J'entends dire que les nécrophages assassins qui ont le courage insigne de massacrer des innocents, hommes, femmes et enfants, dans un attentat aveugle, stupide et insensé, sont des jeunes. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, mais ma première réaction est de penser que ce ne sont pas des jeunes, mais des vieux, mieux encore, des trés vieux, si vieux qu'ils ne me semblent plus appartenir à la cohorte des vivants. La pulsion de mort est si forte qu'elle a étouffé toute pulsion de vie, ramenant l'existence à ce cauchemar climatisé où toute manifestation vitale s'apparente, à leurs yeux, à un attentat : comment pourraient-ils supporter que des gens s'amusent, fassent la fête, achètent, rient et dansent quand, pour ces enragés, tout est noir, que le noir est la seule couleur qui se puisse porter, la seule qui puisse exprimer l'humeur sombre et mélancolique de l'endeuillé. Car, endeuillés ils le sont certainement, mais nul ne sait de quoi. Soit, mais cela justifie-t-il le massacre ? Pourquoi faudrait-il emmener les autres dans la déréliction, répandre la peste, étendre le désert? Pourquoi faire payer sa souffrance au reste du monde ? 

La première dignité de l'endeuillé serait de vivre son deuil dans le silence de la méditation. S'il n'en peut venir à bout, qu'il se fasse aider. Mais entraîner autrui dans la mort ne résoud rien. On ne fait qu'ajouter le malheur au malheur, dans une spirale sans fin. 

On a le droit de haïr la société telle qu'elle est, avec son consumérisme frénétique, sa course insensée vers le rien, sa veulerie politique, sa foncière insanité, son vide idéologique. Nous sommes plus d'un à faire le même constat, mais nous ne prenons pas les armes pour cela, et surtout nous n'égorgeons pas des innocents. On peut invoquer mille justifications, elles ne justifient pas le crime de masse.

D'aucuns, délibérément, veulent créer la terreur. Ils pensent que par là ils induisent la peur, la panique, l'affolement. Mais voit-on un seul exemple où cette "politique" ait réussi ? Tout cela, au total n'est que misérable, prétexte futile à libérer les pulsions les plus archaïques dans un déchaînement absurde et sanglant.