Le même homme ne traverse pas le même pont. Le pont semble le même pour ma conscience, lorsqu'à nouveau je vaticine dans les parages d'Alquezar. Mais moi, suis-je bien le même? Je ne puis qu'évoquer, aujourd'hui, et à jamais, le beau nom d'Héraclite, songeant qu'à la fois, je suis et ne suis pas. Supposons un instant que je sois : mais, d'aventure, serais-je encore celui que je fus, hier, penché, pantelant, comme Atlas sous le poids du monde, et aujourd'hui, bras ouverts, mains ouvertes, vers le ciel criant, au sommet du pont, arqué comme l'arc d'Apollon ? 

Les Espagnols ont raison de distinguer ser et estar. Ser c'est la permanence, soy un hombre. Estar c'est le moment, estoy aqui. Ma foi, seul estar a quelque légitimité, si nous ne sommes que passage, et souffle de vent.

J'ai gardé la même image, mais ce n'est pas la même : j'ose espérer que la nouvelle inspire à beaucoup de belles pensées. Ce n'est pas un triomphe qui s'énonce dans cette facture nouvelle, mais une position affirmative, non d'être, mais de consentir au mouvement universel, qui nous traverse, et, dans les meilleurs moments, nous élève au delà de nous mêmes.

 

PS : un grand merci à l'ami cher qui a élaboré cette photographie et le nouveau bandeau de présentation. J'en aurais été bien incapable.