Après tant de semaines maussades l'été indien vient s'installer sur son trône d'or pâle. Les feuilles, encore bien vertes et fraîches, captent et renvoient la lumière, tout est calme, comme suspendu dans un temps arrêté. On aimerait que de telles journées durent toujours.

Temps propice à la rêverie, à la poésie, à la fainéantise heureuse. Suspension de la pensée. La nature, dans sa prodigalité, suffit à tout, si le corps trouve de quoi se sustenter, si l'âme se détourne de ses tourmeànts pour s'ouvrir à l'immense. Un bonheur est possible, voilà ce que dit l'arbre, ce que chante l'oiseau.

Rares, précieux, ces moments, si vite emportés, ces moments où l'on se dit avec le poète : tout est là, calme et tranquille. 

"Et moi je ne suis rien..." - Oh, pas tout à fait rien, mais si peu, juste ce petit quelque chose qui perçoit la lumière, qui s'enchante de la lumière, écoutant le merle dans le feuillage. Et je ne puis empêcher que des images belles et lentes s'élèvent dans ma mémoire, des golfes de Méditerranée, des voiles blanches sur la mer, des odyssées céruléennes. Je suis ici, je suis ailleurs, et les images se rencontrent, se superposent, se culbutent joyeusement, enfants du présent, enfants du songe, enfants de toujours.

Un petit oiseau vert vient se mêler aux feuiiles vertes, se balance un instant, fouillis de verts entremêlès, brêve barcarole mélodique, déjà il s'est envolé...Et le chant reprend ailleurs, quelque part dans l'avalanche immobile des feuilles. 

Tout doux, mon âme, comme savent les enfants, il faut réapprendre à fainéanter...