30 août 2017

MEDITATION : Du point de vue de la mort

   Comme placé aux bords de la mort éternelle  Demande-toi chaque soir ce qu'est ta vie.  Si tu n'existais plus comment serait le monde ?  Les fleuves continuent de couler, les montagnes  Dressent toujours leur cimes altières vers le ciel.  Non, rien ne serait changé : le monde  Demain comme aujourd'hui poursuit son cours.  Toi tu ne seras plus. Toi seul pour toi.  Tu auras passé comme passent les roses  Et nul ne se souvient plus de toi. A peine  Laisses-tu un nom... [Lire la suite]

23 août 2017

De l'ANIMATION (2) : doubles, anges, génie - et du Daïmon

  Quel est cet autre intérieur auquel je m'adresse lorsque dans le silence du repli je me propose de dialoguer avec moi-même? Pour dialoguer il faut être deux, or, dans ce silence méditatif nous croyons être seul face à nous-même : paradoxe insurmontable sauf à considérer que cet autre, tout en étant présent et actif, nous ne le voyons pas, alors même qu'il nous inspire et nous stimule. Les anciennes cultures estimaient que l'homme vient au monde accompagné d'un double personnel, d'une sorte de génie intérieur qui partagerait... [Lire la suite]
22 août 2017

De l'ANIMATION : compléments et stimulateurs psychiques

  Animer c'est donner du mouvement, de la sensibilité, de la vie. La question que je me pose s'énonce ainsi : quel est le principe intérieur qui anime un sujet vivant, sans lequel il risque de s'étioler. Cette question à son tour exige un regard en arrière sur les premiers animateurs de la vie psychique, ceux qui mettent en mouvement le jeu du désir, sans lequel l'existence retombe immanquablement dans l'inanition. On connaît cette fameuse expérience menée dès le haut Moyen Age par Frédéric II de Hohenzollern, qui, voulant... [Lire la suite]
21 août 2017

NOTE sur la THEORIE EPICURIENNE des DIEUX

  Il y a, dans la théorie épicurienne des dieux, une singularité qui n'a guère été relevée. On connaît assez bien la version officielle, fidélement reprise par Lucrèce, et jamais démentie par la suite : les dieux sont des êtres naturels comme les autres, formés d'atomes - il n'y a pas d'exception au principe naturaliste universel - mais une classe d'êtres à part, jouissant de propriétés spéciales : "incorruptibles et bienheureux". Incorruptibles signifie que leur structure de composition est inaliénable, toute perte de substance... [Lire la suite]
28 juillet 2017

Du JAILLISSEMENT PUR

    Vigny notait dans son Journal, en 1843 : "Tous les grands problèmes de l'humanité peuvent être traités sous forme de vers". C'est ce qu'il fait lui-même dans la série des "Poèmes philosophiques". C'est ce qu'ont fait Parménide, Empédocle, Lucrèce, Ronsard, Lamartine, Hölderlin, et bien d'autres, avec un bonheur très inégal. Car la chose est extrêmement difficile.  Je me situe de plus en plus résolument à la confluence de la poésie et de la philosophie, en ce lieu inapparent et énigmatique où la pensée, et le... [Lire la suite]
27 juillet 2017

NATURE et ART : un rapport problématique

  Que disons-nous quand nous disons : la nature ? L'idée en est évidente, comme lorsque nous disons : le temps. Mais en fait c'est la notion la plus difficile, celle qui échappe de tous côtés quand nous essayons de l'approcher, comme ces pucelles effarouchées qui s'avancent et reculent. Je multiplie les approches, d'article en article, non pour la saisir, c'est impossible, mais pour tenter de préciser ma disposition personnelle à son égard. C'est un objet fuyant, multiple de formes et de statuts, et pourtant c'est la chose la... [Lire la suite]

26 juillet 2017

La NATURE et l'ESPRIT : le dia-bolon

  "L'esprit n'est pas au début, pas à la source" écrivait Hölderlin. La source universelle c'est évidemment la nature, entendue au sens le plus large et le plus englobant. Ou encore "l'abîme", selon le mot de Démocrite. Quoi que l'on fasse, elle reste l'insondable, la mystérieuse, l'impénétrable. "La femelle obscure". C'est dire implicitement que l'esprit ne peut naître que d'un déchirement, d'une rupture, d'une distanciation dans la dualité : dia-bolon, oeuvre du diable, séparation et solitude. L'homme se pose en s'opposant.... [Lire la suite]
25 juillet 2017

Du RAPPORT à la NATURE : "La maison du berger" de VIGNY

    Dans "La maison du berger" Vigny expose ses sentiments à l'égard de la nature, ambigüs, hésitant entre le sublime de beauté et le sublime de terreur. Au début de ce vaste poème symphonique il invite Eva à quitter l'esclavage des villes pour gagner "les grands bois et les champs". Suit une strophe extraordinaire, d'une beauté et d'une musicalité absolues, que je ne peux que citer en entier :                  La Nature t'attend dans un silence austère      ... [Lire la suite]
24 juillet 2017

Le TEMPS de la NATURE et le TEMPS de l' HOMME

    Le temps de la nature n'est pas le temps de l'homme. Dans une sorte de projection hyperbolique on a voulu imposer à la nature les catégories de la pensée humaine, laquelle est déterminée par les bornes infranchissables du commencement et de la fin. Tout mouvement, tout processus, physique ou mental, chez nous, s'inscrit dans ce cadre, à commencer par l'existence elle-même : nous sommes bien les "mortels" (thnètoi), et c'est en mortels que nous nous représentons toutes choses. De là cette idée, assez généralement... [Lire la suite]
21 juillet 2017

La LETTRE et l'ESPRIT de la CULTURE (2) : du destin de l'Occident

    Le poème "Pain et Vin" commence par le tableau du soir et de la nuit qui vient : c'est une méditation sur le temps, sur les variations du temps, sur le rapport entre le jour et la nuit, qui ne laisse pas de faire songer à Héraclite, lequel avait affirmé l'unité irréductible du jour et de la nuit : ils sont le même, écrivait-il. Or nous voici, historiquement, au crépuscule, sous l'aplomb de la nuit qui vient. Mais alors l'esprit va-t-il disparaître, nous plongeant dans l'indéterminé et le chaos ? Le poète évoque alors... [Lire la suite]