Glissant sur l'ombre noire infiniment le cygne

   Porte le néant bleu d'un ciel dilapidé.

   Se détournant, le dieu cruel d'un coup de dé

   Renversa la splendeur en vacuité insigne.

 

  Longue plaine de lune, ô terre, terre indigne

  Sur quelle rive hagarde avons-nous abordé

  Laissant derrière nous le vaisseau sabordé

  Les souvenirs cuisants de bocage et de vigne !

 

  Nous voici nus, errant sur la plaine inféconde

  Sous les cris des vautours qui tournent à la ronde

  Et nous percent le coeur d'indicible frayeur ;

 

  Mais quoi, il faut aller, il faut creuser l'écorce

  Et tout au fond du coeur libérer cette force

  Qui à défaut de dieux fera croître des fleurs.