Ce que nous appelons liberté n'est peut-être qu'un balbutiement entre deux silences, vibrant au bord de la faille, inquiétante et féconde, d'où s'origine toute vie.

La faille c'est Chaos : ouverture infinie sans fond et sans bord, impensable, nuit profonde que rien ne peut présentifier, espace borgne d'où naissent les images et les rêves. C'est ce que nous ne connaîtrons jamais, qui nous hante dans la vastitude du sommeil, et que nous retrouvons dans la mort silencieuse.

Dans la vie consciente cette référence s'efface : oublieux, nous ne vivons que de désirer et d'espérer, en avant de nous, tournant dans les cercles dorés de la répétition, avec, parfois des fulgurances qui nous font croire que Cela est possible - quoi ? - l'abolition du temps, l'éternité : "comme des dieux parmi les hommes". Mais, blême, le petit matin ne livre que la plate plaine, la forêt dense, la rivière qui borne le champ. C'est ici, homme d'ici, qu'il faut bâtir et séjourner.

Entre deux abîmes, l'origine oubliée et la fin reportée, se creuse un espace transitoire balayé par le temps. Les hommes, ces éphémères, vivent de se conter des histoires, à travers les générations, qui leur donnent l'illusion d'être. Tout à la fin, comme au début, c'est le destin qui gagne.