études de philosophie anciene et moderne
14 décembre 2018

Des LIVRES et de la VOIE

  Ce matin, considérant depuis le couloir mon bureau ouvert à la lumière, je me dis : le bonheur c'est ça ! Mon bureau est plus qu'un bureau, c'est une bibliothèque, une salle de méditation, un fumoir, un jardin pour recevoir des amis, pour boire, deviser, réfléchir, rire et philosopher. C'est la devise d'Epicure : il faut tout ensemble rire et philosopher - et surtout "sum-philosophein", philosopher ensemble. Mais d'abord ce lieu enchanté est mon jardin intime, où fleurissent mes roses et mes épines. J'y convie de nombreux... [Lire la suite]

10 décembre 2018

"NATURE AIME A SE CACHER" - Héraclite

  "Nature aime à se cacher" - c'est ainsi que l'on traduit d'ordinaire la sentence d'Héraclite : phusis kruptesthai philei. Traduction évidemment exacte dans la littéralité, mais faussement évidente. Dans leur étude "Héraclite ou la séparation" Jean Bollack et Heinz Wisman traduisent : "la chose comme elle vit aime à se cacher". Et-ce encore une traduction, ou une interprétation ? Ils ont manifestement eu le souci de déplier la notion de "phusis" (nature) pour faire entendre le sens originel de ce terme : la poussée vitale. ... [Lire la suite]
07 décembre 2018

De la PRISE de CONSCIENCE

  Dans les articles précédents j'ai soutenu la thèse, d'ailleurs fort classique, que la prise de conscience est l'agent principal qui permet d'introduire une variable, une déclinaison, une dérivation par rapport au déterminisme psychique, exprimé en termes de causalité aveugle - le karma. Mais il ne suffit pas de le dire, il importe d'en examiner la nature et les conditions. Il est à peu près impossible de dire ce qu'est la conscience. Quand on cherche à la définir on en vient à remplacer un mot par un autre, ce qui n'éclaire... [Lire la suite]
06 décembre 2018

La CONSCIENCE et la CAUSALITE

  Mythologiquement le samsâra est le cycle indéfini des naissances et des morts. Psychologiquement il exprime l'idée de la souffrance attachée à l'existence aliénée, au désir inconscient, contamninée par le triple poison de l'avidité, de la répulsion et de l'ignorance. Dans les écrits les plus anciens du bouddhisme Hinayana - le petit véhicule - l'accent est mis sur l'effort, la prise de conscience qui devrait mener à la libération, exprimée en terme d'extinction, ou de nirvâna. Le samsâra enveloppe l'idée du karma : toute... [Lire la suite]
04 décembre 2018

De la CONSCIENCE PERSONNELLE et TRANSPERSONNELLE

  Un commentateur objecte à un précédent article, où j'exposais l'idée que la mort est une annihilation complète, qu'il est possible  de considérer le décès comme un changement d'état plutôt qu'une annihilation. Ma réaction immédiate est de dire que le seul changement d'état constatable et incontestable est le cadavre. Mais mon cadavre n'est pas moi : c'est une décomposition qui ramène le corps à l'ordre implacable et anonyme de la nature. On me dira sans doute : l'homme n'est pas seulement un corps et l'on peut imaginer... [Lire la suite]
03 décembre 2018

KARMA et CAUSALITE PSYCHIQUE

  Le karma, sitôt que l'on écarte les enflures de l'imagination, se ramène à une idée extrêmement simple. Point n'est besoin d'invoquer la puissance divine qui imposerait quelque prédestination fatale, ou la conséquence funeste d'existences antérieures, comme on fait dans l'Hindouisme. Il suffit de dégager l'idée juste enveloppée dans de fumeuses spéculations, à savoir : nos actes ont des conséquences parce qu'ils s'inscrivent dans la réalité, et modifient peu ou prou la réalité. Le bon sens ou la prudence pratique consiste donc... [Lire la suite]

26 novembre 2018

"J'ai vécu de me savoir mortel" - la CONSCIENCE de la MORTALITE

  "J'ai vécu de me savoir mortel" déclarait Lacan. On peut en tirer cette leçon que certains se savent mortels et d'autres non. Aux premiers appartiendrait cette conscience aiguë de la mortalité qui donnerait à leur existence un surcroît de vie - mais quelle sorte de vie ? - alors que les seconds végéteraient dans l'illusion. Cette proposition prend le contrepied d'une conviction largement répandue selon laquelle la conscience de la mort sonnerait le glas de l'ambition, du plaisir et conséquemment du bonheur. Le héros se... [Lire la suite]
22 novembre 2018

AUTARKEIA : Aristippe

  "Comme on l'avait un jour interrogé sur ce que les philosophes ont en plus, il dit : "Si toutes les lois étaient supprimées, nous continuerions à vivre de la même façon".(DL II,68) Ce ne sont pas les lois civiles qui règlent le comportement, c'est la loi intérieure. Serait philosophe, selon Aristippe, celui qui n'a pas besoin de s'appuyer sur un code externe, hétéronome, pour gérer sa conduite, parce qu'il trouve en lui-même le principe et la fin, ce que les Anciens appelaient l'autarkeia, la gouvernance de soi-même. En... [Lire la suite]
21 novembre 2018

Du PLAISIR : ARISTIPPE de CYRENE

  Il est de bon ton, depuis l'Antiquité, de déverser un mépris souverain sur Aristippe et ses successeurs "cyrénaïques", au motif qu'il est indigne d'un philosophe de faire l'apologie inconditionnelle du plaisir, plus encore d'avoir déclaré que le plaisir est un mouvement corporel, que plaisir et douleur se ramènent en dernière analyse à des mouvements corporels. De fait, Aristippe inaugure une réflexion féconde sur la nature, la source, et la valeur des affects, qui inspirera, parfois à contresens, pyrrhoniens et épicuriens.... [Lire la suite]
15 novembre 2018

"Nous ne connaissons que nos affects"

  "Nous ne connaissons que nos affects" - cette idée est attribuée par Diogène Laerce aux sceptiques (IX, 103) en conformité avec le texte de Sextus : "Le sceptique donne son assentiment aux affects (pathos) qui s'imposent à lui à travers une impression". Je ne dirai pas : le miel est doux, ce qui serait poser une thése sur la nature du miel - que j'ignore - mais je dirai : le miel m'apparaît doux, ce qui est une donnée immédiate et indiscutable de ma sensibilité. Nous sommes affectés par les apparences extérieures (phainomena)... [Lire la suite]