31 décembre 2019

Le DIRE de la POESIE

  Spontanément ma nature me porte plus vers la musique et la poésie que vers la peinture. Je suis un auditif plus qu'un visuel. La poésie elle-même est un art auditif : les vers d'Homère étaient chantés en public - voir l'"Ion" de Platon qui nous présente un rhapsode expert dans l'art de faire résonner le texte, mimant et gesticulant, suscitant la passion de l'auditoire. La tragédie comportait de nombreuses pièces chantées, accompagnées de la flûte. Mais par la suite la poésie est devenue une branche de la littérature, que l'on... [Lire la suite]
Posté par GUY KARL à 12:51 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

30 décembre 2019

LUCAS CRANACH : MELANCOLIE

     Une très jeune femme, toute de rouge vêtue, portant couronne d'épines sur la tête - c'est paraît-il un ange, puisqu'elle est munie d'une aile, mais presqu'invisible, ornement désidéalisé, désacralisé - assise, tenant dans ses mains un bâton effilé, qu'elle taille avec un couteau, comment ne pas voir dans ce tableau une provocation, mais à quoi ?, relevée par le regard direct que la jeune femme jette au spectateur, mélange de fausse naïveté et de malice, c'est "La Mélancolie" de Lucas Cranach (1532), peinte peu de... [Lire la suite]
27 décembre 2019

Du DESIR ET DE L' OBLIGATION : journal du 27 décembre 2019

  Dans l'apprentissage culturel quelle est la part de l'obligation, et laquelle du désir ? Certains, tels Pascal ou Léonard, se jettent dans l'étude comme poussés par une soif cannibalique. D'autres rechignent à tout effort, préférant se prélasser au soleil ou courir la prétentaine. Je suis moi-même déchiré entre les deux tendances, mais l'obligation, je l'avoue, est la plus forte. J'aimerais savoir ne rien faire et m'y trouver bien. Mais je progresse un peu dans cette voie, et, bien souvent, écartant livres et cahiers, je me... [Lire la suite]
Posté par GUY KARL à 12:30 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,
26 décembre 2019

L' ESSENTIEL et le DERISOIRE : méditation

  Il y a peu de temps j'avais le sentiment gratifiant d'avoir réalisé enfin le but véritable de mon existence : devenir celui que je suis. Ou dire avec Descartes : je suis, j'existe. Ou encore : me reconnaître comme le sujet que j'étais de toujours et qui enfin accédait à la pleine conscience de soi. Pour un peu j'aurais pu écrire, comme Rilke "Mir zur Feier" : pour me fêter. Car, soyons franc, c'est une fête très légitime que de se reconnaître comme sujet de sa propre existence, et enivrante aussi lorsqu'on considère la grande... [Lire la suite]
20 décembre 2019

FUYEZ LA PAIDEIA ! : Epicure

  "Fuis à toutes voiles la paideia" - C'est un des préceptes les plus controversés d'Epicure, ses détracteurs y dénonçant une complaisance coupable à l'ignorance, voire une recommandation d'ignorance. Mais l'affaire est plus compliquée qu'il y paraît. La paideia, c'est étymologiquement l'éducation de l'enfant (paidos), puis par extension l'ensemble des disciplines jugées nécessaires à la formation de l'homme grec, essentiellement le noble ou le patricien. L'orientation en est aristocratique, virile, guerrière, mais avec le temps... [Lire la suite]
19 décembre 2019

HISTOIRE de COUPS de BATON : le maître Chan

  L'enseignement, j'entends par là la transmission de savoirs et de préceptes de maître à disciple, serait-elle une forme subtile de karma, alors même qu'il vise en théorie à une libération de l'esprit ? Le risque est grand qu'une nouvelle couche de conditionnements vienne recouvrir l'ancienne, redoublant l'assujettissement sous couvert de le supprimer. On se demandera même si tel maître de sagesse ne vise pas, inconsciemment, à exercer une tutelle sur ses adeptes, chargés d'éterniser son nom. Et c'est ainsi que la vertu d'un... [Lire la suite]

18 décembre 2019

DE L'ENSEIGNEMENT : maître et disciple

  Après une maladie qui dura quatorze jours, Epicure "entra dans une baignoire de bronze tempérée d'eau chaude, demanda du vin pur et l'avala. Après avoir enjoint à ses amis de se remémorer ses doctrines, il mourut" DL, X 16). L'essentiel, pour un philosophe original, c'est son enseignement. Dans cette scène rapportée par Diogène Laèrce on trouve une sorte de mise en scène, une dramatisation, mais aussi une exemplarité de la conduite : la baignoire évoque la douceur du plaisir, le vin - pur, ce qui n'est pas l'usage, les Grecs... [Lire la suite]
13 décembre 2019

LES AFFAIRES DU PERE

  Si je me demande ce qu'il peut bien rester en moi de l'éducation chrétienne qui m'a été dispensée dans les années d'enfance j'évoquerai deux images, deux phrases capitales. Dans la première, Jésus déserte le foyer familial pour aller écouter les Docteurs de la Loi. "Que fais-tu donc ?" lui demande-t-on. "Je m'occupe des affaires de mon père". Cette phrase énigmatique avait pour moi la plus grande signification, même si je n'en comprenais pas bien le contenu. La seconde phrase, mondialement connue, est ce cri de désespoir lancé... [Lire la suite]
12 décembre 2019

DE LA PULSION DE SAVOIR : le remède et le poison

  Vouloir tout comprendre est un poison. C'est un paradoxe puissant, qui peut se révéler mortel : quand apparaît la conscience, elle s'étonne de tout, et dans un gigantesque effort se promet de percer le secret de l'homme et de l'univers. "J'ai découvert que la vie était une énigme et j'ai résolu de consacrer la mienne à la déchiffrer" (Schopenhauer). La pensée s'élance à la conquête du monde - et se brise sur le roc de l'impossible. C'est le désespoir de Faust, qui à la première scène de la pièce de Goethe fait le bilan... [Lire la suite]
Posté par GUY KARL à 11:53 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
11 décembre 2019

L' ESPRIT ORIGINAIRE : le Soutrâ de l'Estrade

  La scène se passe au septième siècle, en Chine, sur le mont Feng-mou de la Prune Jaune. Le Cinquième Patriarche, pour stimuler l'esprit de ses disciples, les met au défi, chacun, d'écrire un quatrain qui manifesterait clairement son essence originaire. Les moines, trop paresseux pour entreprendre une telle tâche, s'en remettent au plus avancé d'entre eux, Chen-sieou, qui, la nuit venue,  sur le mur de la galerie, écrivit sa stance à la lumière d'une bougie :             Mon corps est l'arbre... [Lire la suite]