11 septembre 2018

PHANTASIA : présentation imageante

  Vous êtes allongé sur votre couche, somnolent à demi, sentant confusément une présence à votre côté. Vous laissez aller votre bras, et voici que la main touche une surface tiède, douce, arrondie, souple au toucher, agréable et délicate. Votre main est comme remplie de présence, attentive et réceptive, et c'est comme si, d'un même mouvement, la main qui touche et l'épaule touchée s'épousaient ensemble dans la qualité indicible du contact : c'est la "phantasia", pas exactement une image, bien avant l'image, je dirai : la... [Lire la suite]

10 septembre 2018

APOLOGIE du TOUCHER : LUCRECE et EPICURE

              "Le toucher, ô sainte puissance des dieux, le toucher             Est le sens suprême du corps, soit qu'une chose s'y glisse             De l'extérieur, soit qu'un élément interne le blesse                  Ou le réjouisse en sortant par l'acte fécond de Venus,             Soit qu'après un choc, troublés dans le corps même,      ... [Lire la suite]
07 septembre 2018

La VERITE de la SENSATION : Epicure

  La sensation, dans le texte magistral d'Epicure, occupe une position à la fois fondamentale - toute connaissance vient des sens - et cruciale, en tant que par elle se fait la Krisis, l'examen critique par lequel se fait le retour à la "chose même". Voyons cela de plus près. L'aisthesis, la sensation, pourrait se définir comme l'effet que produit à la surface d'un corps sensible le contact d'un autre corps. Une "impression" dira plus tard, fort justement, Hume. Un corps me frôle,  je sens le contact sur ma peau. La... [Lire la suite]
05 septembre 2018

CONDITIONS et VICISSITUDES de l' ECRITURE

  Que de conditions sont requises pour écrire ! D'abord une plage horaire entièrement dégagée, sans souci, sans tracas - sans condition ! Une totale liberté de penser, un dégagement intégral. Il suffit de si peu pour brider la pensée, pour gauchir la démarche, ou l'entraver. Il m'est difficile d'écrire dans un bar, je sens la présence des autres tout autour de moi, je ne supporte pas que l'on s'assoie trop près, j'ai très vite l'impression d'étoufffer. Aussi n'y puis-je que griffonner quelques notes rapides sur un cahier, ce qui... [Lire la suite]
04 septembre 2018

Du DOUTE et de la SUPPRESSION : l' épochè sceptique

  D'un point de vue pyrrhonien, le doute n'est pas suffisant : douter c'est examiner une thèse en suspendant l'adhésion. D'où la formule canonique du scepticisme : suspendre son jugement, éviter d'affirmer et de nier. Mais si l'on procède ainsi on laisse les jugements en l'état, on ne se délivre pas des contenus de pensée, des idées et des dogmes. On se contente de se positionner à côté, en laisssant les thèses opposées se contester à l'infini. En quoi Pyrrhon est-il bien différent, et supérieur ? Il ne doute pas, il supprime,... [Lire la suite]
03 septembre 2018

ADELON : critique de l'invisible

  Dêlos : Ile qui vit naître Apollon et Artémis. dêlos : visible, apparent, clair, évident, manifeste. adêlos : invisible, obscur, incompréhensible.   "Le pyrrhonien, déclare Sextus Empiricus dans ses "Esquisses pyrhoniennes" (livre I, 7), ne donne son assentiment à aucune des choses obscures (adêlon)". Ces "choses obscures" désignent ce qui échappe à notre capacité de compréhension, toujours relative à notre état, à notre position, aux apparences, comme par exemple de saisir la nature intime d'un phénomène. Je ne sais... [Lire la suite]

03 septembre 2018

LA VOIE : poème

     Sans but est la voie    Innocente comme sont les fleurs    Ouvertes au ciel, faciles    A fleurir, à périr.    Mais toute vie, ou grincheuse ou gracieuse,    A la terre retourne,    Selon le temps.      Quelques-uns, obnubilés par l'objectif,    Ne regardent ni de droite ni de gauche,    Aveugles-sourds à l'élément - et d'autres    Ne se fient qu'au hasard qui les accueille    Où qu'ils... [Lire la suite]
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31 août 2018

GELASSENHEIT : du laisser-être

  Il existe en allemand un mot qu'il est bien difficile de rendre en français, malheureusement, et qui possède une très riche signification : Gelassenheit, que l'on peut traduire par tranquillité, sérénité. Mais le terme, dans sa composition, implique l'idée d'un laisser (lassen), laisser loin de soi - soucis, préoccupations, passions - et surtout d'un se-laisser, d'un abandon confiant à quelque chose qui possède une suprême valeur. On encore d'un se-laisser aller, se-laisser être, ou vivre, selon sa complexion native et... [Lire la suite]
29 août 2018

PIEGE FATAL : méditation

    Une fois nés   C'est fichu, le piège s'est refermé   L'oubli avant, la mort devant     "Contemple ton visage d'avant la naissance" disent-ils   Mais ce visage n'est pas même un visage   C'est la surface plate et nue du néant     Néant derrière, néant devant   Entre les deux le mirage   Scintillant, douloureux,    Le jeu tragique de la vie.     Devant se dresse l'Imparable,   Alors les deux mâchoires de la tenaille   Se... [Lire la suite]
28 août 2018

En PAUVRES LIEUX : poème

    Ultime lieu   Où le corps défaille sur le seuil   Effaçant souvenirs de joie ardente   Quand le sexe et la vie confondus dans la flamme   S'élançaient à l'assaut du ciel   C'était belle parade, par Zeus !     Maintenant je croupis sur la terre   Seul mon esprit, rétif   Galoppe encor par les steppes arides   Sans pouvoir se poser nulle part   Et nulle auberge ne le peut recevoir   Et nulle source ne le désaltère;     Lassé des faux... [Lire la suite]
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