31 mai 2010

De la VOLUPTE

"Diva voluptas" s'écrie Lucrèce au seuil de son hymne à Venus. Divinité de la volupté! Qui, aujourd'hui, oserait sérieusement parler d'une divinité de la volupté? On glorifie de toutes parts la jouissance, chacun tente désespérément d'en repousser les limites infrangibles avec tous les gadgets imaginables, mais la réalité impose tôt ou tard sa loi d'airain : la jouissance est bornée par les limites du corps, et au delà c'est la maladie, la folie ou la mort, en tous cas une sorte de perversion de l'illimité, où toute loi humaine finit... [Lire la suite]

30 mai 2010

Théorie et pratique

Nos considérations pyrrhoniennes vous ont peut-être plongés dans un abîme de perplexité. Si c'est le cas, bravo, vous êtes en bonne voie! On ne saurait philosopher véritablement sans sombrer de temps en temps dans une "aporie", une absence de ressources, de certitude et de repère. Bien entendu il n'est pas bon de s'y installer comme dans un nid douillet (Montaigne) ou d'y crever de désespoir. La leçon pyrrhonienne est rude. Mais je crois qu'il faut y passer, comme dans un entonnoir, ou comme dans le ventre de la baleine, en... [Lire la suite]
29 mai 2010

THUMOS : le coeur et la raison

Thumos, c'est, en grec, le souffle de vie, d'où l'âme comme principe vital, siège des passions, du désir, de la volonté, de l'humeur. Désigne aussi le coeur comme siège de l'affectivité. Méraphoriquement thumos ce serait la région du plexus solaire, tout près du coeur, zone du centre de l'être vivant, par distinction avec le ventre, siège des besoins "reptiliens" et d'avec la tête siège de l'intelligence et de la raison (Logos) . Les Anciens distinguaient volontiers l'appétit, le coeur et la raison. Revenons un peu sur cette zone... [Lire la suite]
27 mai 2010

Kunisme

Kunisme, c'est la traduction du grec kunismos : "canin". de kuon, le chien. Cette expression de "kunisme" a été forgée comme attribut de Diogène, dit le Chien, en raison de son comportement aboyant, fantasque et provocateur. On dit d'habitude "cynique" mais ce terme a été détourné de son sens philosophique. A juste titre le cynisme a mauvaise presse en ce qu'il désigne une attitude immorale de froideur impitoyable devant la malheur d'autrui, voir de complaisance esthétique à ce malheur. La politique... [Lire la suite]
24 mai 2010

EMPIRISME : De la PEAU et du CERVEAU

Hypothèse embryologique. Imaginons que la peau et le cerveau se développent du même mouvement à partir de la conception, comme si fondamentalement ces deux systèmes n'en formaient qu'un. A l'extériorité apparente de la peau correspondrait l'"intériorité" du cerveau, et inversement. On conçoit aisément la peau comme une surface plane, mais elle est en fait une double surface, externe et interne. A l'extérieur elle protège, filtre les excitations. A l'intérieur elle enregistre, inscrit, mémorise, sélectionne les expériences. Le cerveau... [Lire la suite]
20 mai 2010

De la MEDITATION PHILOSOPHIQUE

"Médite jour et nuit" dit Epicure. Que nous voilà loin de cette apparence de langueur et de douce oisiveté que l'on attribue d'ordinaire à l'épicurien. Pensée grande, noble, austère, exigeante et rigoureuse. Pensée infiniment subtile, à mille lieues de notre contemporaine veulerie, mélange ignoble de rapacité et d'incurie symbolique! La philosophie est un effort, une tension (tonos) vers le Souverain Bien, une ascèse, une volonté. L'épicurisme se distingue par une subtilité supplémentaire, un raffinement psychique, fort... [Lire la suite]

19 mai 2010

VIE ET MORT

Le remarque-t-on suffisamment? Qui donne la vie donne la mort. Un millième de seconde suffit pour vous destiner au trépas. La vraie opposition à la mort n'est pas la vie, mais la naissance. Naissance et mort font couple, selon le jeu des contraires inséparablement unis que définit Héraclite. Naître et mourir, c'est une seule et même chose. De même, pour mourir, il faut être déjà être né. Tenailles de la nécessité, vérité du Logos. Il faudrait penser une triade originelle, et considérer la vie comme cela qui englobe et le naître et... [Lire la suite]
14 mai 2010

BOUDDHA et PYRRHON

Noius ne savons pas grand chose, hélas, de la miraculeuse rencontre de Pyrrhon et des gymnosophistes (sages nus) de la région du Gange, lors de l'expédition d'Alexandre en Asie. Le fait est patent, mais le contenu explicite de l'enseignement que reçut Pyrrhon nous est peu connaissable. Ce qui est sûr c'est que Pyrrhon revisita sa propre conception du monde et prit quelque distance avec les idées de Démocrite qui l'avait inspiré jusque là, et même avec son maître direct, le fameux, l'imprévisible Anaxarque, lequel, comme Bouddha, avait... [Lire la suite]
13 mai 2010

NOUVELLE VERSION du NIRVANA

Et si le nirvâna désignait tout autre chose qu'un salut, qu'une miraculeuse cessation de la douleur? Essayons de penser Bouddha en philosophe. Quel état autre l'esprit peut-il atteindre, fort humainement, au terme de sa longue enquête? Je me souviens avoir lu un soûtra fort énigmatique intitulé "Le filet de Brahma" où le Bienheureux passe en revue tous les systèmes de philosophie concevables, toutes les doctrines et opinions sur l'être, le non-être, l'apparence, la pensée, le savoir, les catégories et choses semblables,... [Lire la suite]
11 mai 2010

ODE pour DEMOCRITE

De ton roc Abrupt - rapace en vérité -  tu scrutes Oeil d'acier, coeur d'acier, plongeur nu, Dans l'abîme. Rien ne peut briser ton esprit fier Monstres, démons Ni les dieux mêmes ne retiennent L'Eclair.     Fondu dans l'Immense Tu chevauches l'ouragan Tu laboures les nuées Tu perces les glaciers Gaz, éther, vapeurs, strideurs, marées, - Disséminé!    Si quelque jour tu revenais de tes voyages    Que dire, que retenir si tout va, et s'en va ... [Lire la suite]