Que faire de nos échecs ? On peut s'arrêter devant la porte close et se pétrifier. Mais il est bien préférable de contourner l'obstacle quand cela est possible. D'autres fois il faut réviser ses projets : peut-être a-t-on visé trop haut. Ou alors on s'est tout bonnement trompé : on croyait vouloir ce qu'on ne voulait pas. Encore fallait-il s'en apercevoir.

On découvre assez aisément ce qu'on ne veut pas, plus difficilement ce qu'on veut.

Plus encore : ce qu'on veut n'est pas forcément ce qu'on désire. Quand le désir et le vouloir vont du même pas la réussite est possible. Quand le désir conteste le vouloir l'échec est probable.

Tel veut réussir, il se présente au concours, mais voilà qu'il se révèle incapable de rédiger sa copie ou de développer ses idées à l'oral. Il rougit, bafouille, se répète et au total accumule toutes les chances de se voir recalé. Quel était donc son désir ? On peut secrètement désirer un échec qui évitera de bousculer la situation présente. La réussite peut, dans certains cas, être vécue comme un échec.

Tout cela montre à l'évidence qu'il faut bâtir un vouloir sur la base d'un vrai désir.

Mais parfois l'échec vient en quelque sorte du dehors : je fais tout ce qu'il est possible pour réaliser mon projet, mais les circonstances, l'environnement, la conjoncture sont défavorables. Un commerçant ouvre son magasin, il a tout prévu, il a engagé les fonds nécessaires, mais voilà, le public boude son échoppe. C'est un désastre. Que faire ?

Si nous échouons à gauche, prenons à droite. Nous pouvons bien renoncer à tel objet, telle manifestation, telle expression factuelle du désir, mais au désir en tant tel jamais. On changera de visée, d'objet, en fonction des circonstances, on s'adaptera s'il faut, mais sur le fond on ne changera pas.

Le vrai échec, le grave, serait d'abandonner, de jeter par dessus bord le désir fondamental, celui qui nous fait vivre, vibrer, palpiter, créer - si par créer nous entendons animer de l'intérieur l'espace proche et lointain, y insuffler cette vibration qui exprime notre singularité irréductible.