Cachimba cachimba

 C'est le nom que l'on donne à la pipe à Cuba

 Mais les Cubains préfèrent le cigare

 Long, large, puissant - le Habana,

 Plus qu'un barreau de chaise c'est un mât !

 

 Parfois, assise devant la porte d'une cantina

 Ecrasée sous son sombrero

 Une femme vieille comme le monde fume pour oublier 

 Cinquante ans de misère

 La police politique

 Le mari alcoolique

 Les dix lardons dont neuf sont morts à la naissance

 Les berbis volées

 L'infernale sécheresse qui épuise les corps

 Vous mène jeune à la mort.

 

 "Hélas, où donc es-tu, ô ma jeunesse

 Tu t'écroules dans les bourrelets de ma graisse

 

 Dans mes vingt ans j'étais plutôt jolie

 Quand Luiz disait m'aimer à la folie

 

 Cela n'a pas duré, la tequila, le rhum

 Ont vite liquidé le bonhomme

 

 Le bon-à rien est mort comme il a vécu

 Personne au village ne le pleure plus

 

 De mon poivrot de mari me voilà débarrassée

 De ses colères j'en avais plus qu'assez

 

 Pourtant je l'aimais bien aussi, mon Luiz

 Quand il me la mettait bien raide entre les cuisses

 

 Il est parti le pauvre, mais les anges, pardi

 Sauront le rendre heureux au paradis"

 

              Je regardais la vieille marmonner

              Le cigare est trop long, trop lent à consumer

              Il vous inspire des pensées amères ;

                   Plus douce, plus légère

                   La cachimba vous fait danser !