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Certains meurent trop tôt

D’autres meurent trop tard.

Terrible est le lot de ces jeunes trop tôt

Emportés par la mort. Ils n’ont connu

Que l’affliction du corps, l’angoisse et le désespoir,

A moins qu’un ange bienveillant les ait tôt libérés

Des souffrances communes. Mais pire encore

Le lot du vieillard qui se survit à lui-même

Claquemuré dans l’agonie interminable

Entre lit de douleur et chaise de douleur

Dans le triste hôpital, sous les fenêtres grises

Suppliant qu’on achève une vie sans plaisir

Qu’on en finisse de ce corps, de cette âme souffrante

Bourrelée, torturée, épuisée de chagrin

Lasse de tout, lasse de soi, et que nul

N’a le courage de soulager. Et lui-même

S’imaginant une improbable guérison

Repoussait chaque jour de mettre fin lui-même

A l’horreur de sa vie. Et maintenant il n’a plus la force

Ni l’occasion. Il gît

Dépendant d’un bon vouloir qui ne viendra jamais.

Ah puissions-nous, sentant les forces nous quitter

Nous-mêmes, par nous-mêmes, quitter à temps

L’enfer.

 

Mais ils ne l’osent pas, ils croient

Que l’âme, dans l’Hadès expiera ses péchés,

Que l’enfer c’est là-bas, et perclus d’angoisse

Ils retardent tant qu’ils peuvent le mourir.

D’autres craignent le jugement des hommes

Ils ont souci de ce qu’un vain peuple pense

Ou le conjoint, ou les enfants. Ils espèrent laisser

La belle image qu’ils ont d’eux-mêmes, hélas,

De longtemps gangrenée.

Hélas, ne vivons-nous que dans l’esprit des autres ?

N’avons-nous par nous-mêmes ni vie, ni souffle ni courage ?

Ne sommes- nous que l’ombre d’une ombre

Inconsistante, molle,

Labile  et volatile comme un nuage ?

Si de naître ne dépend nullement de nous

Que le vivre du moins,

Et le mourir encore, soient notre œuvre

Unique, précieuse, irremplaçable et belle !