20 juillet 2017

La LETTRE et l'ESPRIT de la CULTURE : Hölderlin

       "...mais le Père aime    Qui règne sur tous,    Le plus, que soit cultivée    La lettre ferme, et le durable    Bien interprété".   C'est ainsi que dans ses derniers poèmes, ici "Patmos" dont je donne un bref extrait, Hölderlin définit la vocation du poète : être celui qui témoigne de la Lettre ferme (der feste Buchstab), et interprète correctement le "durable" (Bestehendes) sous la législation souveraine du Père. On se demandera ce que signifient ces... [Lire la suite]

19 juillet 2017

POURQUOI ECRIRE ? - anatomie d' un destin

    Regard rétrospectif : une longue existence accordée plus ou moins à l'exercice philosophique, mais travaillée plus encore, plus profondément, par l'amour de la poésie, et le désir tenace d'écrire une oeuvre de valeur. Aujourd'hui, la septentaine bien entamée, je me demande quel aura été le motif dominant de ma vie. Qu'est-ce qui vous pousse, vous motive, vous permet de traverser les épreuves en conservant l'énergie nécessaire, le désir de continuer, de parfaire, d'accomplir ? Je remarque, chez beaucoup d'auteurs, une... [Lire la suite]
16 juin 2017

DEFENSE et ILLUSTRATION d' EPICURE

  "Je me suis souvent étonné qu'on ait dit tant d'âpres et violentes invectives contre Epicure dans les siècles qui se sont écoulés après lui, quand son esprit admirable, la grâce de son langage, la bonté de son naturel, la douceur de sa conversation, enfin la tempérance qu'il avait gardée dans toute sa vie, et la constance qu'il fit paraître en sa mort l'avait rendu si cher à ses amis, si admirable aux yeux de ses disciples et si estimé des Athéniens". William Temple, "Sur les jardis d'Epicure" 1685, Coll Rivages 720 p 38. ... [Lire la suite]
12 juin 2017

DE la LIBERTE de CONSCIENCE : Julien l'Apostat

    J'écris comme d'autres parlent, oubliant ce qu'ils ont dit. Ce qui fait que je suis, chaque matin, au matin du monde, réorganisant tant bien que mal l'espace et le temps. C'est l'écriture qui m'y autorise, m'y invite et m'y prie, c'est en elle que les choses se disposent à nouveau, recouvrant un peu d'ordre dans le chaos. Privez-moi de cette recette, je suis un homme à demi mort, comme je l'étais tout le temps de mes séjours en clinique. Je dis recette, mais le mot est impropre, c'est le pharmakon, c'est la panacée... [Lire la suite]
08 juin 2017

MOIRA : le LOT en héritage

  Mon intention n'est nullement de faire pleurer dans les chaumières. J'aimerais, à choisir, plutôt faire rire, mais n'étant pas, de nature, un joyeux drille, je ferai ce que je peux : rire et philosopher, disait Epicure. Ma foi, je ris volontiers quand l'affaire s'y prète, mais elle ne s'y prète pas toujours. Moira, chez les Grecs, était une sorte de divinité qui présidait à la distribution des lots, d'où l'idée de destin, lequel exprime bien le fait que des conditions nous sont allouées dès le départ, que nous n'avons pas... [Lire la suite]
07 juin 2017

SEUL FACE AUX DIEUX : Epicure et Bouddha

  Sur la question de l'existence ou de la non-existence des dieux, je vois trois attitudes possibles : y croire, s'y opposer, ou alors, fort élégamment, déclarer qu'on ne sait pas, et qu'au fond la question est sans grand intérêt. Epicure s'est rendu célèbre, entre autres choses, par une attitude fort cavalière à cet égard, en propulsant les dieux dans l'éloignement incommensurable des intermondes, où ils jouissent, c'est évident, de la vie bienheureuse et incorruptible, sans se soucier une seconde de ces hommes qui les... [Lire la suite]

06 juin 2017

DESESPOIR : LAMARTINE

  Voici les deux premières strophes du "Désespoir" d'Alphonse de Lamartine, pièce assez rugueuse et justement désespérée des Méditations poétiques. Je la donne ici pource qu'elle me semblait injustement méconnue, en dépit de sa valeur incontestable.                Lorsque du Créateur la parole féconde              Dans une heure fatale eut enfanté le monde                          Des... [Lire la suite]
05 juin 2017

De la MORT du CHRIST : HOLBEIN le JEUNE

  La représentation d'un Bouddha squelettique, émacié, est fort rare en Orient. Je n'aime pas cette figure. Pas davantage les Bouddhas ventripotents, rigolards et rabelaisiens qui ont fleuri en Chine. J'aime le regarder comme un homme ordinaire, justement proportionné, bien fait de corps et d'esprit, avec ce demi-sourire quasi imperceptible, si énigmatique, qui lui confère je ne sais quelle majesté discrète, toute de réserve et d'attention intérieure. Cette présence est si forte qu'elle vous saisit d'étonnement : est-il possible... [Lire la suite]
02 juin 2017

De la PERTE et du RETOUR : NERVAL

  Les poètes n'ont pas attendu les déclamations tonitruantes de Nietzsche pour s'apercevoir que Dieu était mort. Dans les années 1850 Nerval écrit la suite des sonnets qui formeront "Les Chimères", d'une fascinante beauté, impénétrable, énigmatique. Je voudrais donner ici quelques extraits, trop rapides, de deux sonnets publiés sous le titre "Le Christ aux oliviers" - remarquables comme chacun pourra voir. Jésus est dans la nuit profonde de l'angoisse pendant que ses disciples dorment :        "Ils... [Lire la suite]
01 juin 2017

Du DETOURNEMENT DIVIN : VIGNY

                " Le silence"         "S'il est vrai qu'au Jardin sacré des Ecritures       Le Fils de l'Homme ait dit ce qu'on voit rapporté ;       Muet, aveugle et sourd au cri des créatures,       Si le Ciel nous laissa comme un monde avorté,       Le juste opposera le dédain à l'absence,       Et ne répondra plus que par un froid silence       Au silence éternel de la... [Lire la suite]