Poésie, ô ma douleur !

J'entendais chanter dans ma tête quelques vers à demi oubliés : 

      "Il est des gens de toutes sortes

      Ils n'égalent pas leur destin..."

De Guillaume Apollinaire, bien sûr, et je cherchais laborieusement la suite :

      "Indécis comme feuilles mortes 

      Leurs yeux sont des feux mal éteints 

      Leurs coeurs bougent comme leurs portes". ("Marizibil", dans Alcools)

Cela chante merveilleusement. Mais qu'est ce que cela signifie ? Qu'a donc voulu dire le poète ? Question mal posée - il ne veut rien dire, il dit, et tant pis s'il ne sait pas ce qu'il dit, et que nul ne saisisse ce qu'il dit. Il dit voilà tout, débrouillez vous !

C'est toujours Guillaume Apollinaire qui me revient lorsque trop longtemps je me suis éloigné de la poésie, l'oubliant presque, et chaque fois c'est ce prénom, Guillaume, qui sonne comme un rappel : Guillaume, Guy -comment ne pas entendre la voix qui me revient des fonds de la mémoire, et qui me sollicite, à quoi, je ne saurais dire. Faute de savoir, je me suis amusé à quelques éloges en forme de pastiches humoristiques, de quoi remettre en mouvement des traces mnésiques, des circuits neuronaux, des associations verbales, imagières, des rythmes et figures sonores, jusqu'à faire vibrer ce qu'il reste en moi de sensation et de sentiment. Parfois je me sens étrangement anesthésié, comme privé d'affect, que ça en est inquiétant. Et alors, elle est bienvenue cette douce voix familière, si oubliée, si négligée, et puisse-t-elle chanter encore et encore : poésie, mon amour...