"Hors d'ici !" - La voix crie presque, insistante, définitive.

Ici, c'est le bien-connu, le poussif, le sans-perspectives, le répétitif. C'est la gangue du pesant, ensevelissant. C'est l'habitude aux cernes noirs, c'est le bras vengeur du devoir, c'est la plainte et le gémissement.

Mais je sais, chacun sait, qu'il existe un Dehors, hors-norme, hors-temps, espace vierge, inexploré.

Nous le savons et ne voulons rien savoir.

La Voix ne me lâche pas, elle vitupère, elle me fend les tripes, je crains l'explosion qui menace.

"Hors d'ici !" - Mais j'ai peur, j'ai si peur ! Toutes les frayeurs accumulées se rangent en bataille, s'excroissent de toutes les rancoeurs. Encore un pas...

Encore un pas, et je suis au bord. Au bord de quoi ? De quel bord ? Mais il n'y a pas de bord, ni babord ni tribord.

Encore un pas. Le ciel se déchire, tout reflue. Les murailles tombent comme des châteaux de paille. Il n'y a pas de bord.

Quelque chose s'ouvre, s'étale, large, paisible comme un golfe de mer, ouvert dans toutes les directions.

Plus de routes, de traçages.

Le Dehors est partout, il surplombe, il est comme le ciel immensément ouvert, il recouvre la terre et la mer. Immensément !

 

A présent je le sais. Ce que j'ai tant cherché, dès avant ma naissance, ici, dans ce Dehors se donne sans partage, cet Autre de la vie, cette présence.

Ce qui est mien, dès lors, n'est pas à moi seul, mais à tous, aujourd'hui, hier et demain.