30 janvier 2020

POURQUOI Y A T IL QUELQUE CHOSE...

  La fameuse question de Leibniz "pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien ?" m'a toujours semblée le comble de l'absurdité. A l'arrière-plan de cette question, j'en soupçonne une autre, qui sans doute ne pouvait affleurer à la conscience de notre philosophe, perclus de préoccupations métaphysiques : "pourquoi suis-je alors que je pourrais ne pas être ?" Mais cette question, comme la précédente, présuppose que l'existence est déjà donnée, que ce soit celle du monde, ou de soi.  Dire : "je pourrais ne pas être" est... [Lire la suite]

28 janvier 2020

IMAGES MARITIMES : Epicure

  "Ce n'est pas le jeune qui est bienheureux, mais le vieux qui a bien vécu : car le jeune, plein de vigueur, erre, l'esprit égaré par le sort (tuchè) ; tandis que le vieux, dans la vieillesse comme dans un port, a ancré ceux des biens qu'il avait auparavant espérés dans l'incertitude, les ayant mis à l'abri par le moyen sûr de la gratitude (charis)". Voilà de belles images maritimes. D'un côté l'errance, le hasard, l'incertitude - la jeunesse. De l'autre le port, l'ancrage, la certitude, la gratitude - la vieillesse. Voyez... [Lire la suite]
27 janvier 2020

PHILOSOPHER POUR SOI : Epicure

  "Tu es en vieillissant tel que moi je conseille d'être et tu as su bien distinguer ce qu'est philosopher pour soi et ce qu'est philosopher pour la Grèce : je m'en réjouis avec toi". (SV 76) D'aucuns, se croyant philosophes, s'érigent en juges, en conseillers du prince, en contempteurs des moeurs, en prophètes, en législateurs - et pourquoi pas en tyrans ? Dans cette promotion fantastique de soi comment ne pas voir une ambition entêtée, une passion du pouvoir ? Ne pouvant diriger par soi on se mêle de diriger par dirigeants... [Lire la suite]
22 janvier 2020

L' ABSENTE DE TOUT BOUQUET : art et représentation

  Quelle est donc "l'absente de tout bouquet" (Mallarmé) - ce quelque chose que l'art échoue à représenter, multipliant les signes et les images comme un gigantesque décorum, percé toutefois d'une invisible absence. Quelque chose manque, mais on ne voit pas ce manque, on ne peut que le concevoir. Regardant le bouquet, comment saurais-je qu'il y manque - quoi ? une fleur ? un parfum ? une couleur ? Je ne puis voir ce qui manque. Mais je sais que ce bouquet n'est pas-tout, il ne figure pas tout, et tout complet qu'il paraisse au... [Lire la suite]
21 janvier 2020

LE SOLEIL DANS LE VENTRE : relaxation dynamique

  Imaginons la scène suivante : confortablement installé au sol, jambes en repos, dos tout du long étendu, vous avez gagné sans effort - surtout sans effort - le calme, laissant s'apaiser la respiration et le tumulte de l'esprit. Quelques minutes de détente intégrale vous permettent de glisser tout naturellement dans les couches profondes de la conscience : tout devient comme irréel, le monde extérieur est aboli, et en même temps vous vous sentez singulièrement vivant et réceptif, flottant dans une mer sereine de sensations... [Lire la suite]
20 janvier 2020

SOI : de la spontanéité

    Soi : ce n'est pas un état, mais un mouvement - et miraculeusement, la grâce d'un instant, le plus fugitif qui soit au monde, et pourtant l'essentiel. Ce qui, en un éclair, justifie tout le reste. Tout ce que nous cherchons dans nos égarements, dans nos extases et nos passions, courant et roulant, titubant ou batifolant, se résume au bout du compte à ceci : se retrouver après s'être longtemps perdu. C'est l'essence véritable du désir, mais le plus souvent nous n'en savons rien, haletant après les mirages, ou nous... [Lire la suite]

18 janvier 2020

CHATEAUX D' ALSACE : journal du 13 janvier 2020

  Le sait-on ? L'Alsace compte une centaine de châteaux en ruine hissés sur le flanc du massif vosgien, que l'on aperçoit depuis la plaine, dressant leur donjon écorné entre les cimes. Ils portent tous des noms germaniques sonores qui évoquent la pierre, le roc, le mont, le burg, l'époque dure des chevaliers et des serfs, la rivalité entre les fiefs, le rapt et le brigandage. On songe à quelque dessin à la plume de Victor Hugo, célébrant, sur fond d'obscurité, la survenue d'un chevalier d'aventure, ou d'un ménestrel errant de... [Lire la suite]
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15 janvier 2020

L'AIR DU LARGE : journal du 15 janvier 2020

  C'est un effet, sans doute, de la débilité de l'âge : on regarde plus volontiers en arrière comme si par là on pouvait freiner la fuite du temps. Mais il est bien agréable aussi d'évoquer les moments heureux, dont l'empreinte ne s'efface pas et qui, au soir de la vie, nous réconcilient avec nous-même. Il est infiniment précieux de parvenir, par delà les aléas de l'existence, à ce sentiment d'unité personnelle, que Goethe exprime si bien dans la fin du Faust :                  ... [Lire la suite]
Posté par GUY KARL à 12:25 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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14 janvier 2020

UNE VOCATION DE POESIE : journal du 14 janvier 2020

  Mon premier amour fut la poésie. C'était vers la fin des années de collège, où je découvrais tout ensemble Victor Hugo, les Trois Mousquetaires et Robinson Crusoë, trois phares dans le ciel morose de l'internat. Non que je fusse vraiment malheureux, il y avait de bons camarades, il y avait de bons moments, il y avait la superbe forêt et les promenades enchantées, mais j'étais exilé, taciturne, songe-creux. La seule échappée possible était la littérature. Les bons pères ne m'ont jamais molesté ou malmené, ils étaient plutôt... [Lire la suite]
Posté par GUY KARL à 12:38 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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10 janvier 2020

LE TRIBUNAL DES IDEAUX

  Ce sont ici des variations de hasard sur quelques thèmes très simples, toujours les mêmes, avec des déplacements, des reprises, des circonvolutions, des essais et des ratages, comme font nos rêves : le rêveur est le personnage central de toutes ses fantaisies, alors même qu'il semble s'absenter. Le voilà représenté discrètement par un chapeau noir, un vélo, une maison sans toiture, et le plus souvent par un défaut, la pièce manquante ou le trou dans la structure. Il est impossible de tout dire, si bien que ce qu'on dit est... [Lire la suite]