Il semblerait que les comètes, du moins certaines d'entre elles, seraient porteuses de germes de vie. On peut imaginer dès lors que telle ou telle se soit écrasée dans un océan de notre planète, et qu'à partir d'elle des formes de vie embryonnaire y ait trouvé un milieu favorable à la dissémination. On sait par ailleurs que la vie, à partir de l'eau, a gagné la terre et s'est développée, complexifiée et multipliée, jusqu'aux formes récentes, et s'est dotée par la suite de systèmes nerveux complexes, dont le cerveau humain semble la manifestation la plus stupéfiante. Si la vie vient d'ailleurs, par suite de circonstances aléatoires, rien n'empêche de penser que de telles occurrences aient pu se produire des milliers de fois, ailleurs, dans le vaste univers, à partir du moment où l'on tient pour acquise la multiplicité incalculable des planètes. Dèjà récemment on a trouvé une planète qui présente des caractéristiques assez similaires à la nôtre - distance par rapport à l'étoile, configuration du sol, présence d'élément liquide etc. Et ce n'est là qu'une malheureuse planète proche, alors qu'il existe tant d'autres galaxies, avec des miliards d'étoiles, et des milliers de milliards de planètes. Nous en sommes aux balbutiements d'une science du ciel, qui devrait nous enseigner encore bien des merveilles !

Le sceptique, mais l'homme du commun tout aussi bien, dira : "Que nous importe le ciel, nous sommes rivés sur cette misérable terre, ce "lopin" comme dirait Pascal, également incapables de sonder l'infiniment grand et l'infiniment petit, et réduits à végéter dans notre fange, entre les guerres interminables, les injustices, les maladies et le stupre ; nous ne savons toujours pas comment réduire les choquantes inégalités économiques, comment éviter le réchauffement et amener les Etats à réaliser une paix durable". Objection imparable. Moi-même je ne sais trop que penser de l'humanité, entre génie inventif et bassesse indécrottable. J'étudie l'histoire de l'homme, depuis les premières sociétés jusqu'à l'histoire récente, et je suis effaré par la disposition criminelle, la haine et l'envie qui habitent le coeur humain. Je me dis souvent qu'une telle espèce ne peut avoir d'avenir, qu'elle est mafifestement une erreur de la nature vouée à une proche disparition. Puis je me dis que la disparition est de toute façon programmée, comme pour toute forme de vie qui retourne inéluctablement à la mort : "tout ce qui est composé est condamné à se décomposer". Mais cela est vrai des chevaux, des insectes, des panètes, des étoiles, et sans doute de l'univers lui-même. Simple affaire de délai : délai long pour l'étoite, délai court pour l'humanité, et pour le cheval ou le chien ou la souris. Nos voyons sans émoi disparaître autour de nous, et par notre faute, des centaines d'espèces vivantes, sans songer, et c'est pourtant évident, que nous ne faisons là qu'anticiper notre propre extinction.

Il reste que cette même espèce a engendré des Mozart, des Anaximandre, des Epicure et des Bouddha. Ce n'est pas rien, c'est même la consolation de l'esprit chagrin qui doute des potentialités humaines. Il y a là quelque chose d'extraordinaire : la nature, qui à nos yeux distraits, semble répéter interminablement la même regaine (du moins dans le monde macroscopique où nous sommes), a su complexifier les structures de la vie d'une manière telle qu'elle sut engendrer la conscience, puis la connaissance réflexive, et enfin le génie inventif qui ouvre infiniment l'oeil de l'esprit pour sonder les mondes éloignés, plonger dans les arcanes de la psyché pour en décrire le fonctionnement, et de là bâtir une sagesse à la mesure de la réalité. Le drame est que ces esprits remarquables n'aient guère pu influencer les masses, ni même les dirigeants de notre monde, qui continuent imperturbablement leurs petites querelles de prestige et de pouvoir. On se querelle pour un lopin de terre alors que la planète brûle.

Peut-il en être autrement ? Je ne le pense pas. Parce que le cerveau humain est le résultat aléatoire d'un bricolage de l'évolution : une première zone (reptilienne), celle des besoins et des exignences vitales de la conservation et de la reproduction, est doublée d'une seconde (limbique), celle des affects, émotions et passions, laquelle à son tour est coiffée par le cortex, qui s'est développé de manière imprévue grâce aux conditions de la socialisation et du langage, mais qui est fort peu capable de gérer, réfréner les impulsions vitales et passionnelles. Cela se vérifie tous les jours, si bien que, malheureusement, le premier populiste venu pourra toujours éveiller et susciter les plus basses pulsions de haine et d'envie pour s'assurer le pouvoir. La multitude suivra, et l'intelligence sera bafouée - sauf si de solides intitutions politiques et judiciaires réfrènent et pénalisent la première apparition de paroles et de comportements de cette sorte. Quand la raison ne suffit pas il y faut la force légitime de l'Etat de droit. Concluons que l'équilibre est précaire, que la menace de régression est permanente, et que seule un impérieuse nécessité peut provoquer le changement planétaire..