17 juin 2008
ESSAIS PYRRHONNIENS
Je donne ici une petite suite philosophique consacrée à l'apologie de Pyrrhon, sage d'entre les sages, considéré dans l'Antiquité comme un homme remarquable à tous égards, puis vilipendé par la tradition universitaire qui se gausse des sceptiques en général, et de lui en particulier. Je voudrais simplement signaler que deux esprits de premier ordre, Montaigne, et à sa suite Pascal l'ont tout à fait compris, au point de se mesurer à lui, soit dans le sens de la continuité (Montaigne) soit de l'opposition inconditionnelle(Pascal). L'ennemi par excellence pour le penseur chrétien c'est Pyrrhon, là où Montaigne y voit plutôt une prodigieuse école de libération. J'ajouterai que pour bien goûter les essais qui suivent le lecteur intéressé devrait lire le remarquable travail de Marcel Conche "Pyrrhon ou l'apparence" chez PUF.
J'ajoute enfin, que de mon point de vue, Pyrrhon s'élève à la hauteur d'un Boudhha, et que le pyrrhonisme dûment compris et appliqué devrait nous dispenser de nous perdre dans les méandres du bouddhisme, philosophie que j'honore au plus point, mais qui ne me semble pas adaptée véritablement à notre monde. Je pourrais approfondir ce point si des lecteurs m'y convient.
De plus je traite longuement et abondamment de Pyrrhon et du pyrrhonisme dans le livre ici publié sous le titre "PHILOSOPHIE DE LA NON PENSEE". (EDITIONS 3) Le lecteur y verra une tentative personnelle de penser et de pratiquer un pyrrhonisme moderne en gestation.
APHASIE
Aphasie, non-parole. Ici je distinguerai l'aphasie du mutisme. Je considérerai le mutisme comme une conduite pathologique en réservant le terme d'apahasie, contre l'usage moderne, à une attitude philosophique délibérée, choisie, soigneusement définie. Seul Pyrrhon, que je sache, s'est prévalu de cette position extrême, alors même qu'il parlait d'abondance, à en croire son biographe, Diogène Laerce, quitte à parler tout seul si l'auditoire se dérobait. On l'imagine aisément discutant avec ses gorets avant de les emmener au marché pour les vendre et s'assurer sa subsistance. Dans un remarquable roman à lui consacré, Patrick Carré nous le présente ouvrant une école de non-philosphie, sans préciser quels étaient ses véritables disciples. A côté des habituels curieux et envieux je gagerais volontiers que les gorets occupaient une place plus qu'honorable, compte tenu de l'extrême difficulté de la pensée pyrrhonienne. Le goret n'est-il pas un remarquable exemple de conduite aphasique, et, notons-le tout de suite, de placidité éthique. Diogène nous raconte que Pyrrhon, traversant la mer, fut effroyablement secoué par la tempête. L'équipage, affolé, criait et vitupérait, implorait les dieux de la mer et du ciel. Seul un aimable goret, dans un coin du bateau, gardait une belle indifférence, continuant sans vergogne à s'empiffrer de paille et de farine. Pyrrhon, absolument ravi, se tourne alors vers l'équipage et lance à la cantonnade : "Qu'avez-vous à trembler, hommes stupides, quand un simple goret vous donne l'exemple de la juste conduite philosophique?". Précisons pour finir que Jean Pierre Coffe, dans cette illustre lignée, déclare à qui veut l'entendre que le cochon est le meilleur ami de l'homme. Parenté oblige!
Aphasie délibérée, dis-je. Non parole. Ne pas parler pour ne rien dire, premier niveau. Mais plus profondément, et merci ici à François Jullien pour ses remarquables travaux sur la Chine antique, est-il bien raisonnable d'identifier parler et dire? Nous nous croyons tenus de dire "quelque chose", donc d'énoncer une vérité sur l'être des choses, par exemple : le triangle est formé de trois angles dont la somme est égale à deux droits. Peut-être, mais aussi, peut-être pas. Qu'en savons nous? C'est invérifiable, puisque pour vérifier je suis tenu de poser d'abord des définitions et des axiomes, sans garantie aucune. Bref tout discours sur l'être est une impossibilité, comme nous l'avons abondamment montré dans les précédents articles. En toute rigueur je ne puis rien dire de rien. Silence, on tourne! Dès lors la parole philosophique est menacée dans son existence même. Faut-il se taire définitivement? C'est évidemment la tentation ultime, à laquelle le sage finit souvent par céder après des années de discussions et de disputes souvent vaines. Patrick Carré nous présente en effet Pyrrhon, très agé, renoncer à son titre de grand Prêtre d'Hadès, abandonner sa cité, errant sans fin dans les fourrés de la montagne proche. Mais avant? Avant la retraite définitive Pyrrhon enseigne. Mais comment peut-on enseigner si l'on ne peut rien dire sans se dédire? Eh bien il est deux solutions. La première consiste à ne parler que pour contredire, ruiner le dogmatisme, pourfendre l'aristotélicien, le platonicien, le stoïcien et tous les autres, jusqu'à leur faire rendre gorge. Mais lui, que dira-t-il ensuite? Rien, justement. Il aura accompli son oeuvre de torpillage universel. Ironie socratique portée aux ultimes conséquences! Deuxième solution, qui est strictement parente de la première: ne parler que dans le souci de ruiner à mesure ce que l'on dit, dans un parasitage méthodique et impitoyable. On voit que si le pyrrhonien ne ménage pas le partenaire, il ne se ménagera pas davantage, craignant plus que tout que sa position se réifie en doctrine stable, fixe et finalement dogmatique. Tel est le piège qu'il faut perpétuellemnt désamorcer dans un travail d'autocontestation perpétuel. C'est par là que le pyrrhonien échappe à la contradiction. Position difficile entre toutes, voire intenable. Mais c'est celle des mystiques vrais, de ces hommes qui ont mesuré l'écart infranchissable entre les mots et les choses, l'inanité sonore des paroles face au réel, la viduité des discours et le ridicule des affirmations et des négations. Qui sommes-nous pour prétendre dire quelque chose sur "les choses".
Chacun, en lisant ce texte, peut mesurer la hardiesse et la difficulté abyssale de l'exigence pyrrhonienne. Aussi s'est-on empressé de défigurer, oblitérer, salir et condamner cet Héraklès de la vérité. Tous les grands penseurs et poètes de l'originaire ont connu pareil destin, flottant entre le refus obstiné, l'ostracisme et la démence. Que ferait-on aujourd'hui d'un Diogène kunique, d'un Pyrrhon, d'un Héraclite? Triste époque dont le seul titre de gloire est d'avoir marché sur la lune en dévastant la terre!
Je ne sais ce qu'il faut penser de tous ces nobles exemples. En fait il ne faut rien. Que chacun s'examine et juge par soi. Il est une forme de vacuité qui nous fait hésiter entre le sentiment du vide le plus accablant et l'exaltation de la plus haute vérité. Telle est l'oeuvre de la sagesse, et de la poésie, son intime compagne GK
LA NON-DIFFERENCE
Voici le texte canonique sur lequel nous pouvons nous appuyer pour dégager pleinement la position philosophique de Pyrrhon:
"Timon son disciple dit que celui qui veut être heureux a trois points à considérer : d'abord quelle est la nature des choses ; ensuite dans quelle disposition nous devons être à leur égard : enfin ce qui en résultera pour ceux qui sont dans cette disposition.
Les choses, il les montre également in-différentes, im-mesurables, in-décidables. C'est pourquoi ni nos sensations, ni nos jugements, ne peuvent, ni dire vrai, ni se tromper.
Par suite, il ne faut pas leur accorder la moindre confiance, mais être sans jugement, sans inclination d'aucun côté, inébranlable, en disant de chaque chose qu'elle n'est pas plus qu'elle n'est pas, ou qu'elle est et n'est pas, ou qu'elle n'est ni n'est pas.
Pour ceux qui se trouvent dans ces dispositions, ce qui en résultera, dit Timon, c'est d'abord l'aphasie, puis l'ataraxie " (texte d'Aristoclès dans Eusèbe, préparation évangélique XIX, 18, 1-4)
Texte difficile, certes, extrèmement ramassé, mais qui dit bien l'essentiel. Nous allons essayer de le comprendre ( Je précise que je m'appuie partiellemnt sur le travail remarquable de Marcel Conche dans son livre : "Pyrrhon ou l'apparence" chez PUF). Mais la lecture que je donne ici est personnelle.
"Si tu veux être heureux". Nul n'est forcé de désirer le bonheur, mais la vraie philosophie, pour un Grec, ne saurait avoir d'autre but. Ce qu'on appelle l'"eudémonisme". (Eudaimonia : bonheur, ou félicité) .Le problème n'est pas le but ( l'ataraxie) mais le moyen. Là dessus Epicure et Pyrrhon divergent. Mais tout deux commencent par s'interroger sur nos pouvoirs de connaissance et sur l'image du monde que nous construisons. Epicure part des atomes et du vide, Pyrrhon part d'une question : est-il en notre pouvoir de connaître?
A partir de cette hypothèse pratique (être heureux) il faut considérer trois points:
1) Quelle est la nature des choses? Traduction boîteuse, mais impossible. Que dit le texte, heureusement conservé, et peu contestable? "Hopoia péphuke ta pragmata" Littéralement : comment sont nées (advenues) les affaires ( au sens de : les processus universels) Pephukè est lié à physis, la nature, exprimant l'idée de "naître, engendrer, que le latin entend encore dans nasci , natura; naissance, origine, processus de croissance. Il s'agit donc bien de la "nature", la "physis", l'éternelle croissance de ce qu'on appelle l'univers. Puis nous avons "pragmata" qu'il faut bien distinguer de "eonta" généralement utilisé en grec. Eonta ce sont les êtres, les étants en toute rigueur. Mais Pyrrhon, à la différence d'Aristote, ne parle pas des eonta, les étants, mais utilise un mot très vague, et pluri-sémantique : pragmata, de prattein, agir. Pragmata : les affaires, les actions, les événements. Rien de substantiel, rien qui évoque l'être, ou les étants comme réalités stables et constantes. Nous l'avons déjà dit : dans le champ de pensée de Pyrrhon ni d'être ni de non-être, rien que des apparaître, des processus ou des phénomènes ( en grec ce qui apparaît) .
Résumons. Il faut, pour être heureux, avoir une idée juste de la "nature "des "choses", donc comprendre que l'homme n'est pas une substance stable face à des étants stables doués de substance et connaissables par elle, il n'est pas en présence d'un Etre métaphysique, souverainement caché dans les replis de l'apparence. Il n' a affaire qu'à des "pragmata", des manifestations précaires, èphémères, transitoires, des glissements, des passages. Univers chaotique et incompréhensible, comme le dit nettement le second point. Tout connaissance ruinée dans son principe l'homme pyrrhonien pourra se débarrasser des opinions et jugements qui gangrènent notre vie mentale et se préparer au bonheur. Voilà une forme d'ascèse qui a de quoi surprendre, voir choquer la conscience moderne.
2) Ces "pragamata", ces "choses" ( pour bien saisir il faut opposer chose à objet. l'objet est une construction sensorielle et mentale d'un sujet connaissant, ou croyant connaître. La "chose" pyrrhonienne est totalement étrangère à la re-présentation). Il y a sans doute "quelque chose", il y a sans doute des phénomènes, des "existants" passagers, mais nous ne pouvons les connaître. Il sont, nous dit le texte "également in-différentes, im-mesurables, in-décidables". Egalement, car dans cet univers sans forme et sans substance tout s'équivaut dans l'indéterminé. "In-différents" car comment distinguer quoi que ce soit si rien ne possède de substance propre pour la définir, la saisir dans un concept? "Im-mesurables" puisqu'il n'est plus de critère de mesure, toute chose équivalant à n'importe quelle autre? Un insecte vaut une étoile sous le regard in-différent du pyrrhonien. "In-décidables" , évidemment, en l'absence de tout critère de vérité, de préférence et d'action. "Nihilisme"de la connaissance dira Marcel Conche. Je n'aime pas beaucoup cette interprétation de nihilisme, qui fait pencher le balancier vers le néant, et la mort. Je vois plutôt dans Pyrrhon une tentative sans concession de penser les conséquences d'une "ignorance définitive et finalement savante : docte ignorance.
Ce qui en résulte, et cela est mieux connu, c'est que le pyrrhonien ne fait confiance ni aux sens ni à la raison, à aucun instrument de connaissance, puisqu'en somme, pour nous répéter, la connaissance est définitivement impossible. D'où le caractère "imperturbable" de la conduite pyrrhionienne. Etrange aboutissement, mais parfaitement cohérent, pour un homme que la tradition qualifie de sceptique: le pyrrhonien a sa certitude à lui, qui défait irrévocablement toutes les autres (les dogmatiques) et cela suffit, que dis-je, cela conditionne et assure son bonheur!
On comprend mieux, je crois, l'attitude polémique de Pyrrhon : combattre sans relâche toute position qui fait confiance aux pouvoirs de l'esprit humain, qui ne sont qu'illusions et forfanterie. Dépouillement radical et sans reste de notre immodestie native, disons pour faire moderne, de notre narcissisme. On voit mieux pourquoi la tradition vomit Pyrrhon, et les universitaires au premier chef, auxquels Pyrrhon dérobe le pain quotidien de leur office!
3) Aphasie. Impossible en effet de dire quoi que ce soit de sensé sur "la nature des choses" si toute chose échappe à notre prise. Suit un étrange ballet de dénégations : d'une chose je ne puis dire qu'elle "est". Mais je ne peux davantage dire qu'elle "n'est pas" ( pour les mêmes raisons, la négation étant l'envers de l'affirmation) . Je ne puis dire qu'elle est tout en n'étant pas. Je ne puis dire qu'elle n'est pas tout en niant qu'elle n'est pas! Véritable casse-tête chinois, qui ne laisse pas de nous évoquer les apories subtiles des bouddhistes. Par exemple: après sa mort, le Bienheureux est il vivant ou pas vivant. Je ne puis dire qu'il est vivant. Mais je ne puis dire qu'il est mort. Je ne puis dire qu'il est à la fois vivant et non-vivant. Je ne puis affirmer qu'il soit à la fois non-vivant et pas non- vivant! Gageons que Pyrrhon s'est transformé en redoutable logicien extralogicien au contact des Hindous. La démarche est étonnamment convergente, jusque dan les termes. Mais comme nos érudits français ne connaissent pas la pensée orientale, pour la plupart du moins, il vont taxer la pensée de Pyrrhon de contradiction dans les termes, de fumisterie, et se gausseront de ses "pirouettes sophistiques". En l'affaire ils ne ridiculisent qu'eux-mêmes!
Ni sens, ni raison: l'homme nu dans un univers inconnaisdsable, définitivement étranger, obscur, impénétrable. On comprend ce qui a fasciné Montaigne, épouvanté Pascal : "cet espace infini m'effraie". Il y a de quoi! Vertigineux Pyrrhon, penseur de la vacuité! Plus moderne que le plus moderne d'entre nous, quand on voit nos savants et nos penseurs se perdre dans de vaines subtimlités sur l'essence ultime de l'univers! En attendant les hommes continuent opiniâtrement à cultiver leur folie meurtrière. Pyrrhon disait avec amertume; "Il est bien difficile de dépouiller l'homme" en s'appliquant la sentence à lui-même. Ne s'est-il pas surpris lui-même à redouter l'attaque d'un chien, et à sauter, toutes jambes envolées, dans le refuge d'un arbre, avant que d'avoir compris ce qui lui arrivait? C'est que nous sommes un ventre et un thymos avant que d'être des génies pensants! GK
16 juin 2008
QUIETUDE PYRRHONIENNE
Difficile de parler de la quiétude sans risquer d'innombrables contresens. Lorsque Pyrrhon déclare la quête terminée je ne pense qu'il faille en conclure que toute connaisance est devenue nocive. En particulier rien n'empêche la poursuite de l'exploration empirique (Pyrrhon en voyage à travers l'Asie) ni des expérimentations scientifiques (Euclide, Archimède) ou des observations médicales (Hippocrate). Il s'agit de bien distinguer les niveaux, comme nous l'enseigne traditionnellement la philosophie. Rien n'empêche l'exploration de la nature. Après tout le sceptique, pyrrhonnien ou académique, se définit comme un scrutateur, un chercheur. Mais de ce point il ne faut pas conclure que l'homme puisse véritablement connaître quoi que ce soit: il "connaît selon les organes qui le constituent et dans les limites que lui assigne la nature, même s'il peut, par la technique, élargir considérablemnt le champ d'observation. En dernier lieu c'est bien l'homme qui tient le microscope, ou le télescope, et qui fait les calculs mathématiques. Il nous est impossible, étant situés dans la nature, de sortir totalemnt de la nature. On ne peut qu'observer, expérimenter et théoriser. Mais ce qu'est réellement la structure de l'univers nous n'en savons rien. Einstein comparera le travail du physicien à un horloger qui étudie une montre fermée sur soi : quoi qu'il fasse l'horloger reste extérieur à la montre et ne peut dire que ce qui lui apparaît. C'est exactement l'idée des anciens sceptiques : le miel me semble doux, mais je ne sais rien de la réalité de ce miel, et j'ajouterais volontiers, à titre personnel : même si je peux réduire ce miel en éléments atomiques et en donner la formule. Ce ne sera jamais qu'une formule, et après tout une autre civilisation en donnera une autre qui n'est pas forcément absurde. Relativité indépassable.
En quoi tout cela éclaire-t-il notre propos? La position de Pyrrhon est tout à fait claire, à condition de se situer correctement dans le champ de la connaissance. Nous ne percevons que des phénomènes, c'est à dire des "apparences", des "apparitions", mieux encore, des "apparaître", on si l'on veut, des processus chimiques, électriques, magnétiques, psychiques, socio-culturels, politiques etc. tous organisés par notre structure cérébrale et environnementale. Montaigne dira très très simplement, et efficacement;" nous n'avons pas de communication à l'être". ( Montaigne est peut-être le seul, avant Marcel Conche, qui ait compris quelque chose au pyrrhonisme; voir l'Apologie de Raymon Sebond dans le livre II des Essais). Sans accès à l'être véritable, s'il existe, nous sommes rangés à la mesure commune d'une certaine ignorance fondamentale, gachée le plus souvent par une incorrigible présomption. Mais Pyrrhon va encore plus loin: il ne croit plus à l'existence d'un être transcendant. Derrière ou en-dessous des phénomènes il n' y a rien. L'apparence n'est pas l'apparaître d'un être celé et inconnaissable. Nous n' avons aucune raison de postuler l'existence d'un être par delà les phénomènes. (Idéalisme ou matérialisme, même illusion) "Les phénomènes l'emportent sur tout" - qui n'est rien! Radicalisme: Pyrrhon est réputé "inébranlable". Entendons: ce qui fonde l'inébranlabilité de Pyrrhon c'est ce "savoir" paradoxal que toute connaissance humaine n'est que d'invention ou de convention (Démocrite), qu'on n' y peut rien, et qu'on n'y pourra jamais rien. L'histoire et les progrès scientifiques n' y changent rien puisquu'on ne peut sortir de notre structure mentale. Ce n'est pas une donnée historique, mais structurelle. L'homme peut savoir "des objets définis par le sujet", mais non les choses mêmes, définitivement hors d'approche. Je pense que c'est là le dernier mot, le plus ancien, le plus vénérable, et le plus profond de la sagesse grecque qui retentit chez Pyrrhon de manière absolument admirable avant d'être définitivement refoulée par l'Occident conquérant. C'est cela que je visais en disant que l'Occident a raté sa rencontre avec l'Orient des gymnosophistes.
Cette forme très spéciale de renoncement est évidemmlent au coeur de la pensée asiatique. Voir Lao-Tseu dans le Tao Te King : "le sage diminue tous les jours"; il faut non pas apprendre, mais désapprendre, se dépouiller de toutes les dogmes, de toutes les idées même. Ne plus penser. "Non pensée vaut mieux que pensée". Et Bouddha : renoncer à la quête métaphysique, lassante, interminable, épuisante et finalement inutile. Dans un soutrâ il examine soixante deux positions métaphysiques successives, puis les détruit sans vergogne, ne laissant rien qui puisse calmer la soif du disciple. Radicalement, tout savoir est de trop, et ne fait que gâter l'esprit, nourrissant la convoitise, la soif, le désir, la passion, - et le doute. Plus je pense moins je sais. Eh bien allons au bout, ruinons le savoir, dégageons, expectorons, polissons le miroir pour découvrir enfin qu'il n' y a ni esprit à nettoyer ni miroir à polir. Virginité. Spontanéité!
Qu'on me permette enfin une dernière approximation, assez inattendue il est vrai! Quel est le but dernier de la psychanalyse? Découvrir que le maître supposé savoir ne sait rien que je ne sache (sur moi) et que le vrai travail consiste, après une quête longue et difficile, à renoncer au savoir, ce qu'ils appellent "la castration symbolique". Le sujet visait l'impossible. Il situe dorénavant l'impossible non dans quelque lointain fumeux, mais au coeur même de la recherche, comme sa limite et son secret ultime. "Voius en savez assez, ne regrettez rien, vivez désormais sans vous soucier de ce qui fut, qui aurait pu être et n' a pas été, quittez les vains regrets, les vaines chimères de savoir et de pouvoir, et encore une fois, vivez!"
Vivez si m'en croyez, n'attendez à demain
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie (Ronsard)
Je l'avoiue, quant à moi je ne puis plus penser autrement. Je crois avoir intégré cette leçon de la sagesse antique. S'il m'arrive encore de m'échauffer pour quelque idée, vient vite le bon génie qui me rappelle à la mesure: "Rien de trop". Et notre science, pour admirable qu'elle soit en bien des domaines, n'est elle pas aussi l'expression d'une ambition prométhéenne, d'une folie collective de domestication et de maîtrise (Descartes: devenir "comme maîtres et possesseurs de la nature", ah le funeste projet!) qui accroit sans doute le bien-être pour certains, mais jette des milliards d'individus dans la détresse et nous fait miroiter je ne sais quel avenir glorieux qui s'éloigne à mesure qu'on croit avancer: le progrés, "ce cul de sac qui avance".
Après cela, demandez en quoi ce bon vieux bonhomme de Pyrrhon peut nous intéresser encore? Toutes ces spéculations, qui paraissent bien vaines à l'esprit pressé, sont d'une actualité indépassable, d'une profondeur inégalée. Je me réfère constamment à Epicure, et j'ai raison. Mais Pyrrhon apporte quelque chose de plus, à un autre niveau. N'attendez rien du savoir, le savoir est impossible. Aussi laissez cette quête qui vous détourne de vivre. "Occupez-vous de votre ventre" disait Epicure. Pyrrhon pourrait ajouter:"Menez la quête assez loin, pour comprendre enfin que vous n'obtiendrez rien par cette voie. Ce renoncement, cette suppression ( je dis bien suppression et non suspension) est seule capable de vous délivrer de cette fureur qui vous aveugle, et partant de vous assurer la quiétude".
La quiétude au delà du savoir! Voilà la bonne nouvelle. Dans cette formule finale Pyrrhon achève l'enseignement grec des sages ( Démocrite, Epicure, puis Lucrèce : "Rien de trop. Pas plus ceci que cela". Non-différence des choses sous le regard de l'insignifiance cosmique. Equanimité, sérénité, quiétude enfin!
Pour la petite histoire souvenons-nous que Epicure prenait régulièrement des nouvelles de Pyrrhon, qu'il estimait digne de sa sollicitude, à la différence des réputés phraseurs de son temps. Les deux hommes étaient contemporains, mais on ne sait s'ils se sont jamais rencontrés. Pour ma part je les marierais volontiers, n'en déplaise aux bégueules, dans les plaines sombres de l'Hadès - et dans le ciel lumineux de l'Olympe! GK
15 juin 2008
PYRRHON
Ce n'est pas par vaine exhibition culturelle que je tiens tant à parler de Pyrrhon, mais pour une raison simple : ce vieux sage a quelque chose à nous enseigner sur la pratique de la vie. Mais chez les Grecs ce projet éthique est toujours précédé d'une enquête sur la possibilité et les résultats éventuels de la connaissance. Pour bien agir il faut bien savoir, et savoir si l'on sait, et jusqu'où l'on sait, si toutefois il est possible de savoir. La plupart des auteurs admettent implicitement que la connaissance, pour être limitée, est au moins possible dans son principe. L'originalité de Pyrrhon est de ne pas se satisfaire d'une telle position de principe : il va interroger la possibilité même de connaître. Notons qu'un tel procès avait déjà été entamé par les Sophistes, en particulier Gorgias, puis rejeté avec vigueur par les philosophes idéalistes: Socrate, Platon et Aristote. Pyrrhon est en quelque sorte l'héritier de Gorgias, de Démocrite, et bien sûr des Gymnosophistes hindous. Que pouvons- nous savoir? Et plus radicalemnt encore : la connaissance est-elle possible pour l'homme?
C'est ici que nous rencontrons une première difficulté. la tradition unversitaire fait de Pyrrhon l'initiateur du scepticisme. Cela n'est vrai qu'à demi. Disons tout de go que Pyrrhon est plus radical que les dits Sceptiques dont le représentant le plus lisible est Sextus Empiricus. "Skepticos" veut dire : qui examine, qui scrute, qui cherche. Le sceptique, comparant toutes les thèses en présence (technique sophistique) les suspend l'une après l'autre en dégageant les raisons de son invalidité. A chaque thèse on peut toujours opposer une autre thèse (je ne dis pas antithèse), laquelle pourra être suspendue par une troisième, et ainsi indéfiniment. Quel est l'objet de ce jeu de massacre? C'est de nous faire voir la vanité de toute position de principe, de toute thèse quelle qu'elle soit, puisqu'aucune ne résiste longtemps à un examen approfondi. Machine de guerre antidogmatique, la méthode sceptique est suspensive : ruiner la croyance, la crédulité, l'approbation et la négation, faire une sorte de vidange à la fois sensitive et intellectuelle, à la suite de quoi on aura ruiné toute confiance dans les sens (qui sont trompeurs et relatifs) et dans la raison, qui n' a pas d'appui sûr par elle-même. Résultat : la suspension de toute croyance, cause de dépendance et d'attachement passionnel, et de la sorte, accès à l'ataraxie (absence de troubles). Notons en passant que nous avons rencontré cette notion d'abord chez Epicure, puis dans la définition du yoga). Pour faire bref on dira que le scepticisme est une école du doute méthodique, de la suspension du jugement (l' épochè) et de la sérénité. Le sage, dégagé de toute crédulité, de toute obédience, de tout dogme et de toute position affirmative ou négative goûtera pleinement la tranquillité de l'âme et la sérénité. On comprend aisément pourquoi Montaigne s'est senti si proche des sceptiques.
Et Pyrrhon? Sceptique bien sûr dans le sens général du terme. Mais Pyrrhon ne se contente pas de suspecter les sens et la raison, de proposer une suspension générale de la croyance. D'une certaine manière le scepticisme classique s'arrête à mi-chemin. Sextus dira que le sceptique ne se prononce pas sur ce qu'est en soi une chose, mais qu'il ruine toute position sur l'idée que nous en formons. Par exemple : je ne sais pas si le miel est en soi doux ou amer, je me contente de dire qu'il me semble qu'il soit doux. Je me prononce sur la représentation dont je suspecte la validité, mais non sur la réalité ultime de la chose dont je ne puis rien savoir. En fin de compte le sceptique se replie sur une position de prudence, s'abstenant de se prononcer sur les choses" cachées" ou invisibles (adèla) . De la sorte sa machine de guerre ne fera pas trembler grand monde, puisque la fameuse séparation entre le monde apparent et le vrai monde, entre les phénomènes et les "choses en soi", entre les apparences et l'être véritable (à supposer qu'il existe) ne sont en rien dépassées. On comprend pourquoi plus tard sceptiques et platoniciens se retrouveront du même côté dans une étrange alliance entre "académiciens " et "sceptiques", Cicéron par exemple.
L'originalité de Pyrrhon est par là totalement annulée.¨Pyrrhon ne conserve en rien ces subtiles distinctions entre apparence et réalité, entre monde phénoménal et vérité en soi. C'est la notion d'être , si chère à Platon, qui vole en éclat sous le boutoir pyrrhonien. Où donc voyez-vous de l'être quand tout s'écoule, fuit, passe et repasse, quand rien n' a nulle part la moindre consistance? Impermanence, écoulement, changement, fugitivité: tout coule et rien ne demeure, c'est Héraclite qui l'avait définitivement établi. Mais alors, s'il n'est nulle part d'être stable, de substance fixe, d'essence identique à soi c'est tout le principe de la connaissance qui s'écroule! Le cauchemar de Platon réalisé! Le vrai révolutionnaire ce n'est le benoît sceptique selon Sextus qui se contente de suspendre son jugement, en préservant soigneusement le ciel intelligible et l' être platonicien, c'est Pyrrhon qui vient dynamiter la notion même d'Etre, fondement de la philosophie grecque, puis romaine et chrétienne! Avant de naître deux siècles plus tard le christianisme est déjà réfuté dans son fondement même, chez Pyrrhon. Et s'il n' y a plus d'être, il n' y aura pas davantage de Non-être : si je ne puis affirmer je ne puis nier, or qu'est ce que le non-être sinon la négation de l'être?
Mais alors, ni Etre ni Non-Etre ? Parfaitement! C'est toute la métaphysique qui s'écroule, avec ses notions creuses : idées, concepts, substance, essence, en soi, être et non-être. Fin du dualisme qui oppose l'apparence à la réalité, la terre au ciel, le phénomène à la vérité. Un seul monde, celui des "choses" qui apparaissent, disparaissent, se relient les uns aux autres, font des formes passagères et s'évanouissent, sans que jamais le temps ne s'épuise et que la nature ne s'arrête de créer, de relier et de dissocier. Univers sans valeurs, sans différences, sans relief, univers inhumain de l'in-différence de toutes les choses, de la non-connaissance, et finalement de l'insignifiance radicale. Tout s'égalise sous le regard du sage : la vie, la mort, le sommeil, la veille, la guerre, la paix, le juste, l'injuste. Toutes les conventions révèlent leur indépassable caducité. Rien de vrai, rien de faux. Rien que des "apparaître". Comme le dira Timon : "Les phénomènes l'emportent sur tout"; Ou, si l'on veut : il n' y a rien d'autre que des phénomènes, et c'est en vain que l'esprit inquiet et fébrile cherchera quelque vérité stable dans cet écoulement des mondes, dans cette avalanche ininterrompue, dans ce fourmillement gigantesque des choses indifférentes. La non-différence dans l'ordre des "choses" fonde l'indifférence éthique : A peut être A mais aussi bien Non-A; le juste se révèle souvent le plus injuste, le vrai ne vaut rien de plus que le faux , et de toute manière ce ne sont que conventions dont il est impossible de sortir faute de référent sur quoi se baser, le Bien de Platon par exemple, la raison universelle des Stoïciens, ou plus tard le Dieu de Descartes.
On voit ce que la pensée de Pyrrhon peut avoir de renversant : nous sommes totalement hors des catégories ordinaires de la civilisation occidentale. On mesure aussi les conséquences de la future victoire des Platon et Aristote sur les Epicuriens et les Pyrrhoniens: C'est tout un monde qui s'éloigne de nous et qui se perd dans l'inconscient occidental. Il est temps, grand temps, de réveiller ces morts-là, qui nous interpellent du fond de la tombe.
L'évangile de Pyrrhon, c'est : fin de la quête. Vous goûterez la paix quand vous aurez compris qu'il n' y a rien à chercher, rien à trouver. Il n'y a rien derrière ou en-dessous ou au-delà des phénomènes. Il n' y a pas d'autre monde, d'arrière monde ou de supra-monde. Il n' y a rien de caché, de mystérieux. Tout est là, et en même temps, tout cela qui est là est inconnaissable, immaîtrisable et finalement indifférent. Sérénité du sage dans l'épaisseur inviolable des mondes. GK
14 juin 2008
PYRRHONNISME
PYRRHON d'ELIS : représentant ultime de la sagesse grecque à l'époque hellénistique, contemporain d'Alexandre le Grand qu'il accompagne jusqu'aux Indes. C'est là qu'il fut initié aux techniques et philosophies orientales, auprès des "gymnosophistes" - les sages nus - dont il admire la profondeur de vue et la conduire imperturbable. C'est là un moment fort de l'Histoire : Orient et Occident se rencontrent, échangent un temps des techniques et des idées. L'immense empire d'Alexandre, ingérable dès la mort du conquérant, se fragmente en Etats gréco-asiatiques sous la conduite des généraux macédoniens. Mais cela ne peut durer bien longtemps. La Grèce est si loin! Et bien entendu les rivalités entre factions vont ruiner rapidement toute organisation. De cette époque datent néanmoins de très belles oeuvres sculpturales, des textes remarquables (notamment bouddhiques "Les questions à Milinda", entretien légendaire entre un moine et un roi grec). On rêve d'une rencontre qui aurait été durable et qui aurait donné à l'Occident une autre orientation, moins techniciste et plus contemplative. Encore une occasion manquée, comme plus tard celle du nouveau monde.
Elis était une ville du nord-est du Péloponèse célèbre à deux titres. Chargée de l'entretien et des préparatifs d'Olympie, le siège des Jeux, Elis occupe une position particulière qui la met relativement à l'abri des guerres helléniques. On ne saccage pas une ville qui a la responsablilité des Jeux Olympiques! Second point, fort intéressant pour notre propos, Elis est la seule ville grecque qui ait un temple en l'honneur de Hadès, le dieu des morts. L'"horrible Hadès" (citation d'Homère), avec Perséphone la grimaçante, règnait sur l'empire souterrain. A son retour de la campagne d'Asie, auréolé du prestige du héros et célèbre pour sa conduite irréprochable, Pyrrhon est nommé grand prêtre du santuaire, en charge de l'entretien et du culte. Pyrrhon accepte une charge assez légère, jouit d'un statut enviable, et surtout, indépendant à tous égards, il peut méditer à loisir sur la vie, la mort et l'éternité. Par ailleurs on nous le présente élevant ses gorets, labourant et cueillant, avec sa soeur, des légumes pour les vendre au marché. Après les aléas d'une campagne outrageusement épuisante Pyrrhon goûte aux délices de la vie, à proximité immédiate de la ville d'Elis, cultivant son champ, enseignant ses gorets, ses seuls véritables disciples, aux subtilités sceptiques, et par ailleurs s'acquittant honorablement de ses fonctions sacerdotales.
Pyrrhon croit-il aux dieux? Difficile de répondre en l'absence de textes significatifs, d'autant que notre sage s'abstient soigneusement d'écrire, comme Socrate. Pyrrhon est un homme de parole, entendons un redoutable discoureur et dialecticien, célèbre pour la facilité et l'abondance de ses diatribes. Et si l'auditeur, lassé de l'entendre, se détourne et retourne à ses affaires, Pyrrhon continue imperturbablement à enseigner tout seul. Et qu'enseigne-t-il? La non préférence, "pas plus ceci que cela", une sorte de non-différence qui a nom "adiaphoria" : non choix, non sélection, non opinion, non pensée, non attachement,dans le sens oriental du terme. Etrange philosophie, et surtout pour des Grecs batailleurs, acharnés à la dispute et à la controverse, toujours prompts à la critique, rompus de longue date aux arguties des philosophes et des sophistes. Mais Pyrrhon ne se décourage jamais. Ce qu'il veut enseigner, il en est convaincu jusqu'à l'os! Etrange certitude pour quequ'un que la tradition désignera comme initiateur du scepticisme. Un sceptique convaincu et inébranlable dans ses postures, qu'est-ce à dire? On dira que c'est une contradiction majeure, que Pyrrhon est soit un illuminé sans jugeotte, soit un mystificateur. C'est en fait ne rien comprendre à sa pensée, qui ne devient accessible pour nous que si nous faisons un petit détour par L'Orient.
Commençons par cette citation de Timon, son disciple:
"O vieillard, o Pyrrhon, comment et d'où as-tu trouvé moyen de te dépouiller
De la servitude des opinions et de la vanité d'esprit des sophistes?
Comment et d'où as-tu dénoué les liens de toute tromperie et de toute persuasion?
Tu ne t'es pas soucié de chercher à savoir quels sont les vents
Qui dominent la Grèce, d'où vient chaque chose et vers quoi elle va.
Voici, o Pyrrhon, ce que mon coeur se languit d'entendre :
Comment fais-tu donc, étant homme, pour mener si aisément ta vie dans la tranquillité
Seul parmi les hommes, leur servant de guide à la façon d'un dieu?
Il faudrait reprendre chaque mot pour dégager une leçon cohérente. Ce texte dégage en fait l'essentiel: la position de Pyrrhon est d'abord négative. Ne pas se préoccupoer de savoir des choses inutiles pour la conduite de la vie (D'où viennent les vents, d'où viennent les choses et où elles vont etc) Une certaine indifférence pour le savoir scientifique ou technique. De fait on peut comparer avec Bouddha qui refuse les questions métaphysiques "inutiles pour la délivrance". Cela ne veut pas dire qu'il faille rejeter le savoir. Il faut et il suffit de ne pas s'y attacher, de ne pas adhérer : "se dépouiller de la servitude des opinions, de la vanité d'esprit " ; Ne pas s'y croire, ne pas affirmer, ne pas nier, ne pas s'enthousiasmer pour des doctrines, toujours incertaines (le "Que sais-je? de Montaigne) , toujours révisables et régulièrement démenties et amendées. Et à l'inverse ne pas rejeter avec mépris, ne pas nier - de quel droit pourrait-on nier quoi que ce soit? Qu'en savons-nous? Qui sommes-nous pour prétendre savoir? Savons-nous seulement si et quand nous savons? Et quand savons-nous et quand ne savons nous pas? Où est le critère? D'où viendrait-il? Des sens? Mais que valent les sens en dehors de l'usage pratique de la vie? Pourquoi seraient-ils fiables quand il nous disent tantôt une chose et tantôt son contraire.? Le relativisme est ici, après les sophistes, ( et notamment après Anaxarque dit le Bienheureux, le maître de Pyrrhon que celui-ci rejoignit dans l'armée d''Alexandre) réaffirmé de manière polémique et tonitruante, ruinant de fait toute proposition, rendant intenable toute prise de de position dogmatique. Après Pyrrhon on ne peut plus affirmer, nier, affirmer que l'on sait, nier que l'on sache, savoir que l'on nie, de fait on ne peut plus tenir aucun discours cohérent, hormis le rejet de tout discours : APHASIE, c'est à dire non-jugement, non-parole, silence philosphique, d'autant plus remarquable que notre homme parlait énormément, non pas pour dire quelque chose, mais pour montrer qu'il ne fallait pas dire. Non-parole infinie, silence fécond. C'est dans le même esprit que les bouddhistes affirment: en quarante ans d'enseignement Bouddha n'a jamais prononcé une seule parole!
On dira que c'est contradictoire? Ce l'est si on se place dans la logique binaire, celle du tiers exclu, celle d'Aristote : entre A et non A il n'est pas de tiece possibilité. Mais ici on change complètement de référent: non seulement le tiers exclu est possible, il est nécessaire. Non ne pouvons a priori décider qu'il n'est pas d'autre possibilité que A ou non A. De quel droit? Quel dieu nous aurait appris cette "vérité"? Où trouvons-nous un critère sûr, si ce n'est dans la pure et simple convention (leçon de Démocrite: convention que le doux, convention que l'amer, convention que la justive, convention que l'injustice) Le sage n'est pas le valet des conventions qui sont toujours l'arme du despote. Le sage ne reconnaît aucune autorité, si ce n'est celle de l'universelle nature. En toute rigueur, le sage est le spontané par excellence. Spontanéité de nature, hors nome, hors moralité, hors convention hors autorité, hors loi et hors foi. En ce sens , et en ce sens seulement, le sage est "comme un dieu parmi les hommes".
Juste un mot encore, pour aujourd'hui. J'ai oublié Hadès le dieu des morts. Sans doute n'est ce pas hasard. On oublie volontiers ce dieu-là, sans doute parce que c'est le seul vraiment vrai, - l'irrécusable. Ce que Pyrrhon avait parfaitement saisi. GK
13 juin 2008
CHOSE et OBJETS selon la théorie de Pyrrhon
Ce qu'on appelle "objet" est une représentation: : un agglomérat de sensation, de perceptions, de connaissances mémorisées, de savoir pratique ou théorique, d'intelligence fabricatrice ou spéculative, de concept enfin, lequel ramasse toute cette batterie de savoirs dans une synthèse plus ou moins exacte ou opératoire. L'objet peut être réel : voici une table, voici des chaises. Je vérifie la perception visuelle par le contact direct. Mais y -t-il un réel pur? L'objet est aussi support d'images connotées et concommitentes, liées à l'histoire du sujet.. La table peut évoquer les repas familiaux, un passé heureux ou malheureux. Je puis aussi me représenter une table en l'absence de toute table réelle et actuelle, puis me laisser emporter par l'imagination, évoquer une table d'opération, une table de la loi etc. Voici donc, à côté de la réalité sensible de la table perçue, une autre réalité, psychique, qui se mêle à la première, imaginaire, ou symbolique, tout un contexte , ou prétexte, formant cet ensemble extrèmement complexe que le mot "table "ne saurait épuiser. Le mot dépasse la chose, le mot tue la chose, le mot se passe de la chose, menant en quelque sorte une existence quasi autonome, essentiellemnt mentale, ce qu'on appelle justement la représentation. Mais la reprsésentaion n'est pas la chose, pas même sa copie, comme le pensaient les empiristes, ni même son ombre, comme le penserait volontiers le poète. Non, le mot est un mot, qui désigne non une chose en soi inconnaissable, mais un "objet" précisément, c'est à dire un X perçu et conçu par un sujet, c'est à dire une conscience vivante douée de faculté représentative.
Il importe donc de bien distinguer les objets et la chose. L'objet est ce que je connais ou crois connaître de cet x présent ou imaginé, ou symbolisé. L'objet n'est pas la chose mais une sorte de conglomérat à la fois réel et représenté. Qu'est ce qui est réel dans l'objet? Qu'est ce qui est mental? Comment pourrons-nous le savoir, si la science elle-même, pourtant "objective" comme on dit, ne peut être autre qu'une représentation conceptuelle réformée et revitalisée par la méthode dite scientifique. Einstein disait bien, comparant le réel à une montre, que l'homme peut observer la montre, étudier le mouvement des aiguilles, calculer le temps et autres expériences, mais ne saurait entrer dans la montre. Le réel est définitivement hors de portée, inconcevable et inconnaissable. Montaigne répétait sans cesse que nous n'avons aucune communication à l'être. Kant établiera la différence insurmontable entre l'objet connaissable, offert à la représentation, qu'il appelle le "phénomène" c'est à dire "ce qui apparaît" et l'"en soi" de la chose, dont nous ne savons rien. Nous observons le mouvement des électrons. Mais qu'est-ce au juste un électron, sinon le concept forgé de toute pièce pour désigner une sorte particulière de réalité qui présente d'ailleurs d'étranges caractères d'imprévisibilité, de mobilité, voire d'inventivité, à la manière des atomes d'Epicure et du clinamen de Lucrèce.(Voir la dessus un article de Marcel Conche: "Lucrèce et la physique quantique", addendum à son livre "Lucrèce et l'expérience"). On rétorquera que la science avance et découvrira la vérité. C' est oublier que la vérité n'est autre chose qu'un discours humain sur les objets, quelles que soient par ailleurs ses remarquables performances. Soit dit en passant, c'est là qu'on distingue la vétitable pensée pyrrhonienne des autres pseudo scepticismes : le pyrrhonisme ne condamne en rien la science, il admet tout à fait sa valeur, mais relative aux objets, non aux choses. Le progrès scientifique, indéniable et parfois faramineux ne change pas d'un iota notre condition fondamentale d'êtres sensibles et pensants coupés du réel (de la chose). J'ajouterais volontiers que cette idée est vraie aussi pour Démocrite que certains considèrent comme déterministe, et d'autres comme sceptique. Il est résolument les deux à la fois, déterministe quant aux objets repérables, et sceptique quant à la connaissance du réel : "la vérité est au fond du puits". Sur ce dernier point Pyrrhon est bien l'héritier de Démocrite, comme l'atteste la tradition, lui qui affirme l'inconnaissabilité des choses, de manière inébranlable.
Que dit Pyrrhon de la chose? Vocabulaire d'abord : il ne parle pas des "étants" (ta onta) comme le fait Aristote, pour bien distinguer la chose de l'être stable et permanent des idéalistes, de ces "essences" qui formeraient la substance des êtres. Il parle des "pragmata", des processus, ou des "phénomènes" , c'est à dire de ce qui surgit pour se figer instantanément dans la perception objectivante : je dis "le miel est doux". Je devrais dire "Ce qu'on appelle couramment miel, dont je ne sais rien, me semble doux quant à moi, encore que je ne puisse définir correctement le doux, ni savoir si ce terme correspond à autre chose qu'à une perception toute relative, coutumière et socialemnt catégorisée comme telle". La chose s'échappe définitivement sous l'enclume du langage. En toute rigueur, quand nous parlons nous ne disons rien, rien qui corresponde à un véritable savoir. Démocrite : "convention que le doux, convention que l'amer, convention que le vrai, convention que le faux" Si c'est là un lagage de déterministe je veux bien avoir la tête tranchée.
A présent tout s'éclaire " Inconnaissables sont les choses (pragmata), immesurables, non-différentes". En effet que puis-je donc mesurer si je n'ai aucune référence servant de critère? Aucune loi qui définisse les critères du vrai? Aucun moyen de distinguer une chose d'une autre? La rigueur de Pyrrhon est sans exemple, en Occident tout du moins, et je ne vois guère que les Bouddhistes Mahayanistes à pouvoir se mesurer à une telle altitude et profondeur. Mais là aussi, que veut dire altitude et profondeur? En latin les deux idées s'expriment par un mot unique (altus), tant il est vrai qu'à ce niveau-là toutes nos représentations défaillent.
09 juin 2008
DE LA CHOSE
Dans un tableau célèbre du XVIII, de Greuze si je me souviens bien, on peut voire une jeune fille en pleurs tenant dans sa main un petit oiseau mort. "Non, vous dis-je, s'écrie Diderot dans son commentaire, ce n'est pas l'oiseau mort que pleure cette jeune fille!" Je pense que Diderot a raison. Mais alors que pleure-t-elle? Ou qui pleure-t-elle, si nous faisons comme Freud parlant fort logiquement des "objets d'amour", même à propos de personnes vivantes. Que pleure cette jouvencelle? Bien sûr on peut estimer, en première lecture, qu'elle pleure son oiseau. Et cet oiseau n'est pas n'importe quoi, c'est un animal cher qu'elle a nourri, caressé, auquel elle a parlé et qui lui a peut-être été d'un grand réconfort. En un sens c'est une partie du moi, dont le deuil devra commencer. Un freudien s'empressera, comme le fit Freud lui-même, d'observer que le petit oiseau évoque irrésistiblement le pénis ( en allemand "vogel" veut dire oiseau et "vogeln" évoque l'activité érotique ; en français on parle volontiers du petit oiseau au sujet du garçon). Première interprétation: la jeune fille pleure un pénis qu'elle n'a pas, qu'elle avait sans doute dans l'imaginaire, ne serait-ce que sous les espèces d'un clitoris qui s'obstine à ne pas grandir. Donc il s'agirait de la prise de conscience de la différence anatomique des genres avec sentiment de perte irrécupérable. Cette version est confortée par d'innombrables contes enfantins qui présentent des scènes de castration féminine sous les oripeaux d'objets divers, ou d'animaux.
Soit. Mais l'explication est un peu courte. Pourquoi privilégier cette lecture-là quand d'autres sont possibles? On pourrait par exemple évoquer Winnicott et sa célèbre thèse sur l'objet transitionnel, ce nounours adoré que l'enfant traîne partout avec lui, ce bout de chiffon souvent crasseux qu'il s'obstine à sucer contre la volonté maternelle, et pourquoi pas, ces premiers animaux familiers, bien réels et vivants, mais qu'il considère un peu comme des parties de son propres corps, à la fois dehors et dedans, "objets" à la fois externes et internes, support de projections imaginaires, hésitant entre la sphère narcissique et la sphère objectale. Si j'interroge ma propre expérience je dois reconnaître que cet objet transitionnel est resté longtemps présent dans ma vie psychique, et je me demande quelquefois si j'y ai vraiment renoncé). Comprenons bien le sens de "transitionnel" : objet d'attachement sécurisant, réconfortant, qu'on trâine avec soi pour pouvoir aborder les risques de la vie externe, comme un trait d'union facilitant le passage du dedans (maternel) vers le dehors. Sans son petit oiseau notre jeune fille se sent insécurisée dans un monde inconnu, sans repères et sans objets d'attachement immédiat. On voit déjà pointer ici une certaine dimension symbolique, à côté de l'investissement imaginaire, car enfin l'objet n'a guère de valeur en soin, il n'est que le tenant-lieu, le représentant chosique d'une démarche de traversée difficile, et, en poussant un peu, un pré-signifiant de la présence de l'absent(e). Nous voilà déjà bien loin de l'interprétation directement sexuelle, et avouons-le, un peu courte : un garçon pleurant l'oiseau mort n'aurait jamais évoqué la perte du sacro-saint pénis, tout en relevant évidemment de cette seconde version des faits.
DE LA CHOSE suite
Remontant encore dans la préhistoire du sujet on estimera avec Mélanie Klein, que le véritable objet premier qui concentre sur lui tout l'amour, toute la voracité, l'envie et l'agressivité du nourrisson, c'est le sein, modèle absolu et indépassable de tous les objets à venir (pénis y compris). La perte du pénis imaginaire réactive la douleur de la perte du sein archaïque, bien différent du sein réel, objet fantasmatique s'il en est, et qui restera comme une référence indépassable à travers tous les déplacements psychiques à venir. Notre jeune fille ne sait pas, évidemment, qu'elle se retrouve présentement dans les dispositions psychiques d'un nourrisson qui vient de faire l'objet d'un sevrage douloureux et définitif. Ce qui est perdu est perdu à jamais, même si d'autres objets peuvent avoir leur charme par la suite, comme les objets expressément sexuels ou culturels. Nous voilà en pleine préhistoire de la psyché! Si vous estimez cette version controuvée et fabulatrice c'est que vous n' avez pas suffisamment observé ce qui se passe dans les grandes pertes douloureuses: ne se retrouve-t-on pas comme un petit enfant abandonné de tous, livré à la plus atroce "Hilflosigkeit" - détresse d'abandon, perte de secours, esseulement et affliction? Le sein perdu est le modèle virtuel de tous les objets possibles, ce qui ouvre à notre réflexion une dimension toute nouvelle.
Un pas de plus. Le sein n'est lui-même qu'un représentant de cette première sécurité, complétude et totalité que nous aurions connue dans les toutes premières semaines, et pourquoi pas, un pas de plus, dans l'utérus maternel? Dans ce cas il n'est même plus question de sein, de bon ou de mauvais sein, de satisfaction et de frustration : le sein, comme la langue l'indique d'ailleurs (au sein de ...) est le contenant, l'enveloppe, la peau, cet "in-objet" précédant tout objet différencié, y compris le sein organique de la mère, et qui se confond avec une irreprésentable présence globale, immanente, indéfinissable, toute vibrante de vie, mais d'une vie sans contour ni sujet : fusion archaïque, indistinction, peau et enveloppe commune, union originaire dont aucun symbole ne donnera jamais une idée adéquate.
Voilà où nous en sommes : eremontant vers le passé nous avons identifié successivement : pénis et objets péniens, objets transitionnels, sein organique fantasmé, sein-enveloppe imaginaire contenante, et pourquoi pas, en bout de course, ce qu'un auteur appelle 'l'in-objet, prototype impensable des objets à venir. Pour ma part j'aimerais plutôt évoquer une expression énigmatique de Freud qui oppose les objets et la Chose ( l'objet : die Sache . La chose : das Ding). Cette opposition me semble à la fois radicale, décisive, et mystérieuse. L'homme se débat dans un univers d'objets (identifiés, nommés, socialement connotés, valorisés ou dévalorisés, toujours fuyants et métonymiques sur fond d'inconscient, de fantasme inanalysable, dont le secret ressort serait précisément LA CHOSE. A travers les objets on vise la Chose, et bien entendu on la rate toujours, plus ou moins promptement. Forcément, puisqu'on ne peut remonter le temps et réintégrer le ventre maternel. Voir là dessus l'extraordinaire film de Almodovar "Parle avec elle" qui présente en toute lettre la scène fantasmatique d'une réintroduction du sujet dans l'utérus!). Inutile, sans doute d'ajouter, que cette "réintroduction" ne peut être qu'une forme ou une autre de suicide par disparition du sujet.
D'un côté nous désirons la Chose, mais nous savons qu'elle a le visage aimable et terrifiant de la mort. D'un autre côté nous voulons vivre comme sujet, et nous savons que cela se paie par une division définitive, où l'être est sacrifié à l'existence (comme modalité subjective, différenciée, individuée, vouée à la sexuaaité et à la mort). En radicalisant nous pouvons dire que nous avons le choix entre une mort psychotique par annihilation(mort totale) ou une "petite" mort de tous les instants, marqués par le rapport aux objets, satisfaction et déception, petite mort progressive mais inévitable que nous appelons la vie. Choix entre la voie directe (celle d'Empédocle se jetant dans le cratère de l'Etna) et la voie longue et indirecte (celle de Léonard de Vinci ou de Goethe repoussant la mort par la création, mais finissant comme toute chose, et tout objet, sous le hachoir du Temps. gk
De la CHOSE suite II
Pour en revenir à la clinique et y vérifier au moins partiellement nos propositions, je demande que l'on examine à nouveaux frais la dialectique des passions. Qu' y voyons-nous si ce n'est un détournement massif de la réalité ambiante au profit quasi exclusif et obsessionnel d'un "objet" (amante, collections diverses, sexe, pouvoir etc) dont Lacan écrit fort justement qu'il est élevé à la dignité de la Chose, devenant le signifiant absolu de la totalité toujours manquée mais que le sujet ( l'est-il encore?) s'efforce désespérément de réaliser, au moins sous forme de fantasme, cherchant pour ainsi dire à coller à la Chose au point de s'y engloutir. On pourrait continuer de la sorte avec l'examen des diverses addictions, comme la drogue, à laquelle finalement on sacrifie sa vie. Et enfin je verrai une autre forme, plus étrange peut-être, dans des états dits "maniaques" où le sujet se sent gagné par une sorte d'euphorie sans limite, capable de tout, et même de voler comme un avion si l'envie l'en prend, au mépris de toute réalité, et physique et sociale. On dirait que la personne réintègre le stade du narcissisme primaire et s'identifiait au Tout dont elle est pourtant manifestement séparée. D'où les conduites insensées, les comportements asociaux, provoquants, absurdes, irrationnels qui inquiètent l'entourage et finissent par nécessiter un internement provisoire.
On sait que la manie et l'hypomanie, forme atténuée de la première, sont le revers assez fréquent de la mélancolie, formant ce qu'on appelait jadis la maladie maniaco-dépressive et que notre psychiatrie récente qualifie plutôt de trouble bipolaire. Dans la mélancolie la Chose est vécue comme absente, trou blanc dans une structure blanche, ruinant tout intérêt possible aux objets, et dans l'état maniaque la Chose se présentifie dans un délire occasionnel aux conséquences redoutables. La forme exclusivement mélancolique ( trouble unipolaire) existe également, mais plus rarement. La tendance dominante est de considérer les deux états, mélancoliques et maniaques, comme l'envers et l'endroit d'un même désordre structural. Quant à en déterminer l'origine la bataille fait rage entre les "biologistes" partisans du tout-biologique et neuronal, et les "psychiques" qui, à la suite d' Abraham et de Freud, cherchent une origine historique, surtout dans les traumas de la petite enfance. Pour ma part je n'ai pas d'opinion définitive, chaque théorie ayant sa pertinence. De plus on voit bien qu'il faut, dans la pratique médicale courante, et des médicaments et un suivi psychologique. Cette querelle devrait bientôt cesser avec l'avancée des recherches.