18 janvier 2017

La PERTE et l' OUVERTURE

  Il faut tenter de se familiariser avec l'image d'un moi perforé, troué de toutes parts, effeuillé. C'est cette image que l'on rencontre d'ailleurs chez certains écrivains vieilissants, qui ont vécu suffisamment pour ne plus adhérer à toutes les sornettes de l'époque, qui dans le tremblement même, dans une apparente fragilité, conservent en dépit de tout je ne sais quelle assurance inébranlable. Tout vacille, tout branle, leur corps fatigué, leur humeur chancelante, mais ils sont toujours là comme au premier jour, souples et... [Lire la suite]

17 janvier 2017

Du SENS de la PERTE

  A lire certains ouvrages de psychanalyse la vie ne serait qu'une suite ininterrompue de pertes, jusqu'à l'ultime qui emporte le bonhomme dans la tombe. Charmante cantate, entre le Miserere et le Dies irae ! De quoi vous dégoûter d'être né ! Certaines pertes, de fait, sont définitives et irrémédiables. On ne retrouvera jamais la mère orale qui vous a donné le sein. Mais qui, adulte, a vraiment envie d'être nourri au sein ? On préférera, je suppose, une solide choucroute agrémentée d'une belle pinte de bière ruisselante de... [Lire la suite]
16 janvier 2017

DU TOUT ILLIMITE : EPICURE

  Voici quelques propositions simples : Epicure, Lettre à Hérodote, 38, 39. "Rien ne naît du non-être. Rien ne retourne au non-être. Ainsi le tout était toujours tel qu'il est maintenant et il sera toujours tel : car il n' y a rien en quoi il change, puisqu'en dehors du tout il n'est rien en quoi, s'il y pénètre, il puisse se transformer."   Pour comprendre correctement ces propositions il faut bien voir qu'elles portent sur le tout en tant que tout, et non sur les formes internes qu'il recèle. C'est le tout qui ne... [Lire la suite]
12 janvier 2017

QUI SE RACONTE DES HISTOIRES ?

  Ce qu'on appelle le moi pourrait s'interpréter comme la somme des histoires que se raconte un sujet. Histoires intimes, histoires du passé et du présent, projections imaginaires vers un avenir inconnaisssable, histoires d'amour, de haine et de vengeance, de bonheurs arrachés, de malheurs ruminés, de traumatismes au long cours, de rêveries languissantes ou agitées, histoires interminables, histoires à n'en plus finir... Jusqu'au dernier jour de la vie, jusqu'au dernier souffle, le moribond rêve encore, s'acharne encore à rêver,... [Lire la suite]
10 janvier 2017

COMMENT LIRE les PHILOSOPHES

  Il y a deux manières de lire. La première consiste à écouter soigneusement le texte, à étudier les rapport entre les diverses thèses, à chercher le fondement de l'oeuvre, sa logique interne, voire à débusquer le secret de sa naissance et de son développement. Le lecteur se met entre parenthèses, autant qu'il est possible, pour lire exactement ce qui est, sans y ajouter de son crû, ou en retirer. C'est l'idéal universitaire, ou celui du philologue. Apprendre à lire est un moment nécessaire de toute formation. Il faut en passer... [Lire la suite]
09 janvier 2017

La CONSCIENCE TRAGIQUE : Héraclite

  "Le nuisible, salutaire". Je ne puis m'empêcher de songer à Hölderlin : "Où est le danger, croît aussi ce qui sauve". Le danger est ce qui menace. Le nuisible est présent, agissant comme force dissolvante. C'est d'abord une catégorie médicale, comme l'est aussi le salutaire. On a voulu tirer de ce fragment une leçon thérapeutique, ce qui n'est pas, a priori, interdit. Mais le sens est plus ample. Nous cherchons de toutes nos forces à éviter le nuisible, craignant pour notre santé, ou pour notre vie. Mais il est évident qu'on... [Lire la suite]
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06 janvier 2017

HADES et DIONYSOS : Héraclite

  "Mais c'est bien le même que Hadès et Dionysos... ". Hadès est le dieu des morts, ou le séjour des morts. Déclarer qu'il est le même que Dionysos est d'abord perçu comme une provocation, un renversement proprement stupéfiant, voire hérétique. Dionysos n'est-il pas le symbole de la vie luxuriante, affranchie de toutes normes et tutelles, débordante de vitalité, qui emporte les Ménades, les Bacchants et les Bacchantes dans une ivresse déchaînée, vers les montagnes, les forêts sauvages, pour y célébrer, dans l'ensauvagement, les... [Lire la suite]
05 janvier 2017

De l' AMBIVALENCE et de la CONTRARIETE

  Aux commentaires avisés de plusieurs lecteurs, que je remercie au passage, je voudrais apporter ci-devant un modeste addendum :   En latin "altus" signifie aussi bien haut que profond. "Sacer" : saint, vénéré, auguste, mais aussi : maudit, exécrable. Le pharmakon, en grec désigne le poison aussi bien que le remède. On pourrait multiplier les exemples. D'un point de vue logique c'est incompréhensible : depuis Aristote, nous sommes attachés au principe d'identité : A=A, et encore : A ne peut être en même temps et sous le... [Lire la suite]
04 janvier 2017

L' ARC et la LYRE : Héraclite

  Je m'essaie à suivre Héraclite dans les sentes abruptes de sa pensée. Parfois je suis ébloui par une intuition soudaine, à rebrousse-poil, qui déroute la représentation, oblige à tourner le regard, non certes selon la logique surannée de la "conversion", mais sur le mode impromptu, imprévisible, d'une "subversion", regard de biais, comme celui que la mythologie prêtait à Apollon "au regard oblique". Faut-il reppeler qu'Apollon, avant de devenir le dieu policé des arts et de la musique - le dieu à la lyre - était, dans une... [Lire la suite]
03 janvier 2017

ASSEMBLAGES : Héraclite

  Ce court fragment : "assemblages : entiers et non entiers" (sullapsiès : hola kai ouk hola), correctement interrogé, nous mènera au coeur de la pensée d'Héraclite. Il suffit de prendre les mots tels qu'ils sont, et de peser leurs rapports, en écartant toute interprétation tendancieuse. "Assemblages" caractérise les "panta", tous les êtres qui sont, tous les corps, tous assemblages de parties, de fragments, d'éléments constitutifs. Ils sont "entiers", comme est une biche, une cruche, un homme. " Entiers" vient d'abord parce... [Lire la suite]
Posté par GUY KARL à 16:22 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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