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Puisses-tu m'être douce, ô mort si tu surviens
Sans prévenir, et m'emportant
Insensible comme vient douce la brise
Dans le feuillage recueilli. Sans rien sentir
Sans rien penser, comme ue ombre qui passe
En silence, emportant avec elle la lumière du jour,
Comme la nuit, comme une amante
Vous enveloppe da sa tendresse émue
Et vous dépose sans un mot dans l'intime pays
Dont personne ne revient.
Ou que le corps, épuisé de fatigue,
Renonce à tout effort, à toute résistance
Et lentement se laisse glisser dans l'insensible.
De mourir ne m'inspire nulle crainte.
Certains, doloristes stupides, vont prêchant
Que la douleur élève l'âme, la purifie
La prépare à la vie éternelle.
Pauvres gens ! Ils ne font
Que laver le sang avec le sang du sacrifice, sans voir
Que la vie, telle qu'elle est, pour beaucoup
N'est qu'une longue agonie. Mieux vaudrait
Chercher d'où vient la douleur, pour la réduire,
Et par la belle intelligence de notre nature
Elever, autant qu'il est en nous, la vie à l'excellence.

Puissé-je, tel le sage fameux, le plus amical des hommes,
A l'heure grave, ne point gémir, mais accueillir
La dernière journée comme une chance
Dans la dernière caresse échangée
La chevelure de l'aimée répandue sur mon corps
Avec mes amis boire le vin de l'amitié,
Sans un remords prendre congé.