EXODE

 

 

     Dès le matin

     Cela chante dans ma tête

     Je suis branché sur l’univers

     Radio spatiale 

     Immensité !

 

     Il était las des hommes Héraclite

     Il se retira dans le temple d’Artémis, à Ephèse,

     Aux pieds de la déesse

     Il déposa son Grand Œuvre

     En sauvegarde à la déesse.

     Puis, au milieu des enfants

     Tête blanche, tête de lys,

     Il passa le reste de sa vie

     Guilleret

     A jouer aux osselets.

 

    Les hommes qui passaient l’interpellaient :

    « Hé, que fais-tu là, grison parmi tous ces enfants ? »

    « Puisque les hommes ne sont que des enfants

    Comme le Temps je joue aux osselets,

    Royauté d’un enfant ».

    Et les passants riaient.

    Sentant la fin il se coucha tout nu sur la terre

    En plein soleil

    Son âme se séchait au soleil

    Il se laissa glisser doucement dans l’Hadès.

 

    Plus tard un fou mit le feu au temple.

    Le divin à tout jamais disparut de la terre.

 

    A présent, dépouillé, solitaire,

    L’homme cherche en vain dans les décombres

    Le sens qui manque. Entre les ombres

    Et la lumière

    Il erre,

    Soleil et lune également le désespèrent,

    Sans but, sans cause et sans raison,

    Rendu, brutalement, à sa condition

    Première,

    Et nu, et pauvre, étranger à la terre,

    Il cherche en son prochain, qu’il déteste et qu’il craint

    Quelque raison de s’aimer soi-même - en vain.

    L’image fuit, comme la foi, comme l’espoir

    Alors il fait la guerre,

    Ruine, malheur et peste

    Font le reste.

 

 

     Tel est le monde, telle est la vie.

     Tout change et rien ne change.

     Retire-toi, mon âme, et qu’un séjour plus beau

     Loin de la peste et des tombeaux

     Accueille la douleur et en beauté la change !

 

 

    Mais quoi ! si l’âme, ce bel ange peut s’envoler,

    Le cœur est là qui souffre, et le corps avec lui.

    Si nous sommes du monde, sans recours,

    Que du moins nous y soyons à notre manière,

    Résolument inscrits dans la Grande Tradition

    De Lumière,

    Celle qui nous nourrit, nous traverse,

    Et au de là

    Eclairera les hommes d’à venir !

    Inapparente, discrète et retirée

    Elle agit en silence

    Inspire les meilleurs, éduque les esprits.

    Et si l’on recherche dans le monde sa gloire

    En vain, elle n’en agit pas moins,

    Soleil invisible du cœur à travers les âges,

    Passerelle de lumière

    Qui relie les sages du passé, à travers nous,

    Vers tous ceux qui viendront.

   Et si dans les ténèbres tu désespères

   Qu’il te reste, face au destin

   Ce savoir certain de la vérité, amère et légère,

   Plus vrai que ta misère !