Allons ! Laissons-nous aller à notre fantasmagorie ! Cartographie mentale, ce matin, tableau poétique d'une âme de poète !

Je revisite Homère et Hésiode, à ma façon. Que l'on n'y voie malice.

Tout en haut, bien sûr, Zeus, mon Zeus, certes non comme un dieu, mais principe de clarté, qui maintienne l'ordre de la pensée, la loi du coeur.

A sa droite : Apollon, prince de la musique et de la poésie, Artémis, sa soeur jumelle, archère et accoucheuse. Athéna, née-de-Zeus, casque d'or et lance, reine de la sagesse.

A gauche : Dionysos, enfant-vieillard, homme-femme, ensauvagé-civilisateur, père du vin et du théâtre. Aphrodite aux boucles d'or. Eros, perce-coeur, qui déboussole les mortels et les immortels.

C'est mon Olympe à moi : il dessine un espace azuréen pour la pensée et la création. Il représente ce qui est éternellement beau. Il ne périt jamais. Il surplombe souverainement les nuages et les fumées de la terre.

 

La terre est sûre et peu sûre, de toutes parts cerclée par la puissance des eaux : tantôt Poseidon, l'"ébranleur du sol", la travaille, la pétrit, la ravine. Tantôt c'est la furie du feu, jailli des profondeurs, volcans dévastateurs. C'est pourtant là, sur la terre meuble, que l'homme peut vivre et construire sa demeure. "Sûr fondement de toutes choses" ? : ce n'est pas sûr.

 

Sous la terre les Enfers. Là survivent les Ombres des trépassés, à la fois morts et survivants. Ici règne Hadès le ténébreux, et son épouvantable compagne, Perséphone aux yeux noirs. Parfois les défunts nous parlent dans les rêves : leur sort nous afflige ou nous rassure. Parfois il est bon de parler aux morts, jusqu'à ce qu'ils aient perdu toute emprise sur nos coeurs. Certains disent qu'il existe un passage secret par lequel, comme Ulysse, on peut descendre dans les profondeurs de la terre, parler aux morts, et remonter. Je ne sais. Pour moi les morts ne parlent pas, seule leur mémoire nous parle : laissons mourir les morts.

Et enfin, bien plus bas que les Enfers eux-mêmes, le Tartare, région obscure, impénétrable, où règnent les Monstres, les Cyclopes et les Titans, êtres immondes et repoussants, qui parfois grondent du fond de leurs cavernes, s'agitent et rugissent, comme si par quelque décret Zeus pouvait les autoriser à revenir à la surface de la terre. 

 

--- Un monde mouvant, un équilibre instabe, des forces opposées qui luttent entre elles, et menacent constamment de ruiner la fragile harmonie de l'ensemble. Telle est la vie psychique, car enfin ce tableau qu'est-il sinon une représentation imagée de la vie psychique ? Les Grecs de la grande époque, croyant dessiner les rapports entre les éléments du monde (le cosmos) ont esquissé une psychologie des surfaces et des profondeurs qui nous étonne encore : tout se joue en effet entre le lumineux (Zeus) et l'obscur (le Tartare), entre la vie (Zeus encore car "zeus" vient de "zoein", vivre) et la mort (Hadès, roi des morts), le désir (Aphrodite et Eros) et la raison (Athéna), l'ordre de la pensée (Apollon) et la sauvagerie instinctuelle (Dionysos), le ciel et les Enfers. J'admire aussi qu'ils aient distingué les Enfers du Tartare : les Enfers appartiennent encore au cosmos des mortels, alors que le Tartare représente le Tout-Autre, le refoulé démoniaque, lequel pourtant, tout forclos qu'il soit, est encore, malgré tout, une possibilité humaine, celle qui s'exprime dans le monstrueux.