27 décembre 2016

Du RAPPORT SIGNIFIANT - SIGNIFIE

  Le lecteur pressé aura peut-être l'impression que je répète, que j'énonce pour la centième fois cette idée somme toute convenue que le mot n'est pas la chose, que le langage se tient par essence à une distance infranchissable du réel qu'il prétend exprimer. Pour moi cette évidence est acquise à tout jamais et ne fait pas problème. Au delà de cette idée, ou en deçà, je cherche à dire quelque chose dont la nature m'échappe encore, que je tente d'approcher avec l'intuition, et qui encore me glisse entre les doigts.  ... [Lire la suite]

26 décembre 2016

De la FAILLE du DISCOURS

    Si je dis : "le pain est blanc", tout un chacun comprend ce qu je dis, car la convention linguistique fixe pour chacun la notion de "pain" et de "blanc", si bien que chacun peut vérifier la concordance de mon propos avec la réalité. Ce qui est troublant, c'est que je puisse sans vergogne dire "ce pain est violet" alors qu'il est blanc. Dans le langage rien n'est vraiment impossible, je puis jouer à l'infini de toutes ses virtuaités sans tenir compte en rien de la réalité. Ainsi Eluard - "la terre est bleue comme une... [Lire la suite]
23 décembre 2016

LAICITE : l 'Etat et la croyance.

  De tous côtés on entend le grondement sinistre de la réaction en marche. Pour ceux qui, comme moi, ont connu les belles années de la liberté retrouvée, dans le dernier tiers du siècle précédent, quand tout semblait possible, accessible, et comme offert au désir, ce qui se passe depuis le début de ce siècle nouveau sonne étrangement à nos oreilles, et ne laisse pas de nous inspirer inquiétude et dégoût. Qu'avons-nous de commun avec les tristes sires qui veulent nous imposr un retour à des "valeurs" supposées éternelles, et qui... [Lire la suite]
22 décembre 2016

JEUNESSE et BEAUTE

  Schopenhauer écrit quelque part, j'ai oublié le contexte, quelque chose comme : mieux vaut la jeunesse sans beauté que la beauté sans jeunesse. Il vaut mieux les deux, que je sache, mais l'une des deux ne se peut maintenir quoi qu'on fasse. Le pire, peut-être, est de mimer la jeunesse quand elle est irrémédiablement flétrie. Quoi de plus ridicule qu'une vieille coquette ou un "vieux-beau". Ceux-là exhibent plus outrageusement encore ce qu'ils voudraient cacher, et leur sottise plus encore. D'une certaine manière on peut... [Lire la suite]
21 décembre 2016

FAUST : l'esprit et le corps

  J'éprouve depuis longtemps une sorte de fascination pour le début du Faust de Goethe, que je relis régulièrement, et que parfois je rêve de traduire. On connaît la scène : Faust est dans son atelier de recherche, épuisé, lassé de tout, et notamment des toutes ses incursions dans les domaines sacrés de la philosophie, du droit (qu'il nomme Juristerei, "judication", avec une nuance de mépris), de la théologie, et toutes ces connaissances lui laissent le goût amer de la futilité, de l'inutilité. Il conclut tristement "je vois que... [Lire la suite]
20 décembre 2016

PULSION de MORT

  J'entends dire que les nécrophages assassins qui ont le courage insigne de massacrer des innocents, hommes, femmes et enfants, dans un attentat aveugle, stupide et insensé, sont des jeunes. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, mais ma première réaction est de penser que ce ne sont pas des jeunes, mais des vieux, mieux encore, des trés vieux, si vieux qu'ils ne me semblent plus appartenir à la cohorte des vivants. La pulsion de mort est si forte qu'elle a étouffé toute pulsion de vie, ramenant l'existence à ce cauchemar... [Lire la suite]
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19 décembre 2016

Du METIER d' ECRIRE : 19 dec 2016

  Vers les quinze ans je le savais de science sûre : je serais écrivain, plus précisément poète. Mais cela, ce n'est pas un métier, à moins de se louer à un éditeur par contrat et de vomir tel nombre de livres à la demande. Dans mon esprit un peu fou d'adolescent, un écrivain, un vrai, était d'abord un homme libre, dégagé de l'obligation, affranchi de tout lien familial, voyageant selon l'humeur, écrivant selon la nécessité intérieure. J'étais marqué par quelques exemples fameux, où je distinguais mal ce qui relevait de la... [Lire la suite]
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17 décembre 2016

De la SCIENCE

  Le philosophe, ami de la science, de son esprit et de ses méthodes, ne peut pourtant se reposer sur ses résultats : ils sont trop incertains, mobiles et réversibles. Voici une nouvelle théorie qui révolutionne le savoir. Le lendemain elle est déclarée inepte, dépassée, controuvée. En particulier dans cette discipline si prestigieuse de l'astrophysique, admirable élancée de l'esprit dans l'immensité de l'univers, bouillonnement impressionnant de thèses, d'antithèses et d'hypothèses qui ravissent l'esprit, lui font espérer les... [Lire la suite]
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16 décembre 2016

De L' ECART et de la LIBERTE

  Diogène Laerce, IX, 2, 3 : " On lui demanda (à Héraclite) de faire office de législateur pour eux (les Ephésiens), mais il dédaigna l'offre, parce que la cité était déjà sous l'emprise de sa mauvaise constitution. S'étant retiré dans le temple d'Artémis, il jouait aux osselets avec les enfants ; les Ephésiens faisant cercle autour de lui, il leur dit : 'Pourquoi vous étonner, coquins ? Est-ce qu'il ne vaut pas mieux faire cela que de mener avec vous la vie de la cité ?" Pour finir il prit les hommes en haine et vécut à l'écart... [Lire la suite]
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15 décembre 2016

"Le SOLEIL a la GRANDEUR d' un PIED d' HOMME" : HERACLITE

  Heinz Wismann nous dit ceci : imaginez Héraclite couché tout du long dans l'herbe à révasser. Surgit un importun qui lui demande : "Quelle est la grandeur du soleil ?" C'est une question classique à l'époque et les savants rivalisent d'ingéniosité, multipliant les hypothèses théoriques. Héraclite se contente de relever la jambe, de dissimuler le soleil avec son pied, et de répondre :" Le soleil a la grandeur d'un pied d'homme". C'est évidemment une facétie. Héraclite aimait déjouer le sens des questions, se jouer du... [Lire la suite]