Philosopher c'est mener le travail de dissolution jusqu'à l'extrême simplicité, à deux doigts du silence.

C'était le point d'arrivée de Pyrrhon. Après sa boucle gigantesque par les déserts d'Asie, retour à Elis, coïncidence du départ et de l'arrivée : dorénavant aucune boucle n'est plus nécessaire. 

En chemin il a tout expérimenté, tout essayé, tout laissé, tout oublié. 

Il lui suffit de se tenir à l'orée du monde, et du temps, auprès de la bouche fumante d'Hadès.

Lao-Tseu disait, peut-être plus justement : l'huis de la Femelle obscure.

Mais l'homme du commun n'entend rien à ces choses. Il est comme le vent, il s'époumone, tonne du torse, donne du biceps, il s'essouffle, il s'épuise. Il retourne à l'état zéro, puis recommence. Il ne tire aucun enseignement de ses exagérations et de ses chutes. Il ne voit pas que, tombant, il est au centre.

Ils veulent que l'on agisse, qu'on s'agite, qu'on augmente, qu'on s'enfle. Hé quoi, et jusqu'où ? C'est un délire, un tintamarre, une explosion ! Et au total qu'avons-nous ? 

Mais c'est à l'orée, où la déclinaison minimale écarte les lèvres de la déesse, dans l'huis de la Femelle obscure que naissent toutes les beautés de ce monde, nouvelleté et volupté. Il n'est savoir ou espoir qui vaille, au regard de cette chose-là, qui est vraiment la chose, bien antérieure à tout désir.