29 octobre 2018

Le NU, le RIEN, le REEL : sérénité pyrrhonienne

  Je me suis efforcé de suivre la pensée de Pyrrhon jusqu'aux ultimes implications, car, profondément, cette démarche était devenue la mienne. Je m'aperçois qu'il est impossible d'aller plus loin si l'on ne veut pas ruiner l'entendement. Mais il faut dire que Pyrrhon ne s'attaque jamais à l'instinct vital, et qu'à tout prendre, si on y réfléchit sérieusement, il viserait plutôt à le libérer, rendant à chacun son droit fondamental à choisir selon ses convenances, débarrassé des opinions creuses et du poids de la tradition : si... [Lire la suite]
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26 octobre 2018

FRISSON du MATIN : fantaisie

  La nuit a tout emporté, tout balayé. Le matin me saisit, neuf, impromptu. C'est le miracle du matin, nouveau matin du monde... Philosopher c'est oublier le tout de hier, plutôt : accueillir le jour nouveau qui fait qu'il n'existe plus rien de hier. Se tenir à l'origine. Chaque matin c'est l'origine : à l'orée, aux rivages de la lumière. La sensation emporte tout : Héraklès aux écuries d'Augias. Il y a ceux qui veulent compiler, amasser, bâtir un système. De jour en jour, de nuit en nuit, ils comptabilisent. Ce sont les... [Lire la suite]
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25 octobre 2018

Le DIRE et le DIT

  Dire c'est entrer dans la langue pour signifier une impression, une image mentale, une idée. Mesurons l'écart insondable qui sépare le vécu, l'imaginé, le pensé de son expression verbale. C'est un changement de plan - une métaphorisation - qui entraîne à la fois une déperdition et un gain. Déperdition du côté de l'impression dont la richesse, la nouveauté et l'intensité ne se peuvent dire correctement : les mots manquent toujours à faire sentir le senti. Et gain sur le versant de la communication : ce qui était purement... [Lire la suite]
24 octobre 2018

PARADOXE du DIRE

    Le matin quelquefois m'apporte ses chances et ses incertitudes. C'est presque plus que je n'en peux supporter. Un vide saisissant, comme si le vide avait émigré à la surface des choses. J'en suis presque tétanisé, comme figé dans la mutité. Je mesure combien les mots et tout l'arsenal de la pensée nous écartent de la sensation vraie : j'en titube presque. Est-il encore bien nécessaire d'écrire ? Je comprends mieux pourquoi Pyrrhon n'a rien écrit, ni Bouddha. Sans doute ont-ils voulu éviter de figer quoi que ce soit :... [Lire la suite]
23 octobre 2018

De la DEPRISE

  Il n'est pas bon de lire trop de livres. La culture philosophique a aussi ses inconvénients et ses dangers. On pense trop, on se perd dans les subtilités de la langue. On finit par croire que la vérité est dans la langue, alors que la langue n'est qu'un système conventionnel destiné à l'échange. Si l'on n'y prend garde le piège se referme sur nous, et alors nous devenons des bavards et des prétentieux. Il faut sans cesse revenir à l'originaire. Mais si je pense : "il faut revenir à l'originaire" je fais de l'originaire un... [Lire la suite]
19 octobre 2018

De l' ERRANCE

  Errare humanum est : se tromper est humain, soit : l'erreur est humaine. Le verbe "errer" ne vient pas de errare mais de iterare, qui signifie cheminer - songeons à l'itinéraire. Iter c'est le chemin. Errer c'est aller, marcher, cheminer, puis dans un sens péjoratif, aller au hasard, de droite et de gauche, "vaguer" - terme remarquable hélas tombé en  désuétude, mais qui inspire encore le divaguer, vaguer à tort et à travers. Mais on peut entendre, sans forcer le trait, dans notre "errer" une lointaine consonance avec le... [Lire la suite]
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18 octobre 2018

EXERCICE de VACUITE

    C'est ma pratique à moi, mon exercice spirituel - encore que ce terme de spirituel me semble surchargé de notations douteuses - de me déprendre par degrés de toute référence, de toute notion de sens, de valeur et de finalité, m'efforçant au dépouillement intégral, considérant la viduité du ciel, l'indifférérence du sort, la vanité de nos représentations, la non-signifiance universelle comme une donnée infrangible et définitive. Ce n'est pas facile, compte tenu de notre farouche besoin de croire, de notre tenace désir... [Lire la suite]
17 octobre 2018

L'ATELIER DE L' ECRIVAIN : journal du 17 octobre 2018

  Qui n'aimerait visiter l'atelier d'un Botticelli, d'un Vermeer ou d'un Matisse, du vivant de l'artiste bien sûr, le surprenant, tout barbouillé de couleurs au milieu de ses créations, avec peut-être, en prime, le spectacle d'une jeune personne dénudée posant pour la postérité...Chez le peintre on imagine volontiers quelque secret incommunicable, dont les toiles ne donneraient qu'un avant-goût, et qui, peut-être se révèlerait au détour, à qui saurait y voir. C'est l'avantage du peintre : il travaille sur image, il fait rêver... [Lire la suite]
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16 octobre 2018

De la MALADIE de l'AME : Diogène d'Oenanda

  "Voyant que la plupart des hommes sont malades de fausses opinions sur les choses et n'écoutent pas le corps, les plaintes importantes et justes qu'il porte contre l'âme, à savoir que, par elle il est tourmenté injustement, accablé et entraîné vers des choses non nécessaires....nous avons voulu venir au secours des hommes de bonne composition". Dans ce passage Diogène d'Oenanda nous livre un diagnostic médical : la maladie vient d'un enflure de l'âme lorsqu'elle se laisse aller à des aspirations infinies qui nous vouent à... [Lire la suite]
15 octobre 2018

A QUI S' ADRESSE UNE PHILOSOPHIE ?

  En théorie une philosophie s'adresse à tous les hommes, du moins si l'on considère que tous les hommes sont des êtres pensants, susceptibles d'évoluer vers la connaissance. C'est ainsi que Diogène d'Oenanda se propose "de venir au secours des hommes de bonne composition" en leur enseignant les remèdes contre la maladie de l'âme. Mais la formule même - des hommes de bonne composition - implique une réserve : elle établit une frontière entre ceux qui sont aptes à la guérison et les autres. Le critère thérapeutique vient... [Lire la suite]