08 février 2019

Du MOUVEMENT PERPETUEL : d'Anaximandre à Démocrite

  La matrice originelle de la philosophie véritable se trouve selon moi dans la pensée d'Anaximandre : de l'apeiron (l'illimité) procède la naissance des choses et à lui elles retournent, selon l'ordre du temps. Mouvement ininterompu de création et de dissolution, génération et destruction perpétuelles. Mais pour donner une extension maximale à cette idée il faut se garder de concevoir l'apeiron comme distinct des choses, comme une origine temporelle, comme un principe séparé de sa manifestation : l'apeiron est le mouvement... [Lire la suite]

06 février 2019

DESIR et SIMULACRES

  Ce matin, allant acheter mon pain, rêvassant au décours des rues, j'eus soudain cette intuition, qui n'est pas vraiment neuve, mais qui m'apparut comme une évidence : désirer c'est envelopper la personne désirée d'un halo magique, une sorte de gaze très fine et lumineuse qui lui donne un rayonnement extraordinaire, la situant hors du champ banal de l'existence. L'espace se recourbe autour de ce centre solaire, et tout mène à lui, se perçoit par rapport à lui. Tout converge, tout se ramasse, tout s'intensifie, coulant à flots... [Lire la suite]
05 février 2019

Sur la Question du MANQUE

  Manquer c'est rater, passer à côté, comme on rate la cible, l'objectif, la rencontre espérée. On peut rater mille occasions dans sa vie, mais on ne rate jamais l'heure de sa mort. Parlant du manque on évoque plutôt le manque de ceci et cela, la chance, l'argent, la beauté, la tendresse, la santé, et tout ce que voudrez. Kyrielle interminable des biens et des plaisirs dont on croit qu'ils sont de nature à nous satisfaire. Chacun peut observer en soi-même l'effet de relance qui fait que de l'insatisfaction on rebondit dans un... [Lire la suite]
04 février 2019

De la "MEDECINE" EPICURIENNE, et du VIDE

  Pour Epicure la philosophie devait se constituer comme une médecine de l'âme, une psychi-atrie, parallèle à la médecine du corps. C'est par là qu'elle peut légitimement prétendre à l'utilité. Et hors de quoi elle risque de n'être que verbiage. Cette médecine de l'âme s'affronte à un fait massif, la crainte, qui ruine le bonheur autant que la santé : crainte sans fondement réel, et qui va se donner des objets fantasmatiques (les dieux, la mort) à défaut de porter sur des objets réels. La thérapeutique consiste alors à déminer... [Lire la suite]
03 février 2019

De l' IDENTIFICATION : des images et du sujet (Six articles successifs sur ce thème)

  Voici ma formule : entre deux identifications, un suspens, émergence du sujet. L'identification est un processus mental très complexe et très puissant. Elle détermine une gande part de nos pensées, de nos images et de nos actions. Victor Hugo, enfant, s'écrie : "Je serai Chateaubriand ou rien". Identification à l'idéal, mais heureusement pour lui et pour nous, il n'est pas devenu Chateaubriand, ce qui était d'ailleurs impossible, mais Victor Hugo. Une identification complète serait catastrophique : Johnny Weismuller devenu... [Lire la suite]
03 février 2019

De l' IDENTIFICATION II : "s'identifier sans s'identifier"

  S'identifier à quelqu'un c'est se faire autre. C'est par des identifications successives que le sujet avance, si toutefois il sait les abandonner sur le chemin. Il faut savoir déjouer la prise, s'arracher, courir ailleurs. Ce n'est pas facile. J'ai connu un noble universitaire, estimable à tous égards, qui déclarait honnêtement qu'il lui était impossible, aujourd'hui, de quitter la défroque du maître à penser, de se ranger à l'aune commune. C'était comme de perdre une identité sociale chèrement conquise, de se retrouver tout... [Lire la suite]

03 février 2019

De l'IDENTIFICATION III : douleur et symptôme

  Dans un internat de jeunes filles, une des pensionnaires reçoit une lettre de rupture de la part de son bien-aimé. Elle pleure, elle se lamente, elle gémit. Gageons que sur l'heure toute la colonie va verser des larmes amères, à qui gémira, souffrira le chagrin le plus intense. Dirons-nous que ces jeunes filles s'identifient toutes à celle qui fut blessée et rejetée ? Sans doute, mais plus profondément elles s'identifient à la douleur, ou si l'on préfère au symptôme, ce dernier terme n'exprimant rien d'autre que... [Lire la suite]
02 février 2019

De l' IDENTIFICATION IV : Leçon de DESIDENTIFICATION

  Dans un de ses discours, le plus redoutable peut-être, intitulé "La cause originelle", Bouddha expose les diverses étapes d'une totale et radicale désidentification. Le but de la démonstration est clair : l'homme s'attache à toutes sortes de représentations, s'identifie à elles pour y fonder son existence subjective, s'y maintenir dans l'être, quels qu'en soient par ailleurs les souffrances et les déboires. Seul celui qui est passé par le "grand dégoût", qui a mesuré la puissance de l'illusion et brisé les chaînes de... [Lire la suite]
02 février 2019

DESTITUTION SUBJECTIVE : du flux

  Lacan serait-il bouddhiste ? Lui aussi - voir l'article précédent - prône un travail de désaisissement du sujet qu'il appelle "destitution subjective" ou expérience du "désêtre". L'idée est claire : il faut pousser le travail de déconstruction de l'imaginaire jusqu'aux ultimes conséquences. Désêtre signifie renoncement à l'être, au mirage d'une substance stable et permanente, telle qu'elle se construit dans les décours de l'identification. Motaigne le disait déjà : "d'où tirons-nous ce titre d'être nous qui ne sommes qu'un... [Lire la suite]
02 février 2019

La PASSION de l' IDENTITE

  Sur la question de l'identification la philosophie grecque hésite entre deux réponses possibles : la première, prenant acte que la plupart de nos identifications sont négatives et sources de tourment, invitent en effet à une désidentification (ne cherchez pas la réussite sociale, ne prenez modèle ni sur les tyrans ni sur les usuriers etc) et y opposent une autre identification, inventant bien avant Freud la catégorie de l'Idéal du moi. Voilà ce qu'il faut rechercher : la sagesse, l'intelligence, la simplicité, la ressemblance... [Lire la suite]