Mon souhait : parvenir à la plus grande simplicité. Simplicité de la conduite : savoir éliminer l'inutile, se resserrer sur l'essentiel. Par exemple : est-il bien nécessaire de se laisser envahir par les images négatives qui ne font que favoriser les passions tristes ? Non qu'il faille se retirer dans une tour d'ivoire, fermer portes et fenêtres, se cloîtrer dans un isolement autistique, mais s'il est assez naturel de s'informer sur l'état présent du monde - après tout il n'existe nulle part un monde autre conforme à nos espérances, et il faut bien s'accommoder de celui-ci - ce n'est pas une raison de se laisser intoxiquer par des images qui tournent en boucle sur elles-mêmes, répétitives à faire vomir, et par des commentaires oiseux qui ne font que ressasser interminablement ce que l'on sait déjà. C'est une étrange manie de nos médias, depuis le 11 septembre, que de nous traiter comme des bovins qu'il faudrait engraisser jusqu'à l'éclatement !

Il suffit de tourner le bouton, et le ciel s'éclaircit à nouveau !

"Il est bien difficile de dépouiller l'homme" disait Pyrrhon. Je crois qu'il s'agit moins de dépouillement, chose à peu près impossible, que de simplification, laquelle est possible autant que souhaitable. C'était le projet d'Epicure : réduire les besoins, calmer les désirs, apaiser la soif, revenir aux nécessités vitales, expurger l'âme des fausses passions, d'orgueil, de vanité, d'ambition, de gloire, d'honneurs et de domination. "Non plus quam minimum". La vie c'est l'écart minimal par quoi on se sépare de la pente universelle vers la dégradation, par quoi on introduit une différentielle créative, à l'orée de la déclinaison, et pour cela une tangente minimale suffit. La passion c'est l'exaspération de la tangente, boucle superfétatoire, qui de toutes les manières reviendra malgré tout à la pente : Alexandre, qui a conquis l'Asie, tangente maximaliste, vient mourir de fièvre à Babylone, retour à la tangente. Grande ou petite, la tangente revient à l'equilibre, la boucle, inexorablement, se ferme. Dès lors, pourquoi tant de fatigue, de fureur, tant de route, de batailles et de cadavres, si c'est pour finir comme le plus pauvre, le plus oublié des laboureurs ? Dépense inutile pour un résultat nul. L'autre projet c'est de se tenir au plus près de l'origine, à l'orée de la tangente, de rester au plus près.

"Auprès de mon arbre je vivais heureux" chantait Brassens.

Simplicité de la pensée : c'est encore plus difficile, car la réalité est d'une complexité infinie, et le risque serait de la négliger au profit de quelque formule toute faite, comme font tous les fanatiques: 'il n'y a qu'à..." éliminer les indésirables, les incroyants, mécréants et autres infidèles, et tout ira pour le mieux. Sauf que cela ne s'arrange jamais, et que le réel a toujours le dernier mot. Simplifier serait plutôt : étudier, réfléchir, analyser aussi loin qu'il est possible, puis, prenant acte de l'impossible (à tout comprendre) s'en tenir à quelques préceptes qui ne contredisent pas ce qu'on sait de la réalité et qui permettent une juste et paisible affirmation de l'existence. En dernier ressort le juste bon sens vaut mieux que toutes les allégations de la philosophie. "Rien de trop" - "Pas plus ceci que cela" - "Entre deux maux choisir le moindre" - "S'adapter aux normes plutôt que les adopter" - et autres formules du même tonneau. On voit qu'en ce qui concerne notre rapport au monde les choses n'évoluent guère, en dépit des enragés qui s'imaginent renouveler de fond en comble la condition humaine, et faire de nous, contre notre gré, des "augmentés technologiques", mûrs pour l'immortalité.