09 juin 2015

NAISSANCE et MORT : LUCRECE

  Il est remarquable que le livre VI du "De natura rerum" mentionne deux fois Athènes, la première fois à l'ouverture du chant, Athènes mère des arts, demeure d'Epicure, foyer admirable de culture et de sagesse, et tout à la fin, Athènes ravagée par la peste, bûchers, cancres et désolation. Le poème, comme les choses emportés dans le déclin, va vers son extinction finale, retourne à la cataracte de l'entropie universelle. On se demande depuis deux mille ans si Lucrèce a bien achevé son poème, si cette fin calamiteuse et... [Lire la suite]

08 juin 2015

Du CHAOS et de la NAISSANCE : LUCRECE

  LUCRECE, chant V, 423 à 427   "Les innombrables principes des choses, d'innombrables manières, Ebranlés par les chocs, emportés par leur poids, Depuis un temps infini n'ont cessé de se mouvoir De s'unir en tous sens, de tenter toutes les créations Que leurs combinaisons étaient capables de former"   Et plus loin : 436 à 439 "C'était une tempête nouvelle, une masse inouïe D'atomes de toutes sortes dont la discorde confondait Les distances, trajets, liaisons, poids et chocs, Mouvements et rencontre en une... [Lire la suite]
05 juin 2015

Le TEMPS et la DECLINAISON : LUCRECE

  "Vois les gouttes d'eau qui tombent sur la pierre Avec le temps elles finissent par percer cette pierre". Lucrèce, IV, 1286- 1287.   La pierre figure le stable, le solide, le permanent. Pourtant c'est l'élément fluide qui l'emporte à la fin, et tout à la fin, emporte toutes choses dans l'indéterminé. Entropie généralisée, loi de nature. La pierre figure un système stable-instable, comme tous les systèmes, étoiles, pierres, végétaux, animaux, humains. Stable dans le court terme, instable, périssable dans le long. Un... [Lire la suite]
04 juin 2015

PENSER par SOI-MEME : de l'expérience.

  Que signifie "penser par soi-même" ? C'est expérimenter sans préjugé, sans affiliation dogmatique, sans souci de justifier une thèse quelconque, en se rendant disponible à l'expérience, en accueillant ce qui se présente dans un esprit d'ouverture. C'est dire aussi que la pensée, dans un premier temps, doit se taire, s'effacer devant l'événement, quelqu'il soit. La chose est plus difficile qu'il n'y paraît : nous pensons trop, et mal. D'abord les faits, la pensée peut venir après, et de toute manière elle vient toujours assez... [Lire la suite]
02 juin 2015

DERVICHES TOURNEURS : du vide

  Ils tournent, ils tournent, tout de blancs vêtus, la tête penchée sur un côté, ils tournent inlassablement, en cercle, ils sont une quinzaine, silencieux, concentrés, à courte distance les uns des autres, sans un regard alentour, ils tournent - autour de quoi ? De l'espace vide, au centre, espace hors langage, espace vierge. Ils ne regardent ni le centre, ni alentour : ils sont entièrement ramassés en eux-mêmes, tête penchée, regard absent. On sent que rien ne saurait les distraire, les arracher à leur méditation silencieuse,... [Lire la suite]
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26 mai 2015

De la VERITE APOLLINIENNE : EPICURE

  Ce qui sépare à jamais l'épicurisme d'une banale et plate complaisance au plaisir - l'hédonisme facile du "dernier des hommes" - c'est la découverte préalable, et l'assomption du tragique indépassable de la condition humaine. On n'a pas toujours clairement vu sur quel fondement Epicure construit sa belle philosophie apollinienne, qui, en un sens, apparaît comme une contradiction flagrante avec ses prérequits. Un univers multiple et infini, un éparpillement inconcevable de corpuscules emportés dans le tourbillon éternel, des... [Lire la suite]

25 mai 2015

Des DEUX VERITES

  La vérité c'est qu'on n'a pas de rapport direct à la vérité. Ce qui fait que la question de la vérité se décline selon un rapport double. Au premier niveau se profile et se voile cette "vérité terrible" du fondement sans fondement, ce que Nietzsche désignait du nom de "dionysiaque" : hors représentation, hors savoir et hors raison, l'écoulement infini et l'incertitude maximale, ou encore le pur réel sans image ni symbole, échappant à toute prise et toute conceptualisation. Pourtant il faut bien parler de vérité, sous les... [Lire la suite]
20 mai 2015

De la DOULEUR ORIGINELLE : SLOTERDIJK

  Dans sa remarquable étude sur Nietzsche ("Le penseur sur scène", page 193, Bourgois éditeur) Peter Sloterdijk écrit ceci : "La sagesse dionysiaque n'enseigne pas une délivrance de la douleur ; elle ne croit pas à la fuite vers le haut ; au contraire, elle offre une connaissance qui délivre au moins de la souffrance de la souffrance". Je ne prétendrai en rien rendre compte ici de la pensée de Sloterdijk, dont, je l'avoue, je ne saisis pas toujours les arcanes décisifs. Je me contenterai de vaquer et de batifoler au gré de mes... [Lire la suite]
19 mai 2015

DE l' EFFET de REEL

  Je voudrais risquer ici une formule, sans garantie : le réel c'est ce qu'on ne voit pas. Formule éminemment paradoxale, à rebrousse-poil de l'opinion courante, qui, à l'inverse, déclare réel ceci que je vois, dans l'évidence de la perception immédiate. Mais justement, la perception n'est jamais immédiate, elle est toujours déjà formalisée par l'habitude, la mémoire et les codes langagiers. "L'opinion est toujours vieille" disait Bachelard, et comme telle un obstacle épistémologique, une entrave à la libre vision des choses. A... [Lire la suite]
18 mai 2015

De la VERITE HORS REPRESENTATION

  Si la vérité est hors représentation Alors toutes les représentations sont également indécidables - hors vérité, leur valeur réside dans l'opérativité, fictions utiles ou inutiles, nocives ou thérapeutiques. Quant à leur valeur morale éventuelle c'est la société qui en juge selon son état propre de civilisation, de culture, d'avancée ou de régression, pure convention normative. Toutes les cultures reposent sur un impensé structurel, ensemble plus ou moins organisé d'options vitales, mythes, religion, art, savoirs, normes de... [Lire la suite]