21 décembre 2018

MELANCHOLIA IV : de la connaissance mélancolique

  Thomas Mann, qui connaissait bien l'oeuvre de Freud, a déclaré que la psychanalyse est "une connaissance mélancolique". Que faut-il entendre par là ? On ne saurait se contenter de l'idée trop facile que la psychanalyse serait triste ou engendrerait une vision triste de l'existence. Une des qualités majeures que depuis toujours on reconnaît au mélancolique c'est la lucidité, la perspicacité : en voilà un qui ne s'en laisse pas compter, qui voit en toute chose ce que les autres n'y voient pas, qui décèle dans le jeu des passions... [Lire la suite]
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20 décembre 2018

MELANCOLIA III : HIPPOCRATE et DEMOCRITE

  Une autre source importante pour la constitution d'un discours sur la mélancolie sera le délicieux petit roman par lettres intitulé "Sur le rire et la folie", attribué à Hippocrate, mais sans doute de rédaction plus tardive. Les habitants d'Abdère, craignant pour la santé mentale de Démocrite "qui rit de tout et de tous", ne respecte rien et semble possédé par quelque démon malfaisant, font appel à Hippocrate pour qu'il délivre un diagnostic ad hoc. Avant de statuer, en artisan avisé, Hippocrate s'informe. Il ne croit pas... [Lire la suite]
19 décembre 2018

MELANCHOLIA II : de l'excès et de l'exception

  Voilà deux jours que je suis titillé par une question qui m'est venue au décours de ma relecture du Traité d'Aristote "L'homme de génie et la mélancolie" et du brillant commentaire qu'en donne Jackie Pigeaud (ed.Rivages). C'est l'idée qui apparaît en sourdine, discrète mais insistante, d'un surplus, d'un excès, d'une ex-ception par rapport au régime ordinaire, "normal" de la vie psychique. Le traité invoque l'action de la bile noire, considérée tantôt comme un fait de nature qui détermine un tempérament (le tempérament... [Lire la suite]
17 décembre 2018

MELANCHOLIA : la bile noire

  Le petit traité attribué à Aristote "L'homme de génie et la mélancolie" a connu à travers les siècles un immense succès. Il servit longtemps de référence aux médecins et aux aliénistes pour tenter de comprendre cette étrange pathologie que depuis lors on nomme mélancolie, la bile noire. L'auteur du traité considère positivement que cette affection est déterminée par des causes physiologiques, rompant avec d'anciennes traditions qui invoquaient l'action des dieux ou quelque dérangement mentaL S'il y a dérangement mental c'est à... [Lire la suite]
14 décembre 2018

Des LIVRES et de la VOIE

  Ce matin, considérant depuis le couloir mon bureau ouvert à la lumière, je me dis : le bonheur c'est ça ! Mon bureau est plus qu'un bureau, c'est une bibliothèque, une salle de méditation, un fumoir, un jardin pour recevoir des amis, pour boire, deviser, réfléchir, rire et philosopher. C'est la devise d'Epicure : il faut tout ensemble rire et philosopher - et surtout "sum-philosophein", philosopher ensemble. Mais d'abord ce lieu enchanté est mon jardin intime, où fleurissent mes roses et mes épines. J'y convie de nombreux... [Lire la suite]
13 décembre 2018

GAME OF THRONES : une bonne nouvelle

  Entre autres activités hautement culturelles je me plais à visionner méthodiquement la série "Games of Trones" dont on aurait grand tort de méconnaître la portée philosophique. On y trouvera d'étincelants dialogues sur la nature du pouvoir, l'art de duper les hommes et de les conduire à la crainte, à l'aveuglement volontaire et à la servitude, de savoureuses saillies sur la stupidité, le fanatisme, la croyance aveugle, il est vrai dans un contexte d'une épouvantable cruauté. Rarement l'horreur insigne de la condition humaine... [Lire la suite]
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11 décembre 2018

NOTE du 11 décembre 2018

  Quelque lecteur s'étonnera peut-être que dans la confusion actuelle je puisse tranquillement continuer à étudier Héraclite ou Pyrrhon, comme si rien ne se passait dans le pays et dans le monde. Je me suis donné pour règle de m'abstenir, en dépit de la démangeaison qui me prend à de certains moments, à voir la détresse publique, l'injustice et l'incurie générale. A cela deux raisons : la première est que je n'ai aucune qualité particulière à faire valoir et que mon opinion ne vaut ni plus ni moins que celle du premier venu.... [Lire la suite]
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10 décembre 2018

"NATURE AIME A SE CACHER" - Héraclite

  "Nature aime à se cacher" - c'est ainsi que l'on traduit d'ordinaire la sentence d'Héraclite : phusis kruptesthai philei. Traduction évidemment exacte dans la littéralité, mais faussement évidente. Dans leur étude "Héraclite ou la séparation" Jean Bollack et Heinz Wisman traduisent : "la chose comme elle vit aime à se cacher". Et-ce encore une traduction, ou une interprétation ? Ils ont manifestement eu le souci de déplier la notion de "phusis" (nature) pour faire entendre le sens originel de ce terme : la poussée vitale. ... [Lire la suite]
07 décembre 2018

De la PRISE de CONSCIENCE

  Dans les articles précédents j'ai soutenu la thèse, d'ailleurs fort classique, que la prise de conscience est l'agent principal qui permet d'introduire une variable, une déclinaison, une dérivation par rapport au déterminisme psychique, exprimé en termes de causalité aveugle - le karma. Mais il ne suffit pas de le dire, il importe d'en examiner la nature et les conditions. Il est à peu près impossible de dire ce qu'est la conscience. Quand on cherche à la définir on en vient à remplacer un mot par un autre, ce qui n'éclaire... [Lire la suite]
06 décembre 2018

La CONSCIENCE et la CAUSALITE

  Mythologiquement le samsâra est le cycle indéfini des naissances et des morts. Psychologiquement il exprime l'idée de la souffrance attachée à l'existence aliénée, au désir inconscient, contamninée par le triple poison de l'avidité, de la répulsion et de l'ignorance. Dans les écrits les plus anciens du bouddhisme Hinayana - le petit véhicule - l'accent est mis sur l'effort, la prise de conscience qui devrait mener à la libération, exprimée en terme d'extinction, ou de nirvâna. Le samsâra enveloppe l'idée du karma : toute... [Lire la suite]