27 mars 2018

De l' APORIE : aporos pantoporos

  "Pantoporos aporos ..." Plein de ressources, sans ressources, l'homme va. Poros c'est le lieu de passage, le moyen de franchir, d'accomplir, d'où ressource. Pantoporos signifie l'abondance de ressources, et aporos l'absence de ressources. C'est la condition de l'homme, à la fois industrieux, inventif, créateur de routes innombrables, et tout à la fois privé de tout recours. "Face à la mort nous sommes tous une citadelle sans défense" (Epicure) Dans l'allégorie que développe Platon sur la naissance d'Eros dans le Banquet, il... [Lire la suite]

21 mars 2018

DEGAGER l 'ESPRIT

  Dégager l'esprit. C'est le rôle, et la dignité propre du philosopher. Fonction critique : nettoyer les écuries d'Augias, décaper, curer et récurer. En quoi il faut préférer "le philosopher" à "la philosophie", pour pointer la nécessité de ce travail de déconstruction, jamais fini, toujours à reprendre. Jardinage : les mauvaises herbes repoussent toujours, par quelque effet de structure. Il faut piocher, bêcher, biner et sarcler, retailler les branches - et dans le même temps veiller à ne pas tarir le sol, protéger les bonnes... [Lire la suite]
20 mars 2018

De la CRAINTE de la MORT

  Ce qu'on appelle assez confusément la crainte de la mort, passion commune s'il en est, pourrait à l'analyse se décomposer en trois éléments hétéroclites, fort différents les uns des autres, que l'usage confond par facilité, et qui, comme les trois branches d'une fourche, sont abusivement réunis et confondus dans le même manche : la peur de l'agonie et de la douleur, la peur du mourir proprement dit, et la peur d'une vie post-mortem. La première concerne l'avant, la seconde le pendant, et la troisième l'après. Chacune relève... [Lire la suite]
19 mars 2018

POESIE et PHILOSOPHIE : LUCRECE

                                                                                                                                                         ... [Lire la suite]
15 mars 2018

PETIT ADDENDUM à l'article précédent

  Petit addendum, certes, mais, selon moi, du plus grand poids : si par le langage nous sommes séparés des choses il n'en faut pas conclure que les choses n'existent pas, ou qu'elles soient négligeables. Sur ces questions fondamentales, et de haute conséquence, je me découvre très résolu, moi qui le suis si rarement, et qui sur tant de sujets n'ai guère de position arrêtée. Le réel, ça existe, mais non point sur le mode de l'être : apparence, apparition plutôt, ou apparaître des apparences, cela insiste, cela se fait entendre,... [Lire la suite]
15 mars 2018

GORGIAS : du non-être et du langage

  D'après Sextus Empiricus, Gorgias "met en place, dans l'ordre, trois propositions fondamentales : premièrement, et pour commencer, que rien n'existe ; deuxièmement que, même s'il existe quelque chose, l'homme ne peut l'appréhender ; troisièmement, que même si on peut l'appréhender, on ne peut ni le formuler ni l'expliquer aux autres". La difficulté majeure, dans cette exposition, tient au sens que l'on donne à la première proposition. "Ouden estin" : faut-il traduire "rien n'existe" alors que le grec dit "rien n'est" ? Ce... [Lire la suite]

12 mars 2018

De la MORT de SCHOPENHAUER

  Après son déjeuner, comme il fait tous les jours, il va s'asseoir dans son fauteuil pour une petite sieste réparatrice. Il s'endort doucement. Quand la bonne, un peu plus tard, vient dans le salon, elle s'aperçoit qu'il est mort. Ainsi donc il a glissé insensiblement du sommeil dans la mort. Il ne s'est rendu compte de rien, il était vivant, il n'est plus. Le plus remarquable en cette affaire c'est qu'il ne sait pas qu'il est mort. Il ne l'a pas vue venir, il n'a pu s'y préparer, l'anticiper, la redouter ou la souhaiter :... [Lire la suite]
09 mars 2018

DESIR et JOUISSANCE : Lucrèce

  C'est peu de dire que Lucrèce, en son De Natura Rerum, peigne les illusions de la passion amoureuse : bien mieux, il décrit l'impasse du désir et de la jouissance. "Morsures, aiguillons, blesser, brasier, arracher, combat ..." - un vocabulaire guerrier pour dépeindre "la fureur", "la violente ardeur" qui consume l'homme  en proie au désir, qui, désespérant d'atteindre "sa proie" s'acharne en vain sur le corps de la belle, et ne pouvant la saisir toute, toute entière à la fois, "erre incertain sur le corps tout entier".... [Lire la suite]
08 mars 2018

Des CONDITIONS de la PENSEE

  Le printemps s'avance dans les branches... Il fut un temps où je me battais pour des idées. Je m'exaltais, je me fâchais, je ruais, je fumais. Cela n'est plus. Il faut laisser aux idées la place qui leur revient, rien de plus, rien de moins. Cela ne signifie pas que je m'abandonne aux sentiments. Si le senti-ment comme dit l'autre, il ne ment pas toujours : il dénote une présence au monde et à soi qui n'est pas négligeable, un certain réel malgré tout. Si je souffre il est bien vrai que je souffre, même si cette souffrance a... [Lire la suite]
23 février 2018

DESCENDRE dans l' ANTIQUE CHAOS

  Un ami cher me communique cette phrase de Wittgenstein, qui m'interpelle fortement : "Quand on philosophe il faut descendre dans l'antique Chaos et se trouver bien là". Je voudrais analyser lucidement ce que cette idée provoque en moi : de la séduction, et de la terreur. Séduction, en ce que cette idée est éminemment juste, car, qui, en dehors du philosophe, peut envisager de se risquer dans ces abysses-là ? Déjà Démocrite avait donné le ton : "La vérité est dans l'abîme". L'abîme de Démocrite est-il identique au Chaos ?... [Lire la suite]