos;est &#xe0; dire &#xe0; ce tout autre, qui est tout, et que nous appelons le r&#xe9;el.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Fri, 10 May 2013 10:30:00 GMT</pubDate></item><item><title>ETHIQUE de l&apos; IDIOTIE: un sujet sans subjectivit&#xe9;</title><dc:creator>GUY KARL</dc:creator><link>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/09/27115722.html</link><category>PROMENADES PHILOSOPHIQUES : antiquit&#xe9; et modernit&#xe9;</category><category>Pyrrhon</category><category>subjectivit&#xe9;</category><category>sujet</category><comments>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/09/27115722.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://guykarl.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/27115722/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/09/27115722.html</guid><description>&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Idios : s&#xe9;par&#xe9;, particulier, singulier&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Idioma : particularit&#xe9;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Idiot&#xe8;s : celui qui reste s&#xe9;par&#xe9;, celui qui se distingue (de l&apos;Etat, des communaut&#xe9;s etc), comme simple particulier, simple soldat etc.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Idion s&apos;oppose &#xe0; koinon, le commun, la communaut&#xe9;. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; H&#xe9;raclite &#xe9;crit : &quot;Il y a pour les &#xe9;veill&#xe9;s un monde unique et commun (koinon) mais chacun des endormis se d&#xe9;tourne dans un monde particulier (idion kosmon) -DK 89.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Pour H&#xe9;raclite c&apos;est l&apos;acc&#xe8;s au Logos qui cr&#xe9;e la v&#xe9;ritable communaut&#xe9;, celle des esprits libres. Le particulier est consid&#xe9;r&#xe9; comme le sommeil de l&apos;esprit faible perdu dans ses songes. C&apos;est aussi l&apos;&#xe9;l&#xe9;ment d&apos;une subjectivit&#xe9; puremement passionnelle, incapable d&apos;agir la pens&#xe9;e et de concevoir le Tout. Dans la philosophie classique grecque l&apos;idion sera le&amp;nbsp;domaine inf&#xe9;rieur,&amp;nbsp;fallacieux et trompeur&amp;nbsp;de l&apos;opinion, de l&apos;int&#xe9;r&#xea;t priv&#xe9; par opposition au Bien public et &#xe0; la v&#xe9;rit&#xe9;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Mais l&apos;idion peut se concevoir autrement, &#xe0; la condition expresse de d&#xe9;pouiller le sujet de ses mirages, de ses illusions et de ses attachements. C&apos;&#xe9;tait le projet de Pyrrhon : suspendre la croyance, cesser d&apos;affirmer et de nier, parvenir &#xe0; cette vacuit&#xe9; de l&apos;esprit o&#xf9; se r&#xe9;v&#xe8;le la vacuit&#xe9; des choses, o&#xf9; toutes les affaires (pragmata) apparaissent &#xe9;galement vides de contenu et de valeur, imma&#xee;trisables, inconnaissables et sans crit&#xe8;re. De la sorte Pyrrhon invente un nouveau &quot;personnage conceptuel&quot; (l&apos;expression est de Deleuze), celui de l&apos;idiot&#xe8;s, &#xe0; la fois &quot;l&apos;idiot&quot; de la sagesse populaire, et l&apos;absolu singulier, le sage absolu de la tradition sceptique.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Le terme d&apos;idiot charrie la repr&#xe9;sentation facile et controuv&#xe9;e d&apos;un d&#xe9;bile mental, incapable de jugement, influen&#xe7;able, ployable &#xe0; tous sens, inepte et inapte, pauvre d&#xe9;chet de la soci&#xe9;t&#xe9; civile, comparable &#xe0; l&apos;imb&#xe9;cile heureux, souffrant de d&#xe9;ficiences diverses et vari&#xe9;es. Parfois cette simplesse est vue comme une possession divine, l&apos;indice d&apos;une accointance particuli&#xe8;re avec le sacr&#xe9;. Les zaporogs qui massacraient joyeusement tous les habitants d&apos;un village ennemi se prosternaient jusqu&apos;&#xe0; terre devant l&apos;idiot, personnage sacr&#xe9; et intouchable. Ce qui r&#xe9;v&#xe8;le toute l&apos;ambiguit&#xe9; de l&apos;idiot, tant&#xf4;t pauvre h&#xe8;re m&#xe9;prisable et m&#xe9;pris&#xe9;, tant&#xf4;t figure insigne du divin. C&apos;est que l&apos;ex-centrique d&#xe9;range les cat&#xe9;gories,&amp;nbsp;ouvre d&apos;embl&#xe9;e &#xe0; l&apos;angoisse de l&apos;innommable, s&apos;interpr&#xe8;te aussi bien comme le meilleur et le plus bas.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Il y a quelque chose de cela dans le personnage de Pyrrhon, qui d&apos;une part refuse de juger les sensations, quitte &#xe0; tomber dans un trou, et d&apos;autre part n&apos;&#xe9;carte pas l&apos;honneur d&apos;&#xea;tre nomm&#xe9;, par les citoyens d&apos;Elis admiratifs, Grand Pr&#xea;tre d&apos;Had&#xe8;s (Rappelons qu&apos;Elis &#xe9;tait la seule cit&#xe9; grecque&amp;nbsp;&#xe0; honorer ce dieu des morts dans un sanctuaire public). Personnage sybillin, &#xe9;nigmatique, &#xe0; la fois hors de la cit&#xe9; (&#xe0; l&apos;&#xe9;cart, en ex-chor&#xe8;sis, fuyant d&#xe9;bats et controverses : &quot;je ne juge pas&quot;)&amp;nbsp;et singuli&#xe8;rement plac&#xe9; en son centre. Les uns, par la suite, moqueront son abstention, son indiff&#xe9;rence, son refus de penser, son ignorance, son inculture, sa pusillanimit&#xe9;, arguant qu&apos;il faut &#xea;tre bien sot pour faire profession de non-pens&#xe9;e - et pourtant les citoyens d&apos;Elis lui dresseront des autels, et les Grecs le tiendront pour le plus grand sage depuis Socrate.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Personnage conceptuel : l&apos;appellation peut semble &#xe9;trange pour qualifier un homme faisant profession de d&#xe9;noncer les pi&#xe8;ges du concept et les illusions de l&apos;intelligence. Mais il serait plus sot encore de le qualifier d&apos;ignorant, d&apos;inculte et d&apos;imb&#xe9;cile, lui qui re&#xe7;ut les le&#xe7;ons d&apos;Anaxarque et des &quot;sages nus&quot; de l&apos;Indus, qui frotta sa&amp;nbsp;pens&#xe9;e d&apos;Hell&#xe8;ne d&#xe9;mocrit&#xe9;en &#xe0; la culture perse et hindoue, et qui revint de l&apos;exp&#xe9;dition d&apos;Alexandre avec une immense r&#xe9;serve d&apos;images, d&apos;exp&#xe9;riences et de savoirs. Il en savait trop pour ne pas avoir compris la vanit&#xe9; du savoir. De retour &#xe0; Elis il est l&apos;homme hors-norme, le sans pareil, l&apos;absolu-singulier, celui qui initie une toute nouvelle image du sage, non plus le sophist&#xe8;s (celui qui enseigne la r&#xe9;ussite par la parole), ni le sage socratique (celui qui d&#xe9;clare que la vertu peut s&apos;enseigner), et r&#xe9;futant &#xe0; l&apos;avance la sagesse pratique d&apos;Epicure ( sagesse&amp;nbsp;fond&#xe9;e sur un savoir du cosmos) et les sp&#xe9;culations optimisantes des Sto&#xef;ciens. Pyrrhon est l&apos;idiot&#xe8;s en perfection : savoir du non savoir, refus des doctrines, abstention critique, suspension universelle, aphasie (a)philosophique, et s&apos;il parle, et il parle d&apos;abondance, c&apos;est pour faire &#xe9;clater la fausse l&#xe9;gimit&#xe9; de la parole.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;De l&#xe0; aussi une &#xe9;thique absolument paradoxale : comment, dans ces conditions proposer un style de vie, donner des r&#xe8;gles de conduite? Mais justement, pourquoi vouloir que l&apos;&#xe9;thique soit un cat&#xe9;chisme, un organon de pr&#xe9;ceptes, que de toutes mani&#xe8;res nul ne peut suivre? Ethique du non dire, mais de l&apos;acte. On dira que Pyrrhon ne fait rien et l&apos;on a raison. Et l&apos;on a tort. Car s&apos;il s&apos;agit de &quot;faire&quot;, &#xe0; l&apos;occasion, ce n&apos;est surtout pas selon une doctrine, tout au plus selon une exigence toute personnelle, au vrai parfaitement injustifiable et&amp;nbsp; incommunicable. C&apos;est tout le contraire de ce que dira Kant plus tard, estimant que n&apos;est moral que ce qui est universalisable. Rien, chez Pyrrhon, n&apos;est universalisable : il porte l&apos;idion &#xe0; son point de perfection, o&#xf9; s&apos;abolit toute justification, toute raison. Image troublante d&apos;un sujet sans subjectivit&#xe9;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;------&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Si cet article a eu l&apos;heur de vous plaire je me permets de vous proposer la lecture de ma &quot;Philosophie de la non pens&#xe9;e&quot;, ouvrage&amp;nbsp; publi&#xe9; int&#xe9;gralement sur ce blog, sous la rubrique des &quot;Publications personnelles&quot;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Thu, 09 May 2013 10:35:00 GMT</pubDate></item><item><title>&quot;Le MOT qui RESOUT&quot; : Wittgenstein</title><dc:creator>GUY KARL</dc:creator><link>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/08/27107403.html</link><category>PROMENADES PHILOSOPHIQUES : antiquit&#xe9; et modernit&#xe9;</category><category>sujet suppos&#xe9; savoir</category><category>Wittgenstein</category><category>&#xe9;nonciation</category><comments>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/08/27107403.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://guykarl.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/27107403/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/08/27107403.html</guid><description>&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Sa vie durant, si j&apos;en crois Roland Jaccard, Wittgenstein fut passionn&#xe9;ment &#xe0; la recherche &quot;du mot qui r&#xe9;sout&quot; (das erl&#xf6;sende Wort). Mais que s&apos;agit-il donc de r&#xe9;soudre? Au premier chef les contradictions int&#xe9;rieures, comme l&apos;opposition brutale entre le d&#xe9;sir et la raison, le veule et le sublime, la hantise de l&apos;id&#xe9;al et les affres de la chair. Mais plus profond&#xe9;ment entre le dicible et l&apos;indicible : Wittgenstein n&apos;a-t-il pas &#xe9;crit que &quot;ce qui ne peut se dire il faut le taire&quot;? Envoyant la manuscrit de son Tractatus &#xe0; son &#xe9;diteur il soutient que le livre contient deux parties, celle qui est &#xe9;crite, et celle qui ne l&apos;est pas, laquelle est infiniment plus pr&#xe9;cieuse que la premi&#xe8;re. Voil&#xe0; qui &#xe9;veille notre curiosit&#xe9; de psychologue : le non &#xe9;crit serait plus r&#xe9;v&#xe9;lateur que l&apos;&#xe9;crit, mais r&#xe9;v&#xe9;lateur de quoi? Ce qui est pass&#xe9; sous silence, et qui pourtant est d&#xe9;clar&#xe9; essentiel, est-il indicible de nature, en vertu d&apos;une limite ind&#xe9;passable du langage, ou simplement cliv&#xe9;, &#xe9;cart&#xe9; de la langue et de la pens&#xe9;e, mais alors pourquoi? L&apos;auteur veut garder son secret, tout en faisant signe vers lui, d&#xe9;robant d&apos;une main ce qu&apos;il pr&#xe9;sente de l&apos;autre. Je pr&#xe9;f&#xe8;re penser que ce choix n&apos;est pas command&#xe9; par de mesquines consid&#xe9;rations psychologiques, mais qu&apos;il fait signe vers l&apos;&#xe9;nigme m&#xea;me du langage. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Quel est ce mot qui permetterait de r&#xe9;soudre, et de r&#xe9;soudre quoi? Je vois deux r&#xe9;ponses possibles.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;La premi&#xe8;re concerne l&apos;&#xe9;cart infrangible entre l&apos;ordre des mots et l&apos;ordre des choses. De sa nature le mot ne peut &#xea;tre la chose, il en est absolument s&#xe9;par&#xe9;&amp;nbsp;: le mot chien n&apos;aboie ni ne mord. C&apos;est par convention que se fait le rapport entre le mot et la chose, arbitraire (immotiv&#xe9;) et n&#xe9;cessaire (dans le cadre d&apos;un &#xe9;change social norm&#xe9;). La langue est une r&#xe9;alit&#xe9; en soi et par soi, ind&#xe9;pendante de la r&#xe9;alit&#xe9;, se d&#xe9;veloppant selon des lois internes. C&apos;est en vain que j&apos;y chercherai le chemin qui conduit au r&#xe9;el. Lorsque Anaximandre forge le terme d&apos;&quot;apeiron&quot; il croit saisir ce principe d&apos;illimit&#xe9; &#xe0; partir duquel les choses naissent et auquel ils reviennent selon l&apos;ordre du temps. C&apos;est une id&#xe9;e extraordinaire, qui exprime sans doute une profonde vision de l&apos;ordre des choses, mais en m&#xea;me temps ce n&apos;est qu&apos;un mot, qui n&apos;a rien de clair par soi, que l&apos;on peut mal comprendre, ou ne pas comprendre du tout, qui fait appel &#xe0; l&apos;intuition intellectuelle, sans d&#xe9;monstration&amp;nbsp; ni v&#xe9;rification possibles. En toute rigueur il ne dit rien, il fait signe. M&#xea;me remarque pour la notion de hasard, qui, aux dires de Cl&#xe9;ment Rosset, est le mot le plus inodore, le plus vide possible, le moins id&#xe9;ologique pour d&#xe9;signer le r&#xe9;el. Le mot dit tout, et ne dit rien. C&apos;est m&#xea;me pour cela qu&apos;il est utilis&#xe9;, s&apos;il est patent que du r&#xe9;el, par d&#xe9;finition, on ne peut rien dire.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Ainsi il n&apos;existe manifestement aucun mot qui &quot;r&#xe9;solve&quot; l&apos;aporie du langage. On pourra en dire autant des lois scientifiques : on cherche en vain LA formule math&#xe9;matique, totale et sans reste, qui rende compte de la structure de l&apos;univers et de l&apos;ordre des choses. C&apos;est une bien belle et vaine illusion que cette affirmation de Spinoza : ordre des choses, ordre des id&#xe9;es, un seul et m&#xea;me ordre. C&apos;est bien l&#xe0; que Pyrrhon a fendu &#xe0; tout jamais l&apos;illusion totalisante et totalitaire de la pens&#xe9;e. Que l&apos;on parle d&apos;&quot;apeiron&quot;, de Logos, d&apos;Etre, de Substance, de Dieu, de Vouloir-vivre, de Volont&#xe9; de puissance, on se paie de mots, on parle mais on ne dit rien.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Deuxi&#xe8;me direction. A supposer que l&apos;on renonce &#xe0; trouver &quot;le mot qui r&#xe9;sout&quot; dans l&apos;ordre des choses, on peut esp&#xe9;rer du moins trouver le mot qui r&#xe9;sout dans la question cruciale de l&apos;existence. Par exemple lier par un symbole ad&#xe9;quat le conscient et l&apos;inconscient, exprimer en une formule unique et d&#xe9;cisive le mouvement de la vie psychique, la v&#xe9;rit&#xe9; du sujet. Il faut &#xea;tre un philosophe bien na&#xee;f pour supposer que le Savoir puisse embrasser les deux plans en une totalit&#xe9; unifi&#xe9;e, de&amp;nbsp;contenir la ligne de fuite d&apos;un sujet, qui tel un furet s&apos;&#xe9;chappe, &quot;d&#xe9;cline&quot;, invente, se r&#xe9;p&#xe8;te, se d&#xe9;place, commence et recommence, &quot;faisant le cheval &#xe9;chapp&#xe9;&quot;. Sur la question du sujet je renvoie le lecteur aux trois articles pr&#xe9;c&#xe9;dents&amp;nbsp; : s&apos;il est rupture et d&#xe9;cl&#xf4;ture, feu follet, aucune science du sujet n&apos;est possible. D&#xe9;j&#xe0; Platon, avec lucidit&#xe9;, avait reconnu le &quot;devenir-fou&quot; du sensible, s&apos;acharnant &#xe0; d&#xe9;jouer les tentatives unificatrices de la th&#xe9;orie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Au moins saura-t-on lier le plan du langage et le plan psychique, le symbolique et le r&#xe9;el? Lacan voulut croire que &quot;l&apos;inconscient est structur&#xe9; comme un langage&quot;. Pour &#xe9;viter que le langage ne d&#xe9;lire il fallait disposer d&apos;&quot;un point de capiton&quot; qui relie le mot &#xe0; la chose, d&apos;un &quot;signifiant du manque de signifiants&quot;, bref d&apos;un quelque chose qui soit &#xe0; la fois un mot (quitte &#xe0; ce que ce mot ne d&#xe9;signe rien d&apos;autre que le manque de mot ad&#xe9;quat), un signifiant si l&apos;on pr&#xe9;f&#xe8;re, et un quelque chose qui soit r&#xe9;el, un fantasme, une identification, une motion inconsciente, de mani&#xe8;re &#xe0; lier le plus subjectif &#xe0; l&apos;orde impersonnel de la Loi. D&apos;o&#xf9; la th&#xe9;orie de la m&#xe9;taphore paternelle, &quot;le nom du p&#xe8;re&quot; comme inscription fondatrice dans l&apos;ordre de la langue. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Wittgenstein a-t-il cherch&#xe9; toute sa vie, sous l&apos;appellation &quot;du mot qui r&#xe9;sout&quot;, la puissance fondatrice du nom du p&#xe8;re, pour y arc-bouter sa propre existence de sujet, sans jamais y parvenir de mani&#xe8;re satisfaisante? Je laisse la question aux psychanalytes. Quant &#xe0; moi il m&apos;est venue cette pens&#xe9;e &#xe9;trange, saugrenue et exaltante, que je livre &#xe0; la bienveillance du lecteur : le mot qui r&#xe9;sout - mais il ne r&#xe9;sout ni la question de l&apos;univers, ni celle de l&apos;identit&#xe9; personnelle, ni celle du rapport entre la langue et la subjectivit&#xe9; - &#xe0; supposer que ce soit bien le nom du p&#xe8;re qui&amp;nbsp;fonde la relation symbolique entre la langue et le r&#xe9;el subjectif - cette instance, premi&#xe8;re et n&#xe9;cessaire, ne saurait suffire, elle doit se re-doubler d&apos;une seconde&amp;nbsp; :&amp;nbsp;bref, le mot qui r&#xe9;sout c&apos;est&amp;nbsp;&quot;je&quot;, le sujet de l&apos;&#xe9;nonciation, non pas comme un concept qui livrerait le myst&#xe8;re, qui abolirait l&apos;&#xe9;nigme, qui se poserait dans un savoir, qui s&apos;identifierait au moi, &#xe0; l&apos;id&#xe9;al du moi&amp;nbsp;ou au surmoi, qui revendiquerait quelque substance permanente, qui se conna&#xee;trait soi-m&#xea;me et se poserait dans l&apos;assurance&amp;nbsp;de la&amp;nbsp;conscience de soi, non pas, mais un sujet &#xe9;ruptif et mobile, cr&#xe9;ant des synth&#xe8;ses provisoires, imm&#xe9;diatement d&#xe9;jou&#xe9;es et d&#xe9;plac&#xe9;es, toujours d&#xe9;j&#xe0; ailleurs, impr&#xe9;visible et inventif. Ce mot &quot;sujet&quot; ne r&#xe9;sout rien, il ne ferme rien, il d&#xe9;signe &quot;quelque un&quot;&amp;nbsp;qui ex-siste, po&#xe8;te industrieux,&amp;nbsp;&quot;brave, r&#xe9;solu, ardent, excellent chasseur, artisan de ruses toujours nouvelles,&amp;nbsp; amateur de science, plein de ressources, passant sa vie &#xe0; philosopher, habile sorcier, magicien et sophiste&quot; (Platon: le banquet, portrait d&apos;Eros).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;C&apos;est peu, et c&apos;est beaucoup. C&apos;est, me semble-t-il, tout ce qu&apos;un humain peut d&#xe9;sirer de mieux. Le reste est l&apos;affaire des dieux.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 08 May 2013 09:36:00 GMT</pubDate></item><item><title>De la SUBJECTIVATION</title><dc:creator>GUY KARL</dc:creator><link>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/07/27099274.html</link><category>PROMENADES PHILOSOPHIQUES : antiquit&#xe9; et modernit&#xe9;</category><category>je</category><category>moi</category><category>subjectivation</category><category>subjectivit&#xe9;</category><category>sujet</category><comments>http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/07/27099274.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://guykarl.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/27099274/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/05/07/27099274.html</guid><description>&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;La subjectivation est un processus au long cours, et &#xe0; y penser plus avant, il y faut une vie enti&#xe8;re, encore que le r&#xe9;sultat ne soit pas acquis d&apos;avance. C&apos;est long et difficile, mais existe-t-il t&#xe2;che plus n&#xe9;cessaire et plus noble? Nous ne&amp;nbsp;rampons que trop sous la tutelle d&apos;autrui et nous oublions de vivre par nous-m&#xea;mes, soucieux de plaire, ou de s&#xe9;duire, de nous faire reconna&#xee;tre par une instance tout aussi molle et inconsistante que nous, dans un corps &#xe0; corps visqueux et douteux, o&#xf9; nul, en fin de compte, ne tire son &#xe9;pingle du jeu. Aussi inventons-nous, pour nous en faire accroire, quelque plus haute substance, Dieu ou l&apos;Histoire, ou&amp;nbsp; d&apos;autres idoles plus poussives encore, toutes figures imaginaires o&#xf9; nous esp&#xe9;rons nous faire consister, et repousser l&apos;&#xe9;ch&#xe9;ance. Ou alors nous nous fions &#xe0; la norme, cette m&#xe9;diane pitoyable qui ne&amp;nbsp;r&#xe9;v&#xe8;le que notre m&#xe9;diocrit&#xe9;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;La subjectivation se fait dans le dire, dans le processus d&apos;&#xe9;nonciation, et en lui seul. Il n&apos;est pas suffisant d&apos;&#xe9;voquer la conscience de soi, car celle-ci est toujours partielle et incompl&#xe8;te, trou&#xe9;e par nature, et ne se sustentant que de son rapport intime &#xe0; l&apos;inconscient. Il faut que d&apos;un m&#xea;me mouvement le conscient et l&apos;inconscient fassent irruption dans la parole. Quand je parle je ne sais pas toujours ce que vais dire, pas enti&#xe8;rement, ce qui fait que je me surprends moi-m&#xea;me, d&#xe9;couvrant apr&#xe8;s coup, dans le dire lui-m&#xea;me, ce que j&apos;avais &#xe0; dire. La parole exc&#xe8;de la pens&#xe9;e, et parfois la contredit, la renouvelle, lui impose une structure autre dont je ne savais rien. Ce que la conscience ignore, souvent la parole le manifeste, pour ma grand&apos;honte ou ma plus grande joie. C&apos;est l&apos;&#xe9;nonciation qui fait jaillir la v&#xe9;rit&#xe9;. - Cela, bien, entendu, dans l&apos;hypoth&#xe8;se d&apos;une parole qui ne s&apos;acharne pas &#xe0; dissimuler. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;De l&#xe0; une conception originale du sujet. Le sujet n&apos;est pas une substance, ce n&apos;est pas le moi, cette construction fantasmatique de l&apos;identit&#xe9; introuvable, et ce n&apos;est pas davantage le contenu de la conscience de soi, qui est toujours du pass&#xe9;, toujours d&#xe9;j&#xe0;&amp;nbsp;d&#xe9;pass&#xe9;e, &#xe9;corn&#xe9;e par le mouvement&amp;nbsp;de la vie. Le sujet est une irruption, &#xe0; la mani&#xe8;re d&apos;un &#xe9;clair jaillissant. C&apos;est dire qu&apos;il conna&#xee;t des &#xe9;clipses, des temps morts, des temps de latence, voire de disparition, quitte &#xe0; r&#xe9;appara&#xee;tre soudain, neuf, vivace&amp;nbsp; : &quot;le vierge, le vivace et le bel aujourd&apos;hui&quot;. H&#xe9;raclite dirait : le Feu&amp;nbsp;du Logos.&amp;nbsp; Mais s&apos;il est apparu un jour, s&apos;il a trac&#xe9; ce sillon merveilleux de la v&#xe9;rit&#xe9;, peut-on imaginer qu&apos;il disparaisse &#xe0; jamais? Je veux croire &#xe0; l&apos;inverse qu&apos;en d&#xe9;pit de ses absences sporadiques il n&apos;est pas mort, et qu&apos;&#xe0; l&apos;instar de l&apos;Eros platonicien, &#xe0; la fois mortel et immortel, il r&#xe9;apparaisse n&#xe9;cessairement, l&#xe0; o&#xf9; on ne l&apos;attendait pas.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Il ne suffit pas de dire avec Sartre : je me pose en m&apos;opposant. L&apos;opposition est un pr&#xe9;alable, une condition initiale. Mais si l&apos;opposition &#xe0; l&apos;autre se fige en posture, si je ne suis que par rapport &#xe0; lui, je ne suis pas vraiment : ce n&apos;est l&#xe0; que position n&#xe9;vrotique, lutte st&#xe9;rile pour la reconnaissance. &quot;Se passer du p&#xe8;re &#xe0; condition de s&apos;en servir&quot;. Il faut passer par la trahison, l&apos;infid&#xe9;lit&#xe9; et le rejet, mais c&apos;est pour acc&#xe9;der &#xe0; la parole propre. C&apos;est dire aussi qu&apos;aucune parole, qu&apos;aucun acte d&apos;&#xe9;nonciation n&apos;est d&#xe9;finitif. Le processus est virtuellement infini, et seule la mort y met fin.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Par un mouvement tr&#xe8;s singulier je retrouve la pens&#xe9;e de Pyrrhon. Je ne puis d&#xe9;finir le sujet, je ne puis rendre compte correctement de la subjectivit&#xe9; &#xe0; partir de la logique ou de la psychologie. En toute rigueur je ne puis en dire grand chose sans retomber dans la r&#xe9;ification. Le sujet &#xe9;chappe &#xe0; toute saisie, &#xe0; tout discours. Je ne puis dire : je suis. Je n&apos;ai aucune accointance &#xe0; l&apos;&#xea;tre, et l&apos;id&#xe9;e m&#xea;me d&apos;un &quot;je&quot;, quoique n&#xe9;cessaire pour d&#xe9;signer ce processus de subjectivation, est en elle-m&#xea;me intenable. Pas m&#xea;me puis-je dire: &quot;je est un autre&quot;, s&apos;il n&apos;est pas plus d&apos;autre que de je. Mais alors ce je, qu&apos;en dirai-je? Qu&apos;il est sans substance, impermanent, interconnect&#xe9; et solitaire. Qu&apos;il est &#xe0; la fois &#xe9;gal &#xe0; tous les autres (pas meilleur ou pire, de m&#xea;me nature, assujetti aux m&#xea;mes conditions universelles) et irr&#xe9;ductible. Non pas irrempla&#xe7;able - nul ne l&apos;est - mais incommensurable, impossible &#xe0; mesurer, &#xe0; &#xe9;valuer. Qu&apos;il se manifeste et dispara&#xee;t selon une logique toute singuli&#xe8;re, impr&#xe9;visible. Qu&apos;il ne supporte aucun pr&#xe9;dicat, et qu&apos;il est la source de toute pr&#xe9;dication.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Faute de consid&#xe9;rer ces pr&#xe9;misses le discours ordinaire sur la subjectivit&#xe9; tombe dans l&apos;orni&#xe8;re. On cherche quelque merveilleux myst&#xe8;re personnel pour flatter le narcissisme, on &#xe9;difie des palais et des mausol&#xe9;es pour y sanctifier un moi introuvable, on se lance &#xe0; la course des ego, on se statufie dans l&apos;iconographie, on s&apos;invente des dieux olympiens pour se mirer dans l&apos;embellie, bref on d&#xe9;lire.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Tue, 07 May 2013 10:35:00 GMT</pubDate></item></channel></rss>