26 novembre 2018

"J'ai vécu de me savoir mortel" - la CONSCIENCE de la MORTALITE

  "J'ai vécu de me savoir mortel" déclarait Lacan. On peut en tirer cette leçon que certains se savent mortels et d'autres non. Aux premiers appartiendrait cette conscience aiguë de la mortalité qui donnerait à leur existence un surcroît de vie - mais quelle sorte de vie ? - alors que les seconds végéteraient dans l'illusion. Cette proposition prend le contrepied d'une conviction largement répandue selon laquelle la conscience de la mort sonnerait le glas de l'ambition, du plaisir et conséquemment du bonheur. Le héros se... [Lire la suite]

22 novembre 2018

AUTARKEIA : Aristippe

  "Comme on l'avait un jour interrogé sur ce que les philosophes ont en plus, il dit : "Si toutes les lois étaient supprimées, nous continuerions à vivre de la même façon".(DL II,68) Ce ne sont pas les lois civiles qui règlent le comportement, c'est la loi intérieure. Serait philosophe, selon Aristippe, celui qui n'a pas besoin de s'appuyer sur un code externe, hétéronome, pour gérer sa conduite, parce qu'il trouve en lui-même le principe et la fin, ce que les Anciens appelaient l'autarkeia, la gouvernance de soi-même. En... [Lire la suite]
21 novembre 2018

Du PLAISIR : ARISTIPPE de CYRENE

  Il est de bon ton, depuis l'Antiquité, de déverser un mépris souverain sur Aristippe et ses successeurs "cyrénaïques", au motif qu'il est indigne d'un philosophe de faire l'apologie inconditionnelle du plaisir, plus encore d'avoir déclaré que le plaisir est un mouvement corporel, que plaisir et douleur se ramènent en dernière analyse à des mouvements corporels. De fait, Aristippe inaugure une réflexion féconde sur la nature, la source, et la valeur des affects, qui inspirera, parfois à contresens, pyrrhoniens et épicuriens.... [Lire la suite]
20 novembre 2018

OCRE : poème

                             OCRE                   Dans l'ocre d'automne                 Intempestif étourdiment                 Je valse à contre-temps                   Le temps chavire,                 Le temps déchire      ... [Lire la suite]
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15 novembre 2018

"Nous ne connaissons que nos affects"

  "Nous ne connaissons que nos affects" - cette idée est attribuée par Diogène Laerce aux sceptiques (IX, 103) en conformité avec le texte de Sextus : "Le sceptique donne son assentiment aux affects (pathos) qui s'imposent à lui à travers une impression". Je ne dirai pas : le miel est doux, ce qui serait poser une thése sur la nature du miel - que j'ignore - mais je dirai : le miel m'apparaît doux, ce qui est une donnée immédiate et indiscutable de ma sensibilité. Nous sommes affectés par les apparences extérieures (phainomena)... [Lire la suite]
13 novembre 2018

PRESTIGE d' AUTOMNE : fantaisie

  Mon appartement est ouvert sur les arbres, si bien que j'ai parfois l'impression de vivre au milieu du feuillage, comme un écureuil, une pie, ou mieux encore, comme un aborigène de Nouvelle Guinée. C'est ma manière à moi de me sentir homo natura, en dépit de toutes les commodités et déformations de l'état de civilisation urbaine. L'automne est magnifique, les feuilles jaunes ont un éclat souverain, je les regarde frissonner dans la brise, et tomber quelquefois, ouvrant des trouées blanches sur les nuages, et la lumière court... [Lire la suite]
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12 novembre 2018

Du TEMPS selon EPICURE

    Sextus écrit que pour Epicure le temps est "l'accident des accidents". Certains traduisent assez paresseusement : le symptôme des symptômes. Mais cette traduction est absurde, car aujourd'hui le mot symptôme évoque irrésistiblement la maladie, dont le symptôme est le signe répérable. "Symptoma" est d'abord ce qui tombe (pipto) et qui tombe ensemble (sum). A partir du latin " cadere" nous avons en français une riche série de termes qui évoquent assez bien ce mouvement de chute : cadence, chéance, échéance, chance,... [Lire la suite]
08 novembre 2018

Du TEMPS et du PROCESSUS

  Si l'on me demande ce qu'est le temps, comme Augustin je dirai que je l'ignore. Me détournant prudemment de toute opinion à son sujet, je me tourne résolument vers l'observation des choses, ou plutôt des processus qui apparaissent à ma conscience. Je vois telle tige, telle feuille apparaître dans mon jardinet, quelques jours plus tard la plante s'est renforcée, développant une belle apparence. Elle continue de croître tout l'été, puis sa floraison s'interrompt, et avec l'automne commence son déclin. Bientôt, lassée de pluie et... [Lire la suite]
07 novembre 2018

La NATURE et la LOI : Pyrrhon

  Prenons Pyrrhon au pied de la lettre : si toutes choses sont apparences, la différence traditionnelle entre la phusis, la nature, et nomos, la loi, s'effondre. La nature, pas plus que la loi ne fournit de référence valide. Pyrrhon aimait citer ce vers d'Homère : "Telles les générations des feuilles, telles celles des hommes".  Bien sûr, les feuilles ne sont pas des hommes et les hommes ne sont pas des feuilles, mais ils ont en commun la génération - et la corruption, comme d'ailleurs tout ce qui existe. En deça des... [Lire la suite]
06 novembre 2018

SOYEZ POETES !

  Soyez poètes en votre vie, voilà l'enseignement de Pyrrhon. Une telle proposition peut surprendre car elle n'est pas exprimée comme telle. Pourtant, à considérer sa pensée et sa vie, c'est bien cela qui se dégage comme une évidence. Poète, c'est celui qui agit selon sa complexion native, et non selon les normes de l'Autre. "Anomalia", non seulement dans les choses qui apparaissent dans l'irrégularité, hors logos, mais dans la vie aussi comme non-principe, errance créative. Diogène Laerce raconte comment Pyrrhon, se... [Lire la suite]
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