Le Vatican, temple du paganisme ? Voilà qui surprendra, je l'espère. Jugez plutôt : c'est bien dans les fonds de caisse de cette noble institution que l'on découvrit, voilà quelques décennies, une suite de sentences, dont l'auteur était manifestement Epicure, ou au pire, un de ses plus proches collaborateurs. Epicure au Vatican, lui le honni, l'ennemi, le sans-dieu, sans morale, vulgaire, obscène, qui accueillait des courtisanes dans son école, déclarait que le plaisir est le Souverain Bien, bref, le pourceau ! On se demande quel fut le copiste facétieux qui osa dissimiler ces fameuses "sentences vaticanes" dans le haut lieu de la très sainte religion du Christ ! Quoi qu'il en soit, grâce à cet hurluberlu nous disposons aujourd'hui d'une source précieuse de connaissances. On se prend à rêver : quelque pape hérétique n'aurait-il par hasard dissimulé le grand livre "De la Nature", en trente sept rouleaux, ou quelque autre production du maître du Jardin, ou d'un de ses premiers disciples ?

Il y a pire. Visitant le Vatican, il y trois ou quatre ans, je déambulais dans ces couloirs interminables, chargés de tableaux, de sulptures, d'oeuvres innombrables, et au vu de tant de richesses accumulées je songeais à la parole du Christ déclarant que le royaume des cieux accueillerait prioritairement les pauvres, les malheureux, les méprisés, les damnés de la terre. Manifestement nos cardinaux ne songent guère à entrer au paradis ! Mais inversement, on peut se réjouir de leur paganisme impénitent qui nous a valu la conservation de tant de splendeurs de l'Antiquité. De tous côtés, dressés sur un socle de pierre, des scuptures antiques, des hommes surtout, absolument nus, et, à hauteur du regard, leur virilité franchement exposée, inlassablement répétée de statue en statue. Pour voir le visage il fallait lever les yeux, alors que le sexe se donnait à voir directement, imparablement. A vrai dire je n'ai jamais vu autant du nudité concentrée en un seul lieu, autant de glorification de la chair, et cela dans un lieu supposé mépriser la chair !

Je m'étonne tous les jours que le Christianisme n'ait pas encore péri de ses tares, de l'hypocrisie de ses officiels, de ses crimes à travers le monde, et que des millions de fidèles continuent à se presser dans les églises et les confessionnaux. Se confesser pour mieux pécher, n'est ce pas formidable ? Sans doute n'a-t-on jamais inventé pratique plus hypocrite, qui feignant de vous mener au repentir, vous lave de tout, et vous permet gailladement de recommencer !

Il est savoureux de voir tel maffieux notoire, criminel de son état, baiser benoîtement la main du confesseur, se signer en toute conscience, et sitôt sorti de l'église, recommencer allègrement ses trafics ! Pour le confesseur, nonobstant, c'est un bon chrétien !