études de philosophie anciene et moderne
22 avril 2019

SOMMEIL, REVE, REVEIL

  Il faut bien se rapporter à quelque chose faute de trouver en soi-même l'origine et la fin. L'origine, bien que vécue, nous échappe, puisqu'on ne peut être témoin de sa propre conception, et la naissance, elle aussi, est enveloppée dans la plus épaisse obscurité. Quant à la fin, à moins de la précipiter par le suicide, elle est ce quelque chose que nous portons en nous, comme une certitude, mais inassignable. Si bien que nous flottons entre deux inconnus, également certains et également inconnaissables. Voilà qui donne au... [Lire la suite]

19 avril 2019

SAUVER la PENSEE (2)

  Sauver la pensée, oui, car elle est menacée, de tous côtés. De l'extérieur bien sûr, par les pouvoirs, quels qu'ils soient. Et aujourdhui, en sus, par les formes nouvelles d'une technologie impériale, qui introduit insidieusement, et dans la pensée elle-même,  le contrôle, la surveillance, la manipulation : l'hydre du despotisme s'est muée en universelle araignée, d'autant plus pernicieuse qu'elle agit en douceur et profondeur, persuadant tout un chacun qu'il agit selon le libre décret de sa volonté lorsqu'il obéit aux... [Lire la suite]
18 avril 2019

SAUVER la PENSEE

  Sauver la pensée... Chaque matin, ou presque, me revoilà tremblotant entre deux vertiges. La nuit n'est pas si loin, encore, que je n'en sente les arcanes ténébreuses, à demi effacées, mais laisssant derrière elles une brume de moiteur, où s'exténue quelque image de rêve. Suis-je éveillé, suis-je à demi mort, suis-je encore celui qui, hier, jetait des étincelles de pensée, comme échappées d'une corbeille inépuisable ? Et de l'autre côté, dans un espace incertain, quelques mots, venus on ne sait d'où, invitent à de nouvelles... [Lire la suite]
17 avril 2019

QUAND SUIS-JE MOI-MEME ?

  A quel moment de notre vie pouvons-nous dire : voilà, c'est moi, c'est vraiment moi ! Et que cela ne soit pas une simple toccade, un moment fugitif, mais un duratif, une constante, un continuum qui soutienne la charpente.  Voilà un homme saisi soudain d'une inexplicable exaltation : il parle fort, il s'agite, il court à droite et à gauche, il prétend révoquer son passé, calamiteux dit-il, il achète des appartements, dilapide son bien, court la prétentaine, court la gueuse, fait la fête, et, à l'entendre, il s'est enfin... [Lire la suite]
03 avril 2019

"TOUT EST LA ET JE NE SUIS RIEN"

  Dans sa tragédie "Tasso", modèle indépassable d'écriture classique, Goethe écrivait : "Tout est là, et je ne suis rien".  Moi qui me croyais le centre sensible et rayonnant du monde, moi qui ne vivais que de moi, de mes pensées, de mes images, de mes désirs, à la sombre lumière de l'échec je me découvre tout autre, rapetissé, réduit à ce peu que je suis en vérité,  fragile barque chancelante entre deux néants, et tout autour de moi, que vois-je ? - la prolixité d'un monde insondable, inépuisable, qui fut là de... [Lire la suite]
29 mars 2019

APOLOGIE du RIEN : Mallarmé

  Sur la question du rien : La représentation commune pense le rien à partir d'une attente : "j'ai cherché quelque chose et je n'ai rien trouvé". Par exemple une pièce où il n'y a rien : ni meubles, ni table, ni miroir etc. Dans l'espace imaginarisé du désir s'ouvre une brèche où s'engouffre ma déception. Mais à tout prendre le rien n'est pas dans le réel, qui ne manque jamais de rien, il est dans l'inadéquation de l'attente à la réalité. On pourrait figurer ce défaut structurel par deux droites parallèles de longueur inégale.... [Lire la suite]

29 mars 2019

DEUIL et MELANCOLIE

  Dans l'expérience douloureuse de la perte, celle d'un être cher, d'une amitié, d'un idéal, la vraie question est de savoir ce que dans l'objet nous perdons, dont la chute nous affecte au plus vif. Freud avait remarqué, au sujet du deuil, que si nous savons consciemment QUI nous perdons, nous ne savons pas Ce que nous perdons, ou si l'on veut, ce que le défunt représentait pour nous, dans les arcanes de notre inconscient. Sans doute une certaine image qui nous faisait plaisir, une certaine qualité d'être qui nous apportait des... [Lire la suite]
28 mars 2019

La FORME et l'INFORME : de la beauté

  Nietzsche eut ce mot heureux : " Les Grecs étaient superficiels... par profondeur". C'est dire qu'il existe deux manières d'être superficiel, deux régimes distincts de superficialité, selon que l'on connaît ou non les séductions de l'abîme. La beauté c'est la peau, la forme externe, l'équilibre réussi des forces, présentes, agissantes dans la forme. A travers le tissu dense du bois, du marbre, de la pierre, le regard perçoit l'invisible puissance des affects, des tensions, des mouvements et des résistances. Un conflit se... [Lire la suite]
25 mars 2019

Un MAITRE de LUCIDITE : BOUDDHA

  Il y a bien des années j'avais découvert la pensée de Bouddha dans l'édition de Karl Jaspers "Les grands philosophes". Ce fut un éblouissement. Tout ce que je pressentais vaguement sans pouvoir me le formuler à moi-même, la mobilité universelle, l'impermanence, l'absence de tout point fixe, l'insubstantialité radicale, tout cela m'était pour ainsi dire offert, les fleurs de Bouddha, délicieuses et délectables. Et par je ne sais quelle subtile accointance ces fleurs inestimables venaient se mêler à cet autre bouquet du grand... [Lire la suite]
22 mars 2019

Un NEANDERTHAL PHILOSOPHE

  Haute gloire aux grands esprits qui sont la couronne de l'humanité ! Ils sont les quelques uns, les rares qui nous inspirent encore, par ces temps difficiles où l'on doute sérieusement de l'avenir, quand le présent s'obscurcit comme une nuée d'orage. Ils étaient quelques uns qui avaient dessiné une certaine image de l'homme que nous avions intégrée comme une donnée fondamentale et irréversible, mais il est possible que de cela il ne reste plus rien dans les décennies qui viennent. Moi même je me représente de plus en plus... [Lire la suite]