23 avril 2018

La PAROLE du SILENE : méditation

    A qui se perd dans la forêt profonde quel sera le chemin ? Comment distinguera-t-il l'avant de l'arrière, s'il n' a pris la précaution de marquer son passage ? Tout se presse autour de lui, tout se confond, tout s'égalise : partout des arbres sombres, des buissons touffus, des dangers qui menacent. Il se retourne sur soi, il scrute, il ne voit que la verdure indistincte. "Quel chemin, s'écrie-t-il pour lui-même, quel chemin suivrai-je maintenant que j'ai perdu tous les chemins ?" En pareille occasion, disait... [Lire la suite]

19 avril 2018

"JE ME SUIS CHERCHE MOI-MEME" Héraclite

  Sur le fronton du temple à Delphes figure la sentence fameuse : "Connais-toi toi même et tu connaîtras l'univers et les dieux". Héraclite, autour des années 500 avant notre ère, écrit : "Je me suis cherché moi-même". (edizesamen emeouton). Dizemai : chercher à savoir, interroger l'oracle, enquêter. Tout oracle est une énigme. Héraclite se propose de relever l'énigme, et de répondre à la question : qu'est-ce que l'homme ? Et pour y parvenir il veut examiner sa propre nature, savoir en quoi il est homme. L'homme est homme par... [Lire la suite]
16 avril 2018

Du LIEN de CONFIANCE

  Fondamentalement on croit parce qu'on fait confiance à celui qui parle. C'est la situation de l'enfance qui se développe par les paroles entendues auprès des êtres chers. Si bien que le contenu de la croyance importe moins que le lien qui s'établit entre deux ou plusieurs personnes. Que ce lien vienne à se rompre, ou que la déception, la trahison viennent déchirer la confiance, et la croyance mollit ou disparaît. Certains enfants se remettent difficilement de la découverte que le Père Noël n'est qu'une fiction, et... [Lire la suite]
13 avril 2018

Des CROYANCES : un constat

  On s'imagine que l'on pense, et l'on ne fait que croire. S'il est relativement facile, de nos jours, de suspendre les croyances religieuses, on ne mesure pas combien la croyance, sous d'innombrables formes, conditionne et détermine la vie commune, et la vie personnelle. Ce n'est pas étonnant : la croyance cimente le lien social, définit les appartenances, solidifie les solidarités, les consolide, parfois pour des siècles. Il est vrai aussi qu'elle évolue, et parfois disparaît, mais c'est pour renaître sous d'autres formes.... [Lire la suite]
12 avril 2018

De la FOLIE ORDINAIRE : PYRRHON

  Suspension de toutes les croyances, que voilà un beau programme ! Un psychologue dirait : retrait de l'investissement pulsionnel et mental. C'est exactement l'inverse du discours en vogue et de la pratique courante : dépassionnement et dépréoccupation. Vers le tard, après avoir considéré les effets dévastateurs de la mégalomanie d'Alexandre, puis tenté en vain d'enseigner sa propre philosophie à Elis, sa ville natale, Pyrrhon se retire volontiers dans la forêt pour y mener une existence érémitique. "Il s'isolait et vivait dans... [Lire la suite]
11 avril 2018

"CE QUE SONT LES CHOSES" : radicalité pyrrhonienne

  On pourrait croire, à relire la phrase canonique : "les choses, il (Pyrrhon) les montre également in-différentes, im-mesurables, in-décidables", que l'énoncé porte sur les choses - ce qui est grammaticalement exact - mais en toute rigueur cette phrase ne dit absolument rien des choses, mais exprime le statut du discours. C'est le discours - le langage - qui ne dit rien qui ne soit immédiatement disqualifié  : "égal, in-différent, im-maîtrisable et indécidable". Entre le réel (les choses) et la langue s'ouvre le gouffre... [Lire la suite]

10 avril 2018

De l'INCONNAISSANCE et du REEL : PYRRHON

  Pourquoi ne peut-on vraiment connaître la réalité ? La réponse traditionnelle est d'invoquer les faiblesses constitutives de notre nature. La réponse de Pyrrhon est autrement radicale, sans pour autant exclure la première. Il pose tranquillement cette thèse étonnante que les choses échappent de nature à toute prise : "il les montre également in-différentes, im-mesurables, in-décidables. C'est pourquoi ni nos sensations, ni nos jugements ne peuvent ni dire vrai ni se tromper". Cette dernière phrase est quand même... [Lire la suite]
09 avril 2018

Du "BONHEUR" PYRRHONIEN

  La visée de Pyrrhon, comme chez la plupart des Hellénistiques, était le bonheur. Mais quel étrange bonheur, si loin, si loin de tout ce que nous, aujourd'hui, nous mettons sous ce terme. Et pour commencer le terme même est à dynamiter, car, en toute logique, s'attacher à une notion quelconque c'est immanquablement se fourvoyer. "Bonheur" n'est qu'un mot, un signe linguistique, qui charrie avec lui une somme variable de représentations, souvenirs, images, projections, constructions mentales, lesquels se plaquent comme de la... [Lire la suite]
04 avril 2018

ODE à PYRRHON : Timon de Phlionte

  Voici l'éloge que Timon composa à l'adresse de Pyrrhon :   "O vieillard, ö Pyrrhon, comment et d'où as-tu trouvé moyen de te dépouiller   De la servitude des opinions et de la vanité d'esprit des sophistes ?   Comment et d'où as-tu dénoué les liens de toute tromperie et de toute persuasion ?   Tu ne t'es pas soucié de chercher à savoir quels sont les vents   Qui dominent la Grèce, d'où vient chaque chose, et vers quoi elle va". Les "sophistes" ici nommés ne me semblent pas correspondre à ceux... [Lire la suite]
31 mars 2018

Les TROIS PHILOSOPHES : apologue

  Un philosophe marche sur une sente solitaire et rencontre soudain un inconnu. Il n'hésite pas, et, la mine joyeuse, s'avance en tendant ses mains. C'est un ami de l'humanité. Un autre philosophe, en d'autres temps, marche sur une sente solitaire et rencontre soudain un inconnu. Il se rétracte, serre les poings et se prépare au combat. C'est un paranoïaque. Un troisième, en d'autres temps encore, marche sur une sente solitaire et rencontre soudain un inconnu. Sans un regard pour le quidam il passe son chemin. C'est un... [Lire la suite]