15 septembre 2016

De l' EMOTION

  La tradition philosophique se méfie de l'émotion, avec raison sans doute. Mais il faut éviter les jugements hâtifs et unidimensionnels. Dans l'émotion nous expérimentons notre présence au monde, bien plus, et plus intensément que dans les accalmies et les bonaces. L'habitude, la répétition, la sécurité, le bien-être nous amolissent, nous endorment. La conscience, goûtant le plaisir de la prévisibilité, se met béatement à somnoler, dans l'illusion que ce bien-être va durer toujours. Mais chacun sait bien, au fond de lui, que... [Lire la suite]
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14 septembre 2016

DE L' HUMEUR

  Penser à partir du corps. Mais qu'est ce qu'un corps, si par corps nous désignons commodément et superficiellement le conglomérat confus d'une multitudes de corps entassés les uns sur les autres, reliès à la petite semaine, emboîtés tant bien que mal, raccordés et ficelés de bric et de broc, tantôt joints et marchant du même mouvement, tantôt désunis, chacun s'échinant à suivre sa propre pente. C'est ce qui se passe dans la maladie : on sent l'ensemble se désaccorder, on s'obnubile sur l'organe récalcitrant, on le somme de se... [Lire la suite]
Posté par GUY KARL à 11:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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13 septembre 2016

CONDITIONS CORPORELLES

  L'éducation vise à doter le sujet d'une capacité de penser relativement autonome à l'égard des affects corporels et émotionnels. Je dis relativement car il est manifeste que cette autonomie est très partielle. Considérant ma propre idiosyncrasie je vois qu'il me faut une quantité impressionnnate de conditions favorables pour pouvoir exercer pleinement mes facultés créatrices : un bon sommeil, une bonne digestion, une aération préalable - je marche toujours un peu avant de m'installer à mon bureau - du silence, une ambiance... [Lire la suite]
18 août 2016

MELANCOLIE de l' ART

  Tous les potaches de France et de Navarre, je veux dire ceux d'autrefois qui apprenaient encore un peu de littérature dans les classes de lycée, connaissent la phrase célèbre de Malherbe : "Un poète n'est pas plus utile à l'Etat qu'un joueur de quille". Malherbe visait je suppose les enthousiasmes un peu débridés de Ronsard, lequel avait donné dans l'emphase politique, se croyant autorisé à donner des leçons au Prince et au peuple de France. C'est un vieux débat qui remonte à l'Antiquité. Le poète est-il un prophète, un... [Lire la suite]
17 août 2016

LETTRE OUVERTE A FREDERIC SCHIFFTER

  Votre dernier article, cher Frédéric, m'a fait beaucoup songer. Vous demandiez à quoi peut bien servir la philosophie si elle ne soigne aucun des maux du genre humain, ne soulage nulle douleur, et en somme ne contribue en rien au bonheur. Votre réponse, fort attendue du reste, tomba comme un couperet : à rien. Ma foi, je ne saurais vous donner tort. J'envisageais d'approfondir un peu la question en interrogeant plus avant le sens de ce "servir" (être utile ou s'asservir ?), servir à quoi, à qui, selon quel dispositif de forces... [Lire la suite]
08 août 2016

SERENITE, note du 8 août 2016

  Il est beau d'atteindre à une relative sérénité, d'autant plus précieuse qu'elle fut chèrement acquise, et qu'on la sait infiniment fragile, suspendue aux aléas du sort, de la santé, de l'entourage, de l'état du monde. Faible brindille qu'un vent peut emporter. C'est quasi miraculeux pour qui se sent vulnérable, froissable, soumis à la destinée commune, sans forces ni ressources particulières, ordinairement exposé aux caprices de la fortune. "Hé quoi, dirait un fieffé stoïcien, la sérénité ne tient-elle pas à la force de... [Lire la suite]

05 août 2016

De la JUSTICE, des SUPPLICES, et du BIEN

  "Nous, par la grâce de Dieu, souverain de ce royaume, garant de la justice et de la loi, ayant reconnu la culpabilité des prévenus, les condamnons à être traînés en place publique pour y être roués, écorchés, châtrés, décapités et pendus selon les coutumes ordinaires, au su et vu de tous, pour manifester la justice de Sa Majesté très aimée, vénérée et redoutée, Philipe, roi de France et de Navarre". Fichtre ! Roués, écorchés, châtrés, décapités, pendus ! Tout vifs évidemment ! Et n'oublions pas le traitement de faveur qui a... [Lire la suite]
01 août 2016

De l 'IDENTIFICATION SEXUELLE

  Nature nous fait mâle ou femelle. Pour l'animal l'affaire s'arrête là. Pas pour nous, qui jouissons ou souffrons, comme on voudra, d'une incertitude instinctuelle, d'un inachèvement, d'une prématurition constitutionnelle : dès lors la culture, l'éducation, le dressage plutôt prennent le relai, et se chargent de durcir les différences : "Sois un homme mon fils. Ne chiale pas comme une fille !" Suit le cortège des identifications de genre, qui normativent le rapport entre les sexes, sans considération aucune pour les goûts ou... [Lire la suite]
29 juillet 2016

De la TRAHISON des REVES

  Je ne sais s'il faut beaucoup s'échiner à interpréter les rêves, mais ils ont du moins le mérite de faire remonter à la surface l'indésirable qui nous habite. C'est pour le moins une leçon d"humilité. On fera peut-être le grandiose dans la journée, mais le rêve ramènera la petitesse, la mesquinerie, la pusillanimité, si ce n'est la fange et le fumier. Que ferons-nous de ces scenarii grotesques, de ces scènes absurdes où l'indécence le dispute au catastrophique ? Ce n'est que dans la répétition des mêmes thèmes que l'on peut... [Lire la suite]
28 juillet 2016

Des RACINES de la VIOLENCE - et de la paranoïa

  Nous assistons à une montée inquiétante de la violence. Mon propos n'est pas ici de livrer une théorie nouvelle sur les facteurs sociaux, économiques et culturels. Je voudrais interroger plus intimement les sources de la violence psychologique, sans autre moyen que l'observation directe des émotions, des sentiments  et des représentations, à commencer par moi-même. Si l'expression de la violence est généralement brimée et repoussée par la convention, la culture, la bienséance, du moins chez un être relativement civilisé,... [Lire la suite]