30 mars 2018

ODE à CLEMENT ROSSET

    Clément Rosset vient de mourir. Que dire ? Je me contenterai d'une image : il était, il reste comme un grand soleil noir au milieu de la galaxie. Les autres s'agitent en tous sens, se gonflent de vents et d'illusions, courent au prétoire, invoquent les dieux et les diables, pérorent et ratiocinent. Cela fait du vent, en effet, cela brille de mille feux, cela vient, cela passe, tempêtes de mots, de propos, de ragots, foire d'empoigne, foire aux sots. Au milieu, impavide et solitaire, le soleil noir, non point de la... [Lire la suite]

29 mars 2018

PEUT-ON PENSER LE RIEN ?

  Peut-on penser le "rien" - je ne dis pas penser à rien, qui est déjà très difficile - mais le "rien", ce qui me semble plus difficile encore. Je voudrais examiner ici une question qui se présente d'emblée comme une aporie, avant de voir en quoi cette pensée pourrait avoir ou non quelque signification pour l'existence. "Rien" est un signe linguistique comme tous les autres. Il se forme par la liaison nécessaire et immotivée d'un signifiant et d'un signifié. Le signifiant c'est la face sonore, la combinaison des phonèmes ( r-... [Lire la suite]
28 mars 2018

De l' APORIE (2) - du rien

  Le dieu du rêve, sur le petit matin, me somme de reprendre le texte d'hier, d'y adjoindre une suite, comme on ferait de deux pièces d'un même poème. Il est vrai que je n'ai traité que de la moitié du vers de Sophocle... Riche de toutes ressources, sans ressources il marche vers rien : ep ouden erchetai. Une tradition pieuse y lira la déréliction de l'âme abandonnée en chute vers le néant. Mais ouden n'est pas forcément le néant, ouden c'est rien, comme dans la phrase : il n'y a rien. Ouden marque un blanc, un pas-être, d'où... [Lire la suite]
27 mars 2018

De l' APORIE : aporos pantoporos

  "Pantoporos aporos ..." Plein de ressources, sans ressources, l'homme va. Poros c'est le lieu de passage, le moyen de franchir, d'accomplir, d'où ressource. Pantoporos signifie l'abondance de ressources, et aporos l'absence de ressources. C'est la condition de l'homme, à la fois industrieux, inventif, créateur de routes innombrables, et tout à la fois privé de tout recours. "Face à la mort nous sommes tous une citadelle sans défense" (Epicure) Dans l'allégorie que développe Platon sur la naissance d'Eros dans le Banquet, il... [Lire la suite]
21 mars 2018

DEGAGER l 'ESPRIT

  Dégager l'esprit. C'est le rôle, et la dignité propre du philosopher. Fonction critique : nettoyer les écuries d'Augias, décaper, curer et récurer. En quoi il faut préférer "le philosopher" à "la philosophie", pour pointer la nécessité de ce travail de déconstruction, jamais fini, toujours à reprendre. Jardinage : les mauvaises herbes repoussent toujours, par quelque effet de structure. Il faut piocher, bêcher, biner et sarcler, retailler les branches - et dans le même temps veiller à ne pas tarir le sol, protéger les bonnes... [Lire la suite]
20 mars 2018

De la CRAINTE de la MORT

  Ce qu'on appelle assez confusément la crainte de la mort, passion commune s'il en est, pourrait à l'analyse se décomposer en trois éléments hétéroclites, fort différents les uns des autres, que l'usage confond par facilité, et qui, comme les trois branches d'une fourche, sont abusivement réunis et confondus dans le même manche : la peur de l'agonie et de la douleur, la peur du mourir proprement dit, et la peur d'une vie post-mortem. La première concerne l'avant, la seconde le pendant, et la troisième l'après. Chacune relève... [Lire la suite]

19 mars 2018

POESIE et PHILOSOPHIE : LUCRECE

                                                                                                                                                         ... [Lire la suite]
16 mars 2018

DE l' APPARESCENCE : apparaître, apparition, apparence

  Le grec ancien dispose d'un mot fabuleux "phainesthai", que nous rendons chichement par "apparaître". Phainesthai c'est paraître à la lumière (phaos), se manifester comme forme visible à la lumière, advenue miraculeuse que Lucrèce rend si bien dans son "ad luminis oras" - aux rivages de la lumière. Cette apparition de la chose à la lumière notre "apparaître" n'en signale qu'une pauvre réduction : on voit le mouvement, l'avancée, le geste de se poser dans un espace, d'occuper un lieu, on ne sent pas l'élément lumineux qui... [Lire la suite]
Posté par GUY KARL à 12:10 - Commentaires [1] - Permalien [#]
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15 mars 2018

PETIT ADDENDUM à l'article précédent

  Petit addendum, certes, mais, selon moi, du plus grand poids : si par le langage nous sommes séparés des choses il n'en faut pas conclure que les choses n'existent pas, ou qu'elles soient négligeables. Sur ces questions fondamentales, et de haute conséquence, je me découvre très résolu, moi qui le suis si rarement, et qui sur tant de sujets n'ai guère de position arrêtée. Le réel, ça existe, mais non point sur le mode de l'être : apparence, apparition plutôt, ou apparaître des apparences, cela insiste, cela se fait entendre,... [Lire la suite]
15 mars 2018

GORGIAS : du non-être et du langage

  D'après Sextus Empiricus, Gorgias "met en place, dans l'ordre, trois propositions fondamentales : premièrement, et pour commencer, que rien n'existe ; deuxièmement que, même s'il existe quelque chose, l'homme ne peut l'appréhender ; troisièmement, que même si on peut l'appréhender, on ne peut ni le formuler ni l'expliquer aux autres". La difficulté majeure, dans cette exposition, tient au sens que l'on donne à la première proposition. "Ouden estin" : faut-il traduire "rien n'existe" alors que le grec dit "rien n'est" ? Ce... [Lire la suite]