Je me balade incessamment entre philosophie, psychanalyse, histoire, littérature et poésie. C'est là mon domaine, mon jardin de roses et d'épines. Avez-vous déjà vu des roses sans épines ? C'est une belle image de la sagesse, dont les fleurs se gagnent dans la peine et le labeur : bêcher, retourner, semer, planter sarcler, biner, arroser. Et surtout se faire le complice attentif et vigilant du temps, savoir attendre, patienter. Ce que je veux ne pèse guère en face du cela veut, ou du cela ne veut pas. Ce n'est pas un hasard si toutes les mythologies placent le souverain là haut-dans le ciel, assis sur les nuages, grondant et tempêtant, déversant le déluge sur la terre. 

"Celui-là, là-haut" disait mon grand-père, en levant les yeux au ciel. 

Dans la tradition chinoise on représente le ciel par un demi cercle ouvert vers le haut, et la terre, en bas, par un carré. Et l'homme entre les deux, relié à la terre par les pieds, au ciel par la tête.

Ce sont là de puissants archétypes mais qui ne devraient pas valoir en dehors de la sphère psychique. Or on a voulu y voir le symbole de l'ordre cosmique et la représentation du pouvoir politique. La théocratie, la monarchie de droit divin tirent de là, abusivement, leur justification : le roi, représentant de Dieu sur terre. Quand donc le sujet de Sa Gracieuse Majesté saura-t-il s'affranchir de la tutelle monarchique ?

Le seul domaine, disions-nous, où ces archétypes ont une valeur légitime, c'est l'ordre privé. La terre c'est le fondement, bien sûr, sur lequel s'édifie la personnalité. Les Grecs toutefois ont eu le génie de nous présentifier la sphère souterraine, domaine d'Hadès, des Titans, Cyclopes et autres monstres infernaux, signifiant par là que tout ordre repose sur un désordre antérieur, sur les fumées d'un chaos originel qui ne disparaît jamais, ne s'éteint jamais, et qu'à jamais il faudra nettoyer les écuries, construire et reconstruire. Que la destruction est le pendant obligé de la construction, et que toute vie est une synthèse improbable et menacée de forces antithétiques.

Et nous avons besoin du ciel ! Royaume de la lumière, principe d'élévation, de sublimation, d'ouverture, d'infinité. Ce qui pour les Anciens représentait "le divin" dans l'homme. On peut se passer de cette référence au divin à condition de conserver la dimension d'élévation, de spiritualisation, indépendante des croyances religieuses.

                    Le ciel est au-dessus du toit

                    Si bleu, si calme !

Le prisonnier, étouffant dans sa cellule exiguë, tourne les yeux vers cette lucarne ladre, et, par un effort extrême, parvient à s'extraire, à franchir les barreaux et les murs, à se dilater dans l'infini...Privez le prisonnier du ciel, vous en ferez un cloporte.

Chez beaucoup d'hommes on a l'impression que cette dimension de ciel est absente, ou négligée. Ils sont enfouis dans la terre, dans la taupinière. Il faut une nouvelle culture qui allie la terre et le ciel, sans basculer pour autant dans la superstition. Le ciel, en moi, ce sera la lumière, ce soleil intérieur qui, jouant avec les ombres, compose la trame contrastée de la vie.