21 octobre 2013

De l'ILLUSION AFFIRMATIVE

    Bien comprise en son essence la philosophie est un processus de démolition : sa visée, c'est la déconstruction de toutes les illusions, sans reste. Alors apparaît le fond obscur, l'"abîme" où se résorbent toutes les formes, images et symboles, valeurs, idéaux, constructions mentales, tout l'arsenal pesant de nos représentations. Vacuité disent les Bouddhistes. Apeiron, dirai-je plutôt avec Anaximandre, immensité informe et sans fond, origine absolue. "Contemplez votre visage d'avant la naissance" - mais ce n'est... [Lire la suite]

07 octobre 2013

Du sentiment d'existence (2)

    "D'abord être" - First being - écrit Winnicott. Après vient l'adaptation, la socialisation et le reste. Mais ce qui compte avant tout, et détermine le reste, c'est le sentiment d'existence, cette base d'évidence subjective et intersubjective qui fonde le jeune "être" dans le devenir et la créativité. "Notre théorie présuppose que vivre créativement témoigne d'une bonne santé et que la soumission constitue, elle, une mauvaise base de l'existence" (Winnicott : Jeu et réalité, p 128). La santé, à la fois physique et... [Lire la suite]
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04 octobre 2013

Du SENTIMENT d' EXISTENCE : méditation

    Rousseau sur le lac de Bienne (Rêveries du promeneur solitaire, V) : "Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre la peine de penser". "Me faire sentir avec plaisir mon existence", voilà le mot juste. C'est que le sentiment d'existence est à lui-même sa propre fin, sa précieuse et définitive... [Lire la suite]
03 octobre 2013

De la JOIE FONDAMENTALE : méditation

    Depuis plusieurs jours je tourne autour de la phrase de Nietzsche : "La joie est plus profonde que la douleur". Cette idée me semble extraordinaire, mais si difficile que j'en use comme d'un "pharmakon", terme grec remarquable qui se traduit tantôt par "remède", tantôt par "poison", étant à vrai dire aussi bien l'un que l'autre. Pour la joie il en va de même : je me méfie à l'extrême des propositions optimistes, dans lesquelles je vois à l'ordinaire chimères et infantilisme. Une vraie joie, sans fausseté, sans... [Lire la suite]
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02 octobre 2013

De l' AMOUR : méditation

    Il y a dans l'amour quelque chose d'impossible. Pourtant l'amour, ça existe. J'hésite toujours à en parler, craignant de dires des bêtises. C'est que je ne sais rien de plus difficile. D'abord cela ne se peut définir. Les mots manquent, ou glissent, dérapent et disent tout autre chose. L'impossible tient aux mots, mais aussi à la chose, si tant est qu'on puisse parler de chose. Y a t-il une chose de l'amour, comme il y a chose du désir, ou des désirs? A défaut de savoir ce qu'on désire on sait fort bien ce qu'on ne... [Lire la suite]
01 octobre 2013

De l' IMPERMANENCE : méditation

    Il me semble y voir un peu plus clair. Je crois nécessaire de distinguer trois niveaux de la vie psychique. Le premier c'est l'ordinaire, alternance invincible de plaisir et de déplaisir, de joie et de tristesse, d'abattements incompréhensibles et de triomphes apparents, si vite démentis par le cours indifférent du temps, rythmes alternatifs de sommeil et de veille, de travail et de repos, règlés par les contraintes de la nécessité, du besoin et du désir, du rêve et de la réalité. "C'est la vie" dit le bon peuple, et... [Lire la suite]

30 septembre 2013

Petite MEDITATION sur HADES

          Le réel est ce trou aux bords perlés qui appelle et repousse.       Perséphone et Hadès, noirs et superbes, interdisent la porte.       Nul ne franchit le seuil sans être pétrifié.   Elis était la seule ville en Grèce qui eût un temple d'Hadès. Ce dieu terrible que par dérision on appelait Plouton, le riche parce qu'il était riche de toutes les âmes des trépassés, faisait l'objet d'un culte indirect, souterrain en quelque sorte, à la différence des autres... [Lire la suite]
27 septembre 2013

Du FANTASME

    Le fantasme est inépuisable. Je veux dire par là qu'il existe dans l'esprit une tendance irrépressible à produire des images dont la fonction est de nature hallucinatoire, comme dans les rêves nocturnes. Ces images sont inspirées, formées selon le principe de plaisir-déplaisir. Elles s'interposent entre nous et la réalité, comme des écrans protecteurs, des grilles d'interprétation, façonnant le monde à notre convenance, selon un schéma singulièrement répétitif. C'est une sorte de moulage inconscient et structurant qui... [Lire la suite]
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25 septembre 2013

Du BEAU - et de Venus gubernans

    Qu'est ce que le beau? C'est un voile, un voilement, un artefact, un enveloppement soyeux autour d'un trou. Une parade, esquive et danse, qui dissimule, et, dissimulant, révèle sans nommer, signale sans souligner. Plaisir et passion des orifices, car sans orifice pas de trou. En quoi le trou n'est pas un chaos : le chaos n'a pas de bordure, et c'est la bordure, avec sa double dimension, externe et interne, membrane et muqueuse, qui fait consister le trou. Les lèvres font la bouche, en décrivent le cratère, appellent la... [Lire la suite]
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24 septembre 2013

TRAGEDIE ET COMEDIE : la métaphore de l'art.

    Pour Aristote la tragédie est d'abord une "poiésis", une fabrication, une création, un faire (poiein), qui s'exprime dans la composition d'une action dramatique (drama) mettant en scène des personnages considérables, des dieux, des rois, des héros confrontés à des situations extrêmes, le crime, le sacrifice, la mort, où se révèle la toute puissance du destin face à la précarité humaine. La tragédie mime (mimesis) plutôt qu'elle n'imite la réalité, condensée poétiquement dans le "drame". Son ressort émotionnel, son... [Lire la suite]