31 octobre 2016

Le TRAVAIL du SOUVENIR

  Une ou deux choses que je sais de lui... J'ai dix ou douze ans. C'est une intense curiosité qui me pousse, curiosité de quoi, je ne sais pas. Je monte l'escalier branlant qui mène au grenier, attentif à tous les bruits de la maison, craignant qu'on me surprenne et me somme de redescendre. Voici la porte, elle grince horriblement, mais peu importe, je continue l'exploration. Le grenier est sombre, mais une joyeuse lumière filtre par la fenêtre fermée. Dans mon souvenir je ne me représente qu'un seul meuble de bois marron,... [Lire la suite]
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28 octobre 2016

Une HISTOIRE de BATEAUX

  Celui qui devint mon père était menuisier de son état. Envoyé en Alsace, il prit pension chez mes grands parents et épousa ma mère. Cela ne se fit pas sans crises : après tout, n'était-il pas un soldat enrégimenté dans l'armée adverse ? Ma mère avait été séduite par la prestance d'un homme mûr, il avait une dizaine d'années de plus qu'elle, il avait un métier, et cette guerre idiote allait bien finir un jour. Et puis le grand-père, qui avait changé quatre fois ou plus de nationalité entre 1880 et 1940, avait de l'estime pour... [Lire la suite]
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27 octobre 2016

PATERNITE

    A chaque fois je suis pris d'un doute : est-il bien raisonnable de reprendre ces récits discontinus, d'y ajouter de nouvelles feuilles, quand il n'est pas bien certain qu'une histoire si profondément subjective et privée soit de nature à intéresser un lecteur de philosophie ? J'ai, d'une certaine manière, répondu à cette objection, faisant valoir qu'un philosophe est avant tout un homme de chair et de fibres, et que ce serait bien dommage qu'il se présentât comme un pur esprit, dégagé, on ne sait comment, de toutes les... [Lire la suite]
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26 octobre 2016

La DIAGONALE du FOU (2)

  Ma diagonale personnelle, que je croyais originale, ne fait en un sens que poursuivre une autre, celle qui s'était initiée par l'installation de mon père en Alsace, intallation forcée elle aussi, par les nécessités de la guerre. Belle diagonale à travers l'Europe, du nord-est au sud-ouest - mais pour les Septentrionaux le nord-est de la France est un sud-ouest, si bien qu'au total, sur deux générations, notre lignée aura tracé une droite inclinée, un joli clinamen, déviation impromptue, imprévisible. Ajoutez à cela la... [Lire la suite]
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25 octobre 2016

La DIAGONALE du FOU

  C'est un itinéraire assez singulier. Le hasard de la vie m'a fait naître dans le nord-est de la France, et rien a priori ne me destinait à voyager en diagonale, en Lorraine d'abord, par assignation administrative, puis, d'un trait, dans le sud-ouest, où à présent je réside. J'y pensais fort ce matin, et je m'étonnais de la constance d'un destin qui a tracé pour moi cette diagonale baroque, où je reconnais, après coup, une sorte de logique ambiguë, mais décisive. Il était impossible  que je restasse en Alsace, et je revois... [Lire la suite]
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24 octobre 2016

CONTEMPLATION du TOUT : Marc-Aurèle et Lucrèce

  Marc-Aurèle : " Un immense champ libre s'ouvrira devant toi, car tu embrasses par la pensée la totalité de l'univers, tu parcours l'éternité de la durée, tu considères la rapide métamorphose de chaque chose individuelle, la brièveté du temps qui s'écoule de la naissance à la dissolution, l'infinité qui précéda la naissance, l'infinité qui suivra la dissolution". (IX, 32) C'est là un "exercice spiriruel" familier des stoïciens : élever le regard vers les cimes du cosmos, parcourir en pensée l'immensité de l'espace et du temps,... [Lire la suite]
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19 octobre 2016

ETHIQUE du DESIR : courage et lâcheté

  Il faut une singulière opiniâtreté pour se sustenter dans son désir, quand la paresse, l'attrait de la facilité, l'inclination au plaisir immédiat, voire l'angoisse même vous détournent à tout propos, et vous entraînent au renoncement. Quelquefois, devant  la page blanche, je suis saisi d'un doute, paralysé : A quoi bon ? Le monde continuerait bien sans moi, et les affaires, et la culture, et la philosophie. Qui donc m'attend, qui donc espère en moi ? Personne. Cela est vrai : nul ne m'attend, nul ne m'espère. Et quand... [Lire la suite]
17 octobre 2016

SOLITUDE : 17 octobre 2016

  Fondamentalement je suis un solitaire, même si, avec le temps, j'ai mis, comme on dit, un peu d'eau dans mon vin. Solitaire mais pas sauvage, car j'apprécie une bonne conversation entre amis, une solide discussion de groupe, un spectacle partagé. Mais j'ai horreur de perdre mon temps, et j'aime mieux m'ennuyer tout seul - ce qui au demeurant est fort rare - que de traîner des conversations ineptes pour tuer le temps. D'ailleurs, pourquoi faudrait-il tuer le temps, expression idiote, à supposer qu'on le puisse ? Le temps est... [Lire la suite]
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14 octobre 2016

INTERNAT : une page d'enfance.

  Internat. Le mot résonne en moi comme un gong lugubre. J'y ai traîné quatre ans. D'abord dans un lieu sinistre où je croupissais dans une morosité sans remède. Cette année-là, comme par hasard, je tombais assez gravement malade au second trimestre, rhumatisme articulaire, qui me valut de rester au chaud, à la maison, pendant plusieurs longues semaines. Ne pouvant me déplacer, après plusieurs jours de fièvre intense, je dévorai tout ce qui se présentait, livres, revues, magazines pour enfants, bandes dessinées : le rêve... [Lire la suite]
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13 octobre 2016

De la DANSE

  J'ai envie de m'alléger un peu. Je me suis laissé aller à quelques confidences, que je ne regrette pas, mais dont je me demande en quoi elles pourraient intéresser quiconque, sauf à supposer que de ci de là quelque lecteur y démêle de quoi se sustenter lui-même, reconnaissant par endroit quelque affinité avec sa propre histoire. C'est là une fonction essentielle de la littérature : faire voir, révéler, faire advenir une conscience. De temps en temps une sorte de folie intime s'empare de moi et me fait délaissser les parages... [Lire la suite]