15 mars 2018

PETIT ADDENDUM à l'article précédent

  Petit addendum, certes, mais, selon moi, du plus grand poids : si par le langage nous sommes séparés des choses il n'en faut pas conclure que les choses n'existent pas, ou qu'elles soient négligeables. Sur ces questions fondamentales, et de haute conséquence, je me découvre très résolu, moi qui le suis si rarement, et qui sur tant de sujets n'ai guère de position arrêtée. Le réel, ça existe, mais non point sur le mode de l'être : apparence, apparition plutôt, ou apparaître des apparences, cela insiste, cela se fait entendre,... [Lire la suite]

15 mars 2018

GORGIAS : du non-être et du langage

  D'après Sextus Empiricus, Gorgias "met en place, dans l'ordre, trois propositions fondamentales : premièrement, et pour commencer, que rien n'existe ; deuxièmement que, même s'il existe quelque chose, l'homme ne peut l'appréhender ; troisièmement, que même si on peut l'appréhender, on ne peut ni le formuler ni l'expliquer aux autres". La difficulté majeure, dans cette exposition, tient au sens que l'on donne à la première proposition. "Ouden estin" : faut-il traduire "rien n'existe" alors que le grec dit "rien n'est" ? Ce... [Lire la suite]
13 mars 2018

Journal du 13 mars 2018

  Je m'inquiète quelquefois, je l'avoue, de ce que pourraient devenir mes écrits après ma mort. J'y attache peut-être une importance excessive, n'ayant pas, que je sache, révolutionné la philosophie par une idée géniale, ni renouvelé en profondeur l'art poétique. Oeuvre modeste et casanière, mais oeuvre quand même, dont je me représente mal qu'elle disparût sans laisser de traces. Mais, à y réfléchir de plus près, elle a surtout valu pour moi, dans la tension d'un esprit désireux d'atteindre à la clarté, et nul ne peut jurer... [Lire la suite]
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12 mars 2018

De la MORT de SCHOPENHAUER

  Après son déjeuner, comme il fait tous les jours, il va s'asseoir dans son fauteuil pour une petite sieste réparatrice. Il s'endort doucement. Quand la bonne, un peu plus tard, vient dans le salon, elle s'aperçoit qu'il est mort. Ainsi donc il a glissé insensiblement du sommeil dans la mort. Il ne s'est rendu compte de rien, il était vivant, il n'est plus. Le plus remarquable en cette affaire c'est qu'il ne sait pas qu'il est mort. Il ne l'a pas vue venir, il n'a pu s'y préparer, l'anticiper, la redouter ou la souhaiter :... [Lire la suite]
09 mars 2018

DESIR et JOUISSANCE : Lucrèce

  C'est peu de dire que Lucrèce, en son De Natura Rerum, peigne les illusions de la passion amoureuse : bien mieux, il décrit l'impasse du désir et de la jouissance. "Morsures, aiguillons, blesser, brasier, arracher, combat ..." - un vocabulaire guerrier pour dépeindre "la fureur", "la violente ardeur" qui consume l'homme  en proie au désir, qui, désespérant d'atteindre "sa proie" s'acharne en vain sur le corps de la belle, et ne pouvant la saisir toute, toute entière à la fois, "erre incertain sur le corps tout entier".... [Lire la suite]
08 mars 2018

Des CONDITIONS de la PENSEE

  Le printemps s'avance dans les branches... Il fut un temps où je me battais pour des idées. Je m'exaltais, je me fâchais, je ruais, je fumais. Cela n'est plus. Il faut laisser aux idées la place qui leur revient, rien de plus, rien de moins. Cela ne signifie pas que je m'abandonne aux sentiments. Si le senti-ment comme dit l'autre, il ne ment pas toujours : il dénote une présence au monde et à soi qui n'est pas négligeable, un certain réel malgré tout. Si je souffre il est bien vrai que je souffre, même si cette souffrance a... [Lire la suite]

07 mars 2018

Du STYLE et du NIHILISME : sur Flaubert

  Un discours, qui se tenant par "la seule force interne de son style" serait "à lui seul une manière absolue de voir les choses". Dans cette phrase Flaubert définit la position de l'artiste et de l'écrivain modernes. Il n'est plus question, en effet, de transcrire une réalité pré-ordonnée, mais de créer de toutes pièces, par le style et lui seul, un monde qui se tienne "par une manière absolue de voir les choses" : absolue, c'est à dire détachée de toute référence pré-existante qui ferait autorité et qui imposerait un sens.... [Lire la suite]
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05 mars 2018

"VIEIL OURS" - un conte

  On m'appelle "Vieil Ours". Ce n'est pas mon vrai nom, mais il n'y a plus personne pour le connaître. Tous mes proches sont morts depuis longtemps et il m'arrive parfois d'envier leur sort. A chaque étape de ma vie on m'affublait d'un nouveau nom, à se demander si j'étais bien le même au fil du temps. Enfant on m'appelait "Petit âne". J'étais en effet solitaire, rétif, pensif comme un âne. Je pouvais rester très longtemps à contempler le ciel, debout dans la prairie, oubliant le boire et le manger. Je ne repoussais pas mes... [Lire la suite]
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03 mars 2018

PENSER, PANSER

  Penser c'est panser la perte. Tenter de la compenser. Hélas, peine perdue que de calculer à l'infini les pertes et les gains. Médiocre arithmétique. Mieux vaut faire pas de côté, se lancer dans la brèche, esquisser pas de danse. La perte ouvre à l'ouvert : ici soit ta demeure, mobile et immobile, indélogeable.
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28 février 2018

NEIGE : poème

      Neige, ma neige, ô merveilleuse neige     Si rare en ce pays du Sud     Saupoudré de soleil !       Je revois mes campagnes du Nord     Etangs gélés, joncs hérissés,     Les patineuses qui tournoyaient, foulard au vent,     Leur sourire et leur rire de joie, leur effroi,     Je me chantais un poème à demi oublié,     Les paroles me gelaient dans la bouche     Et tout le corps dansait !     ... [Lire la suite]
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