La flèche Saint Michel à Bordeaux

   Si haut, si haut

   C'est sûr, va me tomber dessus

 

   Ce qui doit arriver ne peut manquer

   Je suis assis à la terrasse d'un bar 

   Barbaresque

   Je bois du thé à la menthe

   Algérois, sans doute, ou bien constantinois 

   Sans importance

   Je rêve des villes du Sud où je n'irai jamais

   Filles du sud, pourquoi êtes-vous donc inabordables

   Quand les filles du nord exhibent leurs atours

   Jambes bronzées, corsages échancrés

   Jusqu'au nombril

   On vous devine jusque dans votre intimité

   

   Mais vous les corsetées, les encapuchonnées

   Qui êtes-vous, je ne saurai jamais

 

   La flèche va tomber, c'est fatal

   Vertige des hauteurs

   Vertige des profondeurs

   Le haut et le bas s'égalisent dans le vide

   Où je sombre sans armes ni bagages

   Empédocle branlant sur le bord du cratère

   Ma chaussure de bronze recrachée par l'Etna

   Témoigne que je fus

   Que je ne serai plus

 

    Les atomes foireux qui ont formé mon être

    - Foireux car c'est foireux de n'être qu'à demi -

    Avalés tout à trac dans le fond du cratère

    Recrachés en tous sens dans la fumée, la lave

    Iront tourbillonnés, entremêlés, tumultuaires

    Former de nouveaux corps dans la branloire

    Tout aussi foireux que le mien

    Inhabitables et incertains.