02 juin 2011

Entre GENIE et FOLIE : le PRESQUE SALVATEUR

Entre le génie et la folie se dresse un modeste "presque" qui fait toute la différence. Le génie est presque fou, mais de ce presque il tire les ressources de sa santé. Que ce presque se mette à vaciller, et c'est la catastrophe : Nerval pendu à un lampadaire de rue, Althusser assassinant sa femme, Nash discutant avec un camarade inexistant, Schumann se jetant dans le Rhin. On a de longtemps souligné la parenté entre les deux structures. Dans le génie se voit une sorte de monstruosité intellectuelle ou artistique, une hypertrophie de... [Lire la suite]

20 mai 2011

FIN de la QUETE : le saut qualitatif

Je distingue deux sortes de philosophie, celles de l'in-quiétude infinie, et celle de la quiétude assumée. On peut indéfiniment évoquer les causes et les raisons de la désespérance, multiplier les arguments en faveur d'un déterminisme de conduite, convoquer les sciences de la nature et de l'humain pour éterniser la dépendance et nier la liberté. La raison ne sera pas avare de démonstrations causales pour fustiger toute espérance de liberté en montrant, en tous lieux, les facteurs méconnus qui nous conditionnent. Biologie, physiologie,... [Lire la suite]
18 mai 2011

De la Riche INTERIORITE MEDITATIVE

Une riche intériorité méditative, voilà ce qui caractérise le philosophe selon mon coeur. Penseur certes, comme le veut Heidegger, mais d'une pensée qui se distingue radicalement de la pure et simple conceptualité. Toutes les grandes traditions, des Taoïstes aux Bouddhistes, des Antésocratiques aux Pyrrhoniens manifestent une profonde attention au développement de l'intériorité, recueillant  avec gratitude toutes les apparences phénoménales pour les intégrer dans la vision contemplative du tout. Mais ce tout n'est jamais... [Lire la suite]
17 mai 2011

Du PHILOSOPHER comme PRATIQUE INTEGRALE : EPICURE

"Tu es en vieillissant tel que moi je conseille d'être, et tu as su bien distinguer ce qu'est philosopher pour soi et ce qu'est philosopher pour la Grèce ; je m'en réjouis avec toi" (Epicure: Sentance vaticane, 76). Ceux qui "philosophent pour la Grèce", dans ce contexte, sont les rhéteurs soucieux de réputation, qui jouent au guide spirituel, au conseiller du prince, au prophète inspiré. Ceux qui font semblant de philosopher (sentance 54). Cette idée prend un relief plus fort encore si l'on évoque la sentance 45 : "Ce ne sont pas... [Lire la suite]
16 mai 2011

Le TEMPS du BONHEUR : EPICURE

"Que nul, étant jeune, ne tarde à philosopher, ni, vieux,  ne se lasse de philosopher. Car il n'est pour personne, ni trop tôt ni trop tard pour assurer la santé de l'âme. Celui qui dit que le temps de philosopher n'est pas encore venu ou qu'il est passé, est semblable à celui qui dit que le temps du bonheur n'est pas encore venu ou qu'il n'est plus." (Epicure, Lettre à Ménécée, début). Il existe une temporalité du bonheur comme il existe une temporalité de la vie toute entière. Le bonheur c'est en grec eudaïmonia, en quoi... [Lire la suite]
13 mai 2011

ETERNITE du CERCLE : du SPHAIROS, et d' EMPEDOCLE

« Elle est retrouvée Quoi? L’éternité. C’est la mer allée Avec le soleil ». (Rimbaud) Le cercle de vie se referme, mais la vie continue. Paradoxe de la durée. Chronos était là avant, il est pendant, et après. Rien ne l’arrête, rien ne l’arrêtera. Pourtant, dans cette conscience paisible de l’achèvement, quelque chose persiste en dépit du temps. Et si le corps, et si la conscience avec lui, va à la mort, une autre conscience, qui est à la fois elle-même et une autre, différant d’avec elle-même, gagne secrètement une demeure... [Lire la suite]

12 mai 2011

LA BOUCLE de la VIE : l'aller-retour

« De toutes les choses Contemple le Retour ». Je ne sais s’il est bien subtil d’imaginer un sens de la vie. Ni orientation a priori, ni signification intelligible. Reste l’expérience, qui seule fait loi. Je constate, toute référence suspendue, que le cours des événements intérieurs me ramène en quelque sorte au point de départ, selon une étrange courbe qui se referme sur elle-même, comme si l’originaire ne se pouvait atteindre en vérité qu’au terme d’un long processus. Je rends grâce à la vie de n’avoir pas fauché trop tôt ma... [Lire la suite]
11 mai 2011

De l'INTERIORITE : le NOOS d'EMPEDOCLE

  Il est bien difficile de rendre correctement le mot  « noos » ou « noûs », tel qu’il est utilisé par les auteurs anciens. Les traducteurs proposent tantôt pensée, esprit ou intelligence. Il s’agit manifestement de la faculté de connaître. Héraclite oppose le noos à la polymathie, le savoir-beaucoup, accessible à tous puisqu’il suffirait d’étudier les techniques et les sciences particulières, alors que la vraie connaissance dépasse tous les savoirs dans la contemplation du Tout. Le philosophe serait dès lors celui qui... [Lire la suite]
09 mai 2011

Du SENTIMENT de la NATURE

  Siffle martinet! Mon cœur éclate de joie Au si joli mai Quand tu viens faucher le ciel De tes ailes de soleil! Certaines cultures, essentiellement monothéistes, placent l’homme au centre de la création. Je n’approuve pas cette prétention, je ne partage pas cette idiosyncrasie qui nous mène à la ruine. Je me sens infiniment proche de ceux, plus anciens et plus modestes,qui se référaient spontanément à la vasteté du ciel et à l’immensité de la terre, et qui, dans cet espace ouvert, se contentaient de planter leurs... [Lire la suite]
09 mai 2011

Le dieu d'Héraclite

Dans la vie et l’œuvre d’Héraclite on peut relever la référence à cinq divinités du panthéon traditionnel. Artémis d’abord, qui honorait Ephèse d’un temple célèbre, où Héraclite, selon Diogène Laerce, aimait jouer aux osselets avec les enfants, dédaignant la politique et les mœurs de sa ville natale. C’est à Artémis qu’il remet son grand œuvre avant de mourir, confiant à la déesse le soin de sa pensée pour l’éternité. Artémis est la soeur jumelle d’Apollon, ce qui inscrit en toute clarté la pensée d’Héraclite dans la sphère... [Lire la suite]