Clément Rosset vient de mourir.

Que dire ? Je me contenterai d'une image : il était, il reste comme un grand soleil noir au milieu de la galaxie. Les autres s'agitent en tous sens, se gonflent de vents et d'illusions, courent au prétoire, invoquent les dieux et les diables, pérorent et ratiocinent. Cela fait du vent, en effet, cela brille de mille feux, cela vient, cela passe, tempêtes de mots, de propos, de ragots, foire d'empoigne, foire aux sots.

Au milieu, impavide et solitaire, le soleil noir, non point de la mélancolie, mais de ce retrait très particulier d'un savoir aphasique, tout concentré en soi, savoir tragique.

Celui qui habite cet espace-là est comme un dieu parmi les hommes : quand l'immense tumulte de la galaxie se sera écrasé sur lui-même, il restera le soleil noir, à tout jamais, origine et fin de toutes choses.